Construction Navale
Grain de Sail : où en est la construction du voilier-cargo ?

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Grain de Sail : où en est la construction du voilier-cargo ?

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Marine Marchande

Dans le hall principal du chantier Alumarine de Couëron, près de Nantes, la coque de Grain de Sail est maintenant bien avancée. Elle a même été déplacée mardi, mais pas encore en vue de sa mise à l’eau. Débutée il y a un an, la construction de ce cargo à voiles destiné au transport de produits bio (vin à l’export, café et cacao à l’import) entre Morlaix, New York, les Caraïbes et Les Açores, a pris un peu de retard. « La personne qui au départ avait pris en charge le design et assuré le suivi du projet a fait des erreurs. Il a fallu reprendre beaucoup de choses, il y a eu des modifications et des évolutions dans le design. Cela entraine un décalage d’environ trois mois dans notre calendrier mais les choses sont aujourd’hui remises sur les rails », explique Jacques Barreau, directeur général de Grain de Sail, entreprise morlaisienne de torréfaction de café et de fabrication de chocolat, qui va donc devenir aussi armateur. Selon Jacques Barreau, le bateau devrait être mis à l’eau en juin et débuter ses tests en juillet, avant d’être si tout va bien présenté au public en août et d’entreprendre en septembre sa première transatlantique. « Nous partirons avec environ 20.000 bouteilles de vin vers New York, après on descendra en République Dominicaine pour prendre du café et surtout du cacao, avant de rentrer à Morlaix en toute fin d’année ». Pour l'heure, Alumarine a achevé les travaux de chaudronnerie, le travail sur les réseaux sont en cours et les aménagements vont suivre. 

 

Sur le pont de Grain de Sail le 17 février (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Sur le pont de Grain de Sail le 17 février (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

La coque de Grain de Sail le 17 février (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La coque de Grain de Sail le 17 février (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La coque de Grain de Sail le 18 février (© ALUMARINE SHIPYARD)

La coque de Grain de Sail le 18 février (© ALUMARINE SHIPYARD)

 

Une goélette de 23 mètres et 35 tonnes de fret en cale

Intégralement réalisé en aluminium, ce navire issu du projet VOTAAN72 (Voilier Océanique de Transport trAns Atlantique iNnovant de 72 pieds) prendra la forme d’une goélette à deux mâts. Grain de Sail mesurera 22.9 mètres de long pour 6 mètres de large et sera à même de transporter 35 tonnes de marchandises dans sa grande cale. Le fait que ce bateau soit un navire de charge entraine son homologation dans la division 222, avec des contraintes bien supérieures à celles de la plaisance.

Une fois la coque sortie de chez Alumarine, il faudra intégrer sa quille dotée d’un impressionnant lest en plomb de plus de 13 tonnes. Puis il sera temps d'installer le gréement, une opération qui devrait être conduite dans le port de La Turballe.

L’équipage se composera de quatre marins. Ils seront embauchés directement par Grain de Sail qui deviendra de fait un armateur. La goélette, dont les cabines seront situées à la poupe, pourra embarquer deux passagers supplémentaires.

 

Vue de synthèse du voilier (© DR)

Vue de synthèse du voilier (© DR)

Vue du dessus de l'architecture du VOTAAN72 (© DR)

Vue du dessus de l'architecture du VOTAAN72 (© DR)

 

Deux boucles transatlantique chaque année

Les rotations consisteront chaque année en deux boucles transatlantiques de trois mois chacune. Une d’automne et une de printemps, « la cargaison s’adaptant à la saison ».

L’origine du projet remonte à 2013, lorsque la jeune société bretonne cherche à vendre du café et du chocolat bio dont les matières premières seraient transportées par des voiliers. Elle souhaite ainsi la création d’une ligne maritime transatlantique écologique pour l’acheminement de produits de base qui puissent ensuite être transformés en Europe. Le café et le cacao sont achetés à des petits producteurs sud-américains avant d’être ramenés en France. Ce commerce équitable et bio suscite un grand engouement auprès des consommateurs en quête de qualité et d’éthique. Après avoir créé un atelier de torréfaction en 2013, une chocolaterie en 2015 et consolidé le modèle économique, Grain de Sail a donc pu financer la construction de son premier voilier-cargo. En plus de Jacques Barreau, son frère Olivier est également là depuis les débuts du projet. Il y avait également François Liron, ce dernier ayant maintenant quitté l'aventure. 

 

Le projet de ligne transatlantique (© DR)

Le projet de ligne transatlantique (© DR)

 

Développement durable et économie réelle

Le but ultime de Grain de Sail est d’arriver à décarbonner le transport de ses marchandises en mer, et de contribuer plus globalement à promouvoir des solutions plus vertueuses sur le plan environnemental. « Il est évident que l’on ne pourra pas changer du jour au lendemain le transport maritime tel qu’on le connait, mais il y a des configurations où l’on se rend compte que cela est tout à fait possible et que l’on peut solutionner l’équation économique avec un bon business model. Car c’est ce que nous sommes aussi, une entreprise privée qui fonctionne sans subvention, qui se développe et crée des emplois sur la base d’un projet durable. C’est de l’économie réelle », souligne Jacques Barreau, qui constate avec beaucoup d’enthousiasme l’émergence en ce moment de nombreux projets de navires à propulsion vélique : « c’est une excellente nouvelle, il y a de très belles idées et cela accroît la dynamique en faveur du transport à la voile ».

Un second navire dans les années qui viennent

Et l’entreprise finistérienne ne compte pas s’arrêter là. Dans son plan de développement, basé sur la création d’ateliers de torréfaction et de chocolateries alimentées par les cargaisons d’un navire, d’autres ensembles sont prévus. Et déjà, les réflexions se précisent quant à la construction d’un second navire. « Le Grain de Sail II, j’imagine qu’il sortira dans trois ou quatre ans. Ce sera un navire plus grand, avec une capacité de 100 tonnes en cale ».

Alumarine Shipyard | Actualité du chantier de Couëron spécialisé dans l'aluminium