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Grand African Nemo : une grosse saisie de drogue et des opérations contre le brigandage

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Grand African Nemo : une grosse saisie de drogue et des opérations contre le brigandage

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Plusieurs dizaines de bâtiments et aéronefs des pays riverains du golfe de Guinée, ainsi que de nations amies, ont participé du 28 octobre au 5 novembre à Grand African Nemo. Cet exercice aéromaritime majeur, le plus important organisé en Afrique de l’ouest, en est à sa seconde édition et va prendre un rythme annuel. Son objectif est d’amplifier la coopération régionale en matière de sécurité maritime afin de lutter contre des menaces qui constituent autant de sources de déstabilisation pour les Etats et populations : piraterie, brigandage, trafics d’armes et de drogue - susceptibles en plus de financer le terrorisme - pillage des ressources halieutiques, pollutions maritimes…

Pour cette seconde édition de Grand African Nemo, 35 bâtiments et 7 aéronefs militaires (dont 2 avions de patrouille maritime) ainsi que 20 observateurs et officiers de liaison ont été mobilisés dans un espace couvrant plus de 3.5 millions de km² de zones économiques exclusives et 6000 kilomètres de côtes. Pas moins de 19 marines riveraines (*) et 6 marines occidentales (Belgique, Brésil, Espagne, Etats-Unis, France et Portugal) ont participé ces grandes manœuvres. Avec au programme 29 exercices touchant à la pêche illicite, au sauvetage et à l’assistance en mer, à la lutte contre la piraterie, les trafics illicites ou encore la pollution. Une vingtaine de pistages de navires ont également été réalisés par les centres opérationnels des marines riveraines du golfe de Guinée et les centres multinationaux de coordination (CMC).

 

Lors de Grand African Nemo (© MARINE NATIONALE)

Lors de Grand African Nemo (© MARINE NATIONALE)

 

 

Lors de Grand African Nemo (© MARINE NATIONALE)

Lors de Grand African Nemo (© MARINE NATIONALE)

Lors de Grand African Nemo (© MARINE NATIONALE)

Lors de Grand African Nemo (© MARINE NATIONALE)

 

Et des opérations bien réelles se sont ajoutées cette année aux exercices. A deux reprises, durant les manœuvres, les marines africaines sont intervenues sur des cas de brigandage sur des navires civils, avec kidnapping de marins. Un coup sévère a également été porté au trafic de drogue lorsque, le 30 octobre, la marine sénégalaise a réalisé une interception et procédé à la saisie de 1.26 tonne de cocaïne. Cinq personnes ont été interpellées. L’opération a été conduite à environ 120 kilomètres au large de Dakar, les autorités sénégalaises estimant que la drogue, probablement en provenance d’Amérique latine, avait l’Espagne comme destination. Cette saisie est un bel exemple de coopération internationale car elle a été menée en coordination avec la Guardia Civil espagnole par des forces spéciales de la marine sénégalaise, formées par des marins français. On notera de plus que le bâtiment à partir duquel a été menée l’interception est le Fouladou, patrouilleur hauturier de 60 mètres livré en 2016 à la marine sénégalaise par le chantier vendéen Ocea.

Grand African Nemo 2019 s’est clôturé officiellement le 6 novembre à Tema, au Ghana, avec un « VIP Day » au cours duquel des unités ayant participé aux manœuvres ont défilé devant le bâtiment de commandement et de ravitaillement Somme, qui accueillait les personnalités présentes, dont la secrétaire d’Etat auprès de la ministre française des Armées, Geneviève Darrieussecq, le vice-amiral Seth Amoama, chef d’état-major de la marine ghanéenne, et le vice-amiral d’escadre Jean-Louis Lozier, commandant en chef pour l’Atlantique de la Marine nationale.

 

Le BCR Somme lors de Grand African Nemo (© MARINE NATIONALE)

Le BCR Somme lors de Grand African Nemo (© MARINE NATIONALE)

 

Cet évènement s’est tenu au lendemain d’une séquence politique importante avec le sommet bisannuel du G7++ Groupe des amis du golfe de Guinée, qui s’est déroulé à Accra, la capitale ghanéenne. Puis, hier, a eu lieu un grand symposium consacré à la sécurité maritime dans le golfe de Guinée réunissant les chefs d’état-major des marines des pays riverains. Une réunion à laquelle a également participé l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la marine française.

 

Lors de Grand African Nemo (© MARINE NATIONALE - BENJAMIN PAPIN)

Lors de Grand African Nemo (© MARINE NATIONALE - BENJAMIN PAPIN)

 

Zone stratégique, le golfe de Guinée, qui compte plus de 6000 kilomètres de côtes, voit transiter chaque année 140 millions de tonnes de marchandises rien que dans sa partie occidentale, soit un quart du trafic maritime africain. C’est l’une des principales zones de production pétrolière de la planète et elle abrite d’importantes ressources halieutiques. Mais la région doit faire face à de nombreux problèmes sécuritaires. Ils vont des actes de brigandage et de piraterie jusqu’aux trafics en tous genres, drogues et armes notamment, en passant par les risques de pollution, la pêche illicite dans ces eaux très poissonneuses engendrant un risque de déstabilisation sociale, ou encore les flux migratoires et les problèmes de surpeuplement des mégalopoles situées en bord de mer. S’y ajoute évidemment le terrorisme, avec des phénomènes de radicalisation soutenus par les islamistes opérant depuis la bande sahélo-saharienne et qui puisent entre autres leur financement dans les trafics.

Dans ce contexte, le renforcement des actions en matière de sécurité maritime est un élément important pour la stabilité de la région. Et comme celle-ci est vaste et morcelée en de nombreuses zones économiques exclusives, la coopération accrue entre pays riverains est une nécessité, notamment en matière d’échanges de renseignements et pour assurer une surveillance comme des poursuites d’une ZEE à l’autre. Sur cette problématique, les Africains sont à la manœuvre, les pays amis, comme la France ne se positionnant qu’en soutien et en accompagnement, par exemple via le partage d’expérience et la formation.

Grand African Nemo participe de cette dynamique. Il s’inscrit dans la lignée du processus de Yaoundé (Cameroun), initié en 2013 et confirmé en 2016 lors du sommet de l’Union africaine à Lomé (Togo). Il vise à développer la coopération régionale afin d’améliorer l’efficacité des Etats africains en matière de sûreté et de sécurité maritimes.

(*) Angola, Bénin, Cameroun, Cap Vert, Côte d’Ivoire, République du Congo, République Démocratique du Congo, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, Libéria, Nigéria, Sao Tome, Sénégal et Sierra Leone.

 

(© MARINE NATIONALE)

(© MARINE NATIONALE)

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