Marine Marchande
Grève à la SNCM et La Méridionale : « Du pain bénit » pour la concurrence

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Grève à la SNCM et La Méridionale : « Du pain bénit » pour la concurrence

Marine Marchande

Les marins CGT ont décidé de poursuivre le mouvement de grève lancé hier à la SNCM et à la Méridionale (CMN). Les ferries des deux compagnies françaises, qui assurent via une délégation de service public la desserte des ports corses via Marseille, devraient donc rester à quai aujourd'hui. Le syndicat dénonce toujours certaines aides profitant à la concurrence, alors que Moby Lines a lancé hier une nouvelle liaison entre Bastia et Toulon. La compagnie italienne pourrait demander à bénéficier de l'aide sociale au passager, un coup de pouce financier permettant de réduire le coût des billets. Cette aide a été votée par l'Assemblée Territoriale de Corse en 2001 pour faire baisser les tarifs jugés trop élevés. Elle est attribuée à plusieurs catégories de passagers, dont les résidents corses, au départ des ports de Toulon et de Nice. Corsica Ferries, le grand concurrent de la SNCM et de la CMN, est le premier bénéficiaire de cette aide, qui concerne également la SNCM à Nice.

Subventions : La DSP face à l'aide sociale

Alors que l'Assemblée de Corse a décidé de réduire la subvention de la DSP de 10% en novembre dernier, la CGT dénonce l'aide au passager, arguant qu'elle affaibli les compagnies chargées de la continuité du service public au travers de la DSP. Celle-ci est assortie, par rapport aux autres armements, d'un certain nombre de contraintes, à commencer par la desserte de ports secondaires, qui ne peut être réalisée de manière rentable. C'est pour cette raison que la SNCM et la Méridionale bénéficient d'une subvention publique qui supérieure à 100 millions d'euros par an (114 millions en 2009 avant la baisse de 10%). Mais Corsica Ferries, régulièrement attaquée, se défend : « En faisant baisser les tarifs de traversée de 16 % en 8 ans et en installant une plus juste concurrence, l'aide sociale octroyée au passager a également dopé l'économie touristique de l'Ile. Tout en tenant compte des contraintes demandées par la DSP, beaucoup d'observateurs ont déjà souligné que cette même DSP revenait au contribuable à 100 €/passager alors que l'aide sociale ne coûte à la collectivité que ...10 € en moyenne/passager. Cet écart énorme devrait susciter réflexion... », affirme la compagnie corse, qui a touché en 2009 18 millions d'euros au titre de l'aide sociale.

La transparence sur les dessertes de l'île

Face aux tensions et à une situation devenue pour certains « impossible », Corsica Ferries s'est dite favorable à la mission parlementaire, réclamant notamment toute la transparence sur l'ensemble des dessertes de l'île, à commencer par la DSP. Dominique Bussereau a, d'ailleurs, bien précisé que Charles Revet pourrait « proposer, le cas échéant, les ajustements nécessaires au dispositif actuel de délégation de service public ». Malgré le nouveau mouvement de grogne à la SNCM et la CMN, le secrétaire d'Etat aux Transports s'est voulu très clair cette semaine : « La concurrence a fait avancer les choses et il n'est pas question, malgré les pressions, de renoncer à la concurrence ».
Ces dernières années, les parts de marché de la SNCM et de la CMN n'ont cessé de diminuer, alors que Corsica Ferries affichait une croissance record. Créée à Bastia en 1968, la compagnie arme ses navires sous pavillon italien, avec un coût salarial moins important qu'à la SNCM et la Méridionale, dont les bateaux sont exclusivement armés avec des personnels français. Cela explique sa politique tarifaire et sa croissance. Mais cela n'explique pas tout. Corsica Ferries a également fondé son modèle sur la fiabilité du service, marquant ainsi des points auprès d'une clientèle qui supporte de moins en moins bien les perturbations liées aux mouvements sociaux.
Ainsi, en 2009, Corsica Ferries a transporté 1.87 million de passagers entre le continent (Toulon et Nice) et l'île de Beauté, soit une nouvelle augmentation de 10%. Selon les statistiques de l'Observatoire régional des transports de la Corse (ORTC), Corsica Ferries détient désormais 62.4% des parts de marché, contre 21.46% pour la SNCM et 4.9% pour la Méridionale.

La CCI de Corse critique la banalisation de la grève

Sur place, la délégation de service public, ou plutôt les perturbations engendrées par des mouvements sociaux à répétition, sont de plus en plus critiquées. En Corse, les transporteurs estiment être « pris en otage ». Mardi, le président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Bastia et de Haute Corse est monté au créneau : « La CCI considère qu'il est de plus en plus difficile de s'accommoder de la fréquence des mouvements déclenchés, tant leur utilisation est désormais banalisée et plonge notre île vers des avenirs incertains ». Paul Trojani estime que « le monde économique et les simples citoyens ont de plus en plus de mal à admettre » des actions « dont le degré d'importance varie au gré des volontés syndicales ». Mercredi, le quotidien corse « 24 Ore » titrait « Laissez-nous respirer ! » et pointait du doigt une « nouvelle galère en vue pour les insulaires ». Alors que, sur l'île, l'idée d'un « service minimum » refait surface, certains usagers des lignes maritimes se défoulent en commentant les articles traitant de la grève. Ainsi, sur le site Internet de l'Express ou celui du Figaro, les critiques vont bon train à l'encontre de la répétition des mouvements. « Ici, à Marseille, tous les corses fuient la SNCM et se tournent vers les compagnies italiennes. Pas de grèves, accueil sympathique, personnel dynamique et travailleur », écrit notamment une lectrice, parmi les moins virulentes. Celle-ci pointe en fait du doigt le grand bénéficiaire de ce conflit : la concurrence. Mardi, à l'occasion de l'assemblée générale d'Armateurs de France, la situation à la SNCM et la Méridionale était au coeur d'un certain nombre de discussions. Ainsi, pour un cadre dirigeant d'une compagnie française : « C'est suicidaire. Les syndicats ne se rendent pas compte qu'ils se tirent une balle dans le pied. Il n'y a que la concurrence qui se frotte les mains. Pour elle, c'est du pain béni ».

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