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Gros plan sur le futur drone tactique embarqué français
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Gros plan sur le futur drone tactique embarqué français

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Après avoir grandement raté le virage initial des drones de surveillance à voilure fixe déployés depuis la terre, la France est bien décidée à s’imposer dans le domaine des engins tactiques embarqués à voilure tournante.

C’est tout l’enjeu des développements engagés autour du futur système de drones pour la marine (SDAM), qui permettront de disposer d’un premier démonstrateur dès 2021. Ce programme doit, dans le même temps, permettre de créer une nouvelle filière française spécialisée dans ce domaine et offrir, au-delà du marché national, d’importants débouchés à l’export.

 

FREMM et FTI avec un VSR 700 (©  NAVAL GROUP)

FREMM et FTI avec un VSR 700 (©  NAVAL GROUP)

 

SDAM : La LPM reporte les livraisons

C’est d’ailleurs à l’international que les industriels vont sans doute devoir décrocher leurs premières commandes pour des engins de série. La Marine nationale souhaite en effet se doter d’une quinzaine de SDAM (15 systèmes sont mentionnés par la nouvelle loi de programmation militaire) afin d’équiper ses futurs frégates de taille intermédiaire, sa prochaine génération de patrouilleurs mais aussi les frégates des types FREMM et Horizon, et éventuellement les bâtiments de projection et de commandement (BPC). Toutefois, l’objectif initialement fixé de disposer des premiers systèmes pour la fin 2023, date coïncidant avec la livraison de la première FTI, vient d’être repoussé. Faisant les frais d’arbitrages défavorables pendant l’élaboration de la nouvelle loi de programmation militaire 2019-2025, le programme fera bien l’objet d’une commande pendant cette période, la cible de 15 systèmes étant confirmée par le ministère des Armées. Mais les livraisons n’interviendront que « d’ici 2028 » précise le projet de LPM dévoilé par le gouvernement. Soit jusqu’à 5 ans de décalage. Evidemment, il est toujours possible que SDAM bénéficie à l’occasion de la préparation de la prochaine LMP (2025-2030) d’une accélération, ce qui permettrait d’envisager l’arrivée de ces drones dans la flotte française à partir de 2026. Mais rien ne permet de l’affirmer et les industriels doivent donc composer avec le calendrier tel qu’il est présenté aujourd’hui. Ce qui implique des enjeux encore plus forts à l’export pour espérer lancer la production sans attendre la marine française et, ainsi, ne pas prendre le risque de se laisser distancer par la concurrence.


Etude de R&D notifiée en décembre

Heureusement, malgré le report des livraisons du SDAM français, l’essentiel a été préservé avec un contrat destiné à développer un premier démonstrateur d'un système complet intégré sur frégate (basé sur le VSR 700 d’Airbus Helicopters), qui sera qualifié à la mer d’ici trois ans. Le projet a en effet connu une avancée majeure en décembre dernier avec la notification, par la Direction Générale de l’Armement, d’un contrat d'étude de levée de risques crucial confié à un groupement constitué d’Airbus Helicopters et Naval Group (mandataire). « L’étude permettra d’instruire les principaux choix technologiques à réaliser sur le SDAM et de lever les risques techniques préalablement au lancement de la réalisation du programme. Le niveau de maturité technologique visé est un démonstrateur du système complet dans un environnement représentatif », expliquent les industriels. « Nous avons pu constituer un groupement en cotraitance car nous avons une très grande complémentarité et, avec Safran et Thales, nous réunissons  toutes les compétences nécessaires pour développer une solution très performantes à même de favoriser l’émergence d’une filière française de référence au niveau mondial. Airbus est le systémier du drone alors que Naval Group se chargera de l’intégration physique du drone et son intégration fonctionnelle avec le système de combat du bâtiment porteur pour que l’ensemble soit parfaitement interopérable », précise Regis Antomarchi, responsable du programme VSR 700 chez Airbus Helicopters. « En s'associant avec Safran, maître d'oeuvre du programme Patroller, et Thales, maître d'oeuvre du programme Watchkeeper, nous bénéficierons de leur savoir-faire et de leurs connaissances dans les drones à voilure fixe pour le développement du SDAM », ajoute Cyril Lévy.  

45 mois pour obtenir un appontage automatique sur une frégate

Ce marché constitue réellement le pré-coup d’envoi du programme SDAM et va être mené tambour battant. « Nous n’avons que 45 mois pour aboutir à un engin de 700 kilos équipé de différents senseurs, intégré au système de combat d’une frégate et capable de s’y poser automatiquement. Il s’agira à la fin de disposer d’une feuille de route pour l’industrialisation des futurs systèmes et leur déploiement sur les bâtiments de la Marine nationale. C’est un délai très court pour un projet aussi complexe, au travers duquel nous allons étudier le sujet sous tous ses angles et dérisquer un maximum pour pouvoir immédiatement embrayer sur le développement et la production des drones de série », explique Cyril Lévy, directeur des programmes de drones chez Naval Group.

 

Le Little Bird appontant sur le Guépratte en 2012 lors de l'étude D2AD (©  DGA)

Le Little Bird appontant sur le Guépratte en 2012 lors de l'étude D2AD (©  DGA)

 

Plus de 10 ans de travaux sur le sujet

Pour y parvenir, les industriels ne partent pas de rien. Cela fait plus d’une décennie qu’ils planchent sur le sujet, plusieurs études et expérimentations ayant été successivement menées. « La mise en œuvre et la récupération d’un drone sur un navire sont des choses très compliquées, les principales contraintes étant liées aux mouvements de plateforme, à l’aérologie et à la compatibilité électromagnétique. Nous avons commencé à travailler sur le sujet en 2005 avec le plan d’étude amont IND, qui a permis de dresser le panorama des travaux à conduire pour aboutir à l’intégration physique et fonctionnelle d’un drone tactique sur un bâtiment. Ces recherches se sont traduites en 2008 par le PEA D2AD, grâce auquel nous avons réalisé cinq ans plus tard les premiers décollages et appontages en mode automatique sur une frégate de la Marine nationale (avec un drone américain Little Bird équipés de systèmes français, ndlr). Une fois ce verrou levé, l’expérimentation Serval, à partir de la fin 2011, a permis de réaliser à bord du patrouilleur L’Adroit les premiers déploiements en conditions opérationnelles d’un drone, en l’occurrence le Camcopter S-100, mis en œuvre depuis le bâtiment par un détachement spécialisé de la marine. Puis, avec ce système, nous avons en décembre 2013 conduit la première intégration du drone au système de mission Polaris de L’Adroit, permettant l’échange sécurisé et le traitement des données recueillies ». La dernière expérimentation en date est l’embarquement du Camcopter S-100 sur un BPC du type Mistral et sa connexion au système de combat SENIT 9. A ce titre, le système a été testé en 2017 lors d’un déploiement de plusieurs mois du Dixmude en Afrique de l’ouest dans le cadre de la mission Corymbe.    

 

Le Little Bird appontant sur le Guépratte en 2012 lors de l'étude D2AD (©  DGA)

Le Little Bird appontant sur le Guépratte en 2012 lors de l'étude D2AD (©  DGA)

 

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