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Construction Navale

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Grain de Sail signe avec Alumarine pour son voilier-cargo

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C’est un beau projet qui va voir le jour. Depuis 2013, la petite société bretonne Grain de Sail, basée à Morlaix, cherche à vendre du café et du chocolat bio dont les matières premières seraient transportées par bateau à voile. Elle souhaite ainsi la création d’une ligne maritime transatlantique écologique pour l’acheminement de produits de base qui puissent ensuite être transformés en Europe. Le café et le cacao sont achetés à des petits producteurs sud-américains avant d’être ramenés en France. Ce commerce équitable et bio suscite un grand engouement auprès des consommateurs en quête de qualité et d’éthique. Après avoir créer un atelier de torréfaction en 2013, une chocolaterie en 2015 et consolidé le modèle économique, Grain de Sail peut désormais lancer la construction de son voilier-cargo. Son but ultime est d’arriver à décarbonner le transport de ses marchandises en mer. Elle a choisi Alumarine Shipyards à Couëron, près de Nantes, pour produire son futur bateau. La signature du contrat a eu lieu hier et les premiers travaux vont pouvoir débuter dans les semaines à venir.

Le projet a été monté dès le début par François Liron et les deux frères Jacques et Olivier Barreau. C’est autant le goût de l’aventure que la recherche d’un modèle économique nouveau et éthique qui ont motivé les trois hommes. Ils ne partent pas de rien, car ils connaissent le milieu maritime. « Je pense qu’il valait mieux venir de ce milieu de marin et ensuite devenir torréfacteur que l’inverse. On sait déjà vers quoi on va aller, on ne découvre pas le transport maritime du jour au lendemain alors que c’est notre objectif final  », indique Jacques Barreau. Il a travaillé, tout comme son frère Olivier, dans différents domaines, dont l’éolien offshore. De son côté, François Liron a été actif pendant dix ans dans la mise au point de voiliers divers et s’est distingué dans la course à voile en remportant deux fois le Tour de France. Pour Stéphan Constance, président du groupe Grand Large Yachting dans lequel se trouve Alumarine Shipyards, ce projet est très excitant pour deux raisons. « Tout d’abord, vous menez une aventure d’entrepreneur. Nous avons nous aussi cet ADN. On voit clairement que vous être structuré, que vous savez où vous allez et c’est un plaisir de travailler avec vous. L’autre raison, ce sont les valeurs que vous véhiculez. Il y a le respect de l’environnement, la confection de produits de qualité de manière éthique et enfin la fidélité à votre ancrage territorial ».

 

Vue de synthèse du voilier (© DR)

Vue de synthèse du voilier (© DR)

 

Le bateau est dénommé VOTAAN72 pour Voilier Océanique de Transport trAns Atlantique iNnovant de 72 pieds. Il prendra la forme d’une goélette à deux mâts. Les études ont été menées par les architectes navals Clément David et Sébastien Sibiril. Le chantier Alumarine a lui apporté son expertise dans le domaine de l’aluminium. À l’origine, les porteurs du projet tablaient sur un navire de taille importante. Mais, dans un but de rationalité économique et technique, ils ont préféré se positionner sur une unité plus petite avant de peut-être lancer d’autres programmes plus ambitieux dans le futur. Le bateau mesurera donc 22 mètres de long et sera à même de transporter 35 tonnes de marchandises. Le VOTAAN72 se différencie des bateaux de plaisance par son homologation comme navire de charge, dans la division 222. Une norme, qui bien que rajoutant de la complexité, permet d’avoir un bateau sûr et endurant pour le transport de marchandises. Le Bureau Veritas a aussi certifié l’architecture en aluminium (NR600).   

De son côté, l’équipage se composera de quatre marins dont un capitaine et un second-capitaine, tous les deux détenteurs du brevet Capitaine 3000, ainsi que d'un chef de quart et un matelot. Ils seront embauchés directement par Grain de Sail qui deviendra de fait un armateur. La phase de recrutement pour ces marins débutera au début du deuxième semestre 2019. La goélette pourra par ailleurs embarquer deux passagers supplémentaires en dehors de l’équipage.

 

Vue du dessus de l'architecture du VOTAAN72 (© DR)

Vue du dessus de l'architecture du VOTAAN72 (© DR)

 

Les rotations consisteront en deux boucles transatlantiques de trois mois chacune. Le bateau ne partira pas vide, puisqu’il emportera au départ de Morlaix du vin bio français. Celui-ci sera déchargé à New York. Cap ensuite sur les Caraïbes et l’Amérique du Sud. « Pour l’instant nous n’avons pas de trafic sur cette ligne New York-Caraïbes. On réfléchit donc à du transport de fret humanitaire sur cette portion », explique Jacques Barreau. Enfin, le voilier remettra le cap sur l’Europe avec son chargement de graines de café et cacao. Il réalisera une petite étape aux Açores où il récoltera des épices. De manière générale, pour cette liaison transatlantique, c’est l’aller qui apportera le plus de difficultés en matière de navigation. « En réalité, on ne craint pas de manquer de vent, mais justement d’avoir trop de vent. De fait, on a conçu le voilier en prenant en compte le facteur de la traversée de l’Atlantique nord », nous apprend François Liron.

 

Le projet de ligne transatlantique (© DR)

Le projet de ligne transatlantique (© DR)

 

La livraison du voilier-cargo est prévue pour l’automne 2019 et le premier trajet au départ de Morlaix pour mars 2020. Pour sa logistique, un nouveau quai sera aménagé à proximité immédiate de la future usine de torréfaction qui doit voir le jour dans la ville bretonne.

 

Alumarine Shipyard