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Groix : La Frégate, une enquête sous les mers

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Ce sont bien les restes du chalutier à vapeur La Frégate qui reposent sous 10 à 14 m d'eau, à quelques encablures de la pointe de Pen Men, à Groix. « De nombreux éléments concordent », tempèrent les plongeurs qui viennent de passer dix jours au chevet de cette épave. « On a enlevé des points d'interrogation. Ce n'est pas une science exacte... ».

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Naufrage en décembre 1913

Depuis le début du mois, huit hommes, passionnés de plongée et férus d'histoire, ont patiemment recensé différents éléments du navire disséminés sur plus de 1.000 m². Dans la nuit du 24 au 25 décembre 1913, la Frégate a en effet fait naufrage tout près de la côte groisillonne. Tous les marins avaient survécu au naufrage. Pendant des décennies, les courants et les tempêtes ont achevé de disperser les restes du bateau disloqué. Ces plongées à l'air - deux par jour en fonction des conditions de mer et météorologiques - sont venues compléter les recherches documentaires menées en amont par l'équipe. « On avait une hypothèse. On est descendu. On a méticuleusement regardé les morceaux qu'on a trouvés. On les a comparés aux éléments dont on disposait. Et l'on a aujourd'hui de très fortes présomptions », résume Didier Robineau.

Opération « Pen Men 1 »

C'est sous l'égide scientifique de ce membre du club de plongée des Vénètes et président de la commission archéologie et patrimoine subaquatique du Codep 56 que l'opération « Pen Men 1 » a été menée. Elle a rassemblé des plongeurs morbihannais, pour la plupart, mais aussi seinomarins. « Nous avons reçu l'appui de deux plongeurs du Grieme (Groupe de recherche et d'identification d'épaves de Manche Est) ». L'opération a été autorisée par le département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) du ministère de la Culture. Et a reçu le soutien logistique - des bateaux - des clubs de plongée locaux - l'Asal et le CSL.

Briques de charbon estampillées Émile Marcesche

Parmi les éléments les plus « probants » retrouvés sur le site figurent des briques de charbon datées de 1913 et estampillées Émile Marcesche, le célèbre capitaine d'industrie lorientais, qui était l'armateur de La Frégate. Mais aussi « un moteur triple expansion qui présente exactement les mêmes cotes que celles notées dans le rapport Veritas du bateau ». Pour compléter son travail, et à titre de comparaison, l'équipe a aussi plongé sur l'épave d'un chalutier à vapeur qui a coulé en 1917, près de la côte lorientaise. Elle va désormais s'atteler à la rédaction de son rapport, « entre 60 et 80 pages », sourit Didier Robineau. « Le site de Groix est répertorié depuis 2008. Avec notre rapport, on va maintenant pouvoir déposer le nom du bateau ».

L'histoire avant tout

Ce qui intéresse avant tout ces hommes, c'est l'histoire de ce patrimoine immergé. « Immatriculée à Lorient, la Frégate a été construite au Royaume-Uni, en 1907. On n'avait pas encore les compétences en France où l'on en était encore au chalutier à voile », explique Didier Robineau. « C'est un moment charnière dans la construction navale. Techniquement, c'était très important ; ça a permis, par exemple, d'installer des machines frigorifiques à bord. Socialement, ça a eu beaucoup d'impact. Avec les chalutiers à vapeur on faisait beaucoup plus de travail avec moins d'hommes ; c'est lourd de conséquences ». Les résultats de l'opération Pen Men 1 viendront alimenter la base de données de la DRASSM. Et nourrir l'histoire.



Un article de la rédaction du Télégramme