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Golfe de Gascogne : plus de 11.000 dauphins tués par des captures accidentelles en 2019

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Golfe de Gascogne : plus de 11.000 dauphins tués par des captures accidentelles en 2019

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Les chiffres du nombre de dauphins communs tués par des captures accidentelles sont en augmentation en 2019. Le Réseau national échouages (RNE) a comptabilisé 1152 échouages de delphinidés l’an dernier, sur la façade Atlantique, dont une large part est provoquée par la pêche. En 2016, année durant laquelle une recrudescence de ces échouages a été constatée, ils étaient 762 (270 l’année précédente), 1120 en 2017 et 871 en 2018. Au final, l’Observatoire Pélagis, chargé de suivre l’évolution des populations de mammifères marins, estime que quelque 11.500 dauphins communs sont morts par capture accidentelle dans le golfe de Gascogne en 2019, contre 5000 en 2016. Des estimations réalisées à partir de modèles de dérive inverse corrigés avec les conditions météorologiques et la perte des animaux qui coulent.

Avant 2016, on estimait à 200.000 dauphins la population du golfe de Gascogne. Ce sont donc, au moins, entre 2,5% (2016) et 5,75% (2019) de la population qui a été victime de captures accidentelles. Or, un taux de mortalité lié à l’activité humaine dépassant 1,7% n’est « pas soutenable pour une population de petits cétacés », selon l’Observatoire Pélagis, qui s’appuie sur les travaux de « plusieurs organisations internationales telle que la Commission baleinière internationale ».

Pélagiques et fileyeurs

Pourtant, les chalutiers pélagiques pêchant en bœuf, pointés du doigt ces dernières années, ont équipé leurs navires de pingers, des répulsifs acoustiques, dont l’efficacité est estimée à 65%. Mais, selon l’Observatoire Pélagis : « Au cours de l’hiver 2019, 28 % des opérations de pêche observées ont permis d’estimer le nombre de dauphins communs capturés à 420 individus, soit moins de 4% de la mortalité additionnelle estimée ». 

Les chalutiers pélagiques ne seraient donc pas les seuls en cause. « Grace au modèle de dérive inverse qui permet de reconstruire les trajectoires des carcasses de dauphins avant leur échouage, il est possible d’identifier des zones probables de mortalité. Ces zones ont été comparées aux zones de pêche de certaines flottilles françaises et européennes. Il semble que les chalutiers espagnols, les fileyeurs français ciblant le merlu et la lotte, ont également une activité de pêche dans des zones qui se superposent aux zones de mortalité des dauphins », indique Pélagis. Bref, « il y a des corrélations qui montrent qu’ils sont au même moment, au même endroit », résume Florence Caurant, directrice de l’Observatoire. Ce dernier souligne qu’un « manque crucial de données pour identifier les autres pêcheries devrait faire l’objet d’une attention particulière, avec notamment une augmentation de l’effort d’observation sur les fileyeurs ».

Pourquoi avoir d’abord incriminé les chalutiers pélagiques ? Notamment parce que les périodes d’échouages massifs (pendant l’hiver) correspondaient à la pêche au bar pratiquée par ces bateaux à partir du 1er décembre, pense Sami Hassani, océanologue, responsable du laboratoire de recherche sur les mammifères marins à l'Océanopolis de Brest et coordinateur régional du RNE. Mais cela n’explique pas tout. « Quand on regarde l’effort de pêche, on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de bateaux. Le chalutage pélagique en bœuf, finalement, c’est 15 paires (de bateaux). On sait qu’en moyenne, dans le golfe de Gascogne, il y a 500 bateaux qui pratiquent, majoritairement des fileyeurs. Ce n’est donc sans doute pas qu’un seul métier qui est impliqué. Ce n’est pas forcément beaucoup (de captures), par bateaux, mais sur le nombre cela finit par faire beaucoup » de dauphins tués.

Comment expliquer que les captures se multiplient ces dernières années ? « Les déplacements (des dauphins) sont dictés par la recherche alimentaire », remarque Sami Hassani. « Il se peut que leurs proies préférentielles soient plus présentes sur le plateau continental à ce moment de l’année. Cela peut être lié à plein de facteurs. Quoi qu’il en soit, les dauphins se trouvent là, confrontés aux engins » de pêche. « On soupçonne des changements dans les métiers », avance pour sa part Florence Caraut, qui souligne qu’il peut aussi y avoir différents « mouvements entre le large et le plateau continental » pour les dauphins.

Ce qui est entrepris

Pour améliorer les connaissances, le RNE a été doté d’un nouvel espace temporaire de congélation des carcasses afin d’en conserver un plus grand nombre pour mener des autopsies vétérinaires. Des pêcheurs doivent aussi participer au baguage d’animaux capturés pour valider le modèle de dérive.

Parallèlement, le projet LICADO recherche des dispositifs technologiques pour éviter les captures accidentelles. Des répulsifs acoustiques (pingers) directionnels (pour moins de pollution sonore) sont à l’étude pour les chaluts. L’accent est mis sur l’observation pour les fileyeurs afin d'acquérir des connaissances plus précises. Les immenses filets calés ne pouvant être équipés de pingers tout du long, quatre prototypes de répulsifs sont par ailleurs testés. Par exemple, des répulsifs acoustiques sur les bateaux eux-mêmes, pour écarter les dauphins lors du filage, avant que le filet n’atteigne le fond où il ne risque plus de piéger les cétacés qui restent dans la colonne d'eau. Des réflecteurs acoustiques ont aussi été imaginés pour que les dauphins puissent mieux les détecter. Des « réflexions autour de stratégies de pêche innovantes : pratiques, stratégies d’évitement et gestion spatio-temporelle de la pêche », sont aussi en cours, indique Pélagis.

Des observations aériennes sont aussi menées dans le cadre de CAPECET pour évaluer l’abondance des dauphins communs dans les zones de pêche et étudier leurs mouvements pendant l’hiver. « Un avion basé à La Rochelle et une équipe d’observateurs se tiendront prêts à survoler une vaste zone (35.000 km²) allant de l’estuaire de la Loire au bassin d’Arcachon et s’étendant au large jusqu’au talus continental à environ 200 km de la côte ». Enfin, « un Plan National d’Actions pour la protection des cétacés préparé par le ministère de la Transition écologique et solidaire est en cours d’adoption ».

Tensions persistantes

En attendant, les tensions restent vives autour de cette question. En particulier entre l’association Sea Shepherd qui multiplie les actions et les pêcheurs qu’elle filme dans le cadre de son opération Dolphin Bycatch. Début janvier, elle a dénoncé, vidéo à l’appui, des menaces de pêcheurs. Plus récemment, le cadavre d’un dauphin, sur lequel une insulte en direction de l’association avait été gravée, a été découvert à Bretignolles (Vendée). L’association a également diffusé une vidéo montrant des pêcheurs, il y a quelques années, prélevant de la viande de dauphin (une espèce protégée). Au moins deux dauphins dépecés ont d’ailleurs été découverts dans le Finistère. Le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPEM) a dénoncé une pratique « scandaleuse » qui « ne saurait être tolérée » et réclamé « une enquête approfondie » pour identifier les responsables. A terre, Sea Shepherd a également exposé des cadavres de dauphins, comme à Nantes, devant le marché de Talensac, en début de semaine.