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Science et Environnement

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Greenlandia : Sur les traces de Charcot, une expédition à la rencontre des Inuit

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Sur la côte est du Groenland, le fjord de Scoresby abrite, à son embouchure, une communauté de 400 personnes. Il y a presque cent ans, leurs ancêtres, originaires d’Amassalik un peu plus au sud, sont arrivés à bord du Pourquoi pas ? navire scientifique de Jean-Baptiste Charcot. De cette première aventure va naître une histoire de plus de dix ans entre l’explorateur français et ce petit village. Charcot va y effectuer huit campagnes estivales, de 1925 à 1936, durant lesquelles son équipe va échantillonner la flore et les roches, effectuer des relevés météo et de nombreuses observations. Un matériau précieux qui se trouve aujourd’hui au Museum National d’Histoire Naturelle, à Paris. 

 

(© GREENLANDIA)

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(DROITS RESERVES)

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Jean-Baptiste Charcot (DROITS RESERVES)

Jean-Baptiste Charcot (DROITS RESERVES)

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L'équipage du Pourquoi Pas? (DROITS RESERVES)

L'équipage du Pourquoi Pas? (DROITS RESERVES)

 

Un siècle plus tard, le Groenland a bien changé. Quand Charcot devait attendre plusieurs semaines pour atteindre le fjord, la glace ne barre quasiment plus son accès. Les descendants des pionniers de Scoresby ont une vie bien différente de celle de leurs ancêtres, notamment parce que leur environnement a radicalement changé en quelques années.

C’est justement cette histoire que veut raconter Vincent Hilaire, initiateur du projet Greenlandia, journaliste, photographe et bon connaisseur de l’Arctique, qu’il a notamment sillonné à bord de la goélette Tara. « Retourner sur les traces de Charcot, c’est l’idée qui nous a guidé dans la genèse de Greenlandia : en utilisant cette formidable base historique et scientifique, nous voulons désormais y retourner pour documenter les évolutions qu’a connu le village et son environnement. Le réchauffement climatique, on en entend beaucoup parler et souvent c’est avec un prisme assez catastrophiste. Nous, ce que nous voulons, c’est redonner un visage humain. Montrer quels impacts le climat a sur les habitants, sur leur mode de vie, leurs traditions. Parce que nous sommes persuadés que c’est en racontant des histoires d’hommes que l’on touchera et sensibilisera le plus grand nombre ».

 

 

Vincent Hilaire, porteur du projet Greenlandia (DROITS RESERVES)

Vincent Hilaire, porteur du projet Greenlandia (DROITS RESERVES)

 

Au Groenland, on est aux avant-postes du changement climatique. La température monte, la banquise recule et tout est bousculé pour ceux qui y habitent. « Au sud d’Illulisat, sur la côte ouest, il y a un chenil avec plus de 10.000 chiens. Ils sont nourris mais ils sont enfermés, au chômage. Tous leurs rôles traditionnels, la traction des traîneaux, la protection des ours, l’aide à la chasse…, tout ce qui les occupait dix mois de l’année, ne les mobilise désormais plus que deux mois par an, les deux seuls mois où il y a encore de la neige. Le chien, couteau-suisse de la culture inuit, n’a plus de fonction », raconte Vincent Hilaire. La chasse, activité traditionnelle, n’est plus pratiquée faute de gibier. Les Inuits sont devenus en quelques années des pêcheurs, notamment sur des bateaux industriels et le poisson représente désormais 95% des exportations de la région. « Ce sont des conséquences visibles et directes du changement climatique. Des destins et une culture qui doivent s’y adapter à très grande vitesse ».

 

(© GREENLANDIA)

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Pour documenter et témoigner, Greenlandia va donc mettre le cap, en reprenant la route islandaise de Charcot, sur Scoresby en mai 2020. A bord du navire, une équipe de scientifiques de plusieurs disciplines : « l’idée est de réaliser des observations relevant à la fois des sciences dures : biologie, météo, océanographie… et des sciences humaines, avec notamment de l’anthropologie et d’ethnologie ». Durant 18 mois, soit deux campagnes d’été et un hivernage, les scientifiques vont se relayer : « les campagnes d’été seront davantage consacrées aux sciences dures et pendant l’hiver, quand le bateau sera pris en glace, nous vivrons avec la communauté inuite, ce qui permettra de recueillir des témoignages et d’alimenter les études de sciences sociales ». Le projet a d’ores et déjà obtenu le soutien du Museum National d’Histoire Naturelle, qui, en plus des collections de Charcot, abrite un grand département de recherche en anthropologie, et du Centre Européen des Etudes Arctiques.

 

© GREENLANDIA)

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A côté de cet aspect scientifique, Greenlandia vise également à constituer un fond documentaire sur la communauté et son environnement. « Il existe déjà, grâce aux travaux d’une chercheuse qui a effectué trois campagnes sur place. Nous allons l’amplifier en y intégrant le fruit de nos recherches et nous le restituerons à la communauté ». Et bien sûr, il y a aussi le grand public, celui que Greenlandia veut toucher en racontant des histoires vraies, à laquelle tout le monde pourra s’identifier parce qu’elles racontent la vie quotidienne : « nous avons en projet un partenariat avec un grand groupe de médias, un beau livre et des expos. Nous aurons en permanence avec nous un journaliste qui fera des reportages pour raconter le quotidien de l’expédition ».

Enfin Greenlandia, c’est aussi un grand projet pédagogique qui va permettre de créer des échanges entre les collégiens français et inuits. « Par Skype, ils pourront se parler régulièrement et raconter leurs cultures. Nous allons mettre en place différents outils pédagogiques, notamment la possibilité de réaliser des petits reportages sur leurs modes de vie ».

L’aventure est bien lancée, avec de solides partenariats scientifiques et une association nantaise, Innovations Bleues, qui la porte. Greenlandia cherche maintenant de nouveaux mécènes, petites et grandes entreprises qui pourront défiscaliser leurs dons à hauteur de 66%.

- VOIR LE SITE DE GREENLANDIA

 

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