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Gros plan sur le prochain arrêt technique du Charles de Gaulle

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A l’issue d’une dernière mission en fin d’année, le porte-avions français entrera début 2017 en cale sèche pour un arrêt technique majeur. Il s’agira du second des quatre ATM prévus au cours de la vie du Charles de Gaulle, entré en service en 2001.

Réalisé sous la maîtrise d’ouvrage du Service de Soutien de la Flotte (SSF) et de la Direction Générale de l’Armement (DGA), et la maîtrise d’œuvre de DCNS, il interviendra 10 ans après le premier ATM du bâtiment et va permettre de lui redonner du potentiel, de le moderniser et de l’adapter au derniers standards militaires avant une nouvelle période d’activités opérationnelles. « Un important travail d’anticipation de ce chantier industriel exceptionnel a été entrepris. Il a permis d’établir un état des lieux complet et actualisé des travaux de préparation et de réalisation.  Une organisation générale du chantier a été mise en place de l’échelon central (ministère de la défense, état-major des armées) à l’échelon local. Cette organisation a un but : faire en sorte que chacun puisse exercer ses responsabilités de façon sereine, dans un périmètre clarifié, dans un cadre protégé, piloté et fortement coordonné,  respectueux de la santé des travailleurs et de l’environnement. Tout a été pensé et anticipé pour faciliter les conditions de travail et de sécurité. De nombreux facteurs ont été pris en compte, comme les risques de chute, les problèmes de circulation, les risques liés à l’emploi d’outillages spécifiques. Un dispositif de contrôle  radiologique sera mis en place du fait des opérations menées sur des matières sensibles à caractère nucléaire durant les interventions industrielles sur les chaufferies », précise la Marine nationale.

 

(© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

(© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

1.2 milliard d’euros pour un chantier colossal

D’un coût annoncé à 1.2 milliard d’euros, ce chantier colossal, préparé depuis plusieurs années, va mobiliser plusieurs milliers de personnes. Des marins mais aussi des collaborateurs de DCNS, dont 400 sont déjà sur le pont pour développer les nouveaux systèmes du porte-avions et la préparation des opérations qui interviendront pendant l’ATM. Le groupe va également travailler avec de nombreux sous-traitants, pas moins de 180 entreprises étant mobilisées. Côté effectifs, au plus fort des travaux, un millier d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs travailleront au profit du Charles de Gaulle, qui passera en cale sèche aux bassins Vauban, dotés pour l’occasion d’une toute nouvelle grue de très forte capacité.

Création d’un village industriel

Compte tenu de son ampleur, l’ATM va entrainer la création autour du porte-avions d’un « village industriel », conçu pour optimiser la gestion des flux, l’efficacité du travail réalisé à bord et dans les bâtiments environnants, ainsi que la vie du personnel mobilisé. Le chantier, au sein d’une zone protégée, s’étalera sur 280.000 m² et verra l’installation de plusieurs bâtiments : Le premier, déjà en place, est destiné à l’équipe programme (actuellement 80 personnes). Un autre, appelé SMUC (Structure mutualisée de coordination) sera monté durant l’été et accueillera environ 200 personnes (3/4 DCNS, ¼ marine). Un bâtiment sera également érigé pour les sous-traitants. Les équipes en charge de l’ATM s’appuieront évidemment sur les emprises existantes, dont un magasin pour les pièces et outillages, un local pour les portiques de manutention, un bâtiment dédié aux travaux aviation et un vestiaire.

 

(© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

(© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Rechargement des cœurs, entretien et rénovation

Pendant cet ATM, le Charles de Gaulle, unique bâtiment de surface européen doté d’une propulsion nucléaire, verra les cœurs de ses deux chaufferies rechargés via le remplacement des éléments combustible. Des lignes d’arbres aux réseaux électriques, en passant par les deux catapultes à vapeur et, les deux usines de réfrigération du navire et même les cuisines, l’ensemble des installations, équipements et systèmes du bâtiment seront visités, entretenus, voire remplacés dans le cadre du traitement des obsolescences et de programmes de modernisation. Ce sera par exemple le cas pour le système de surveillance centralisée des installations, les systèmes d’aide à la maîtrise des avaries ainsi que les automates de conduite de la plateforme.

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

 

Modernisation du système de combat

Le système de combat du bâtiment (SENIT 8), qui gère l’ensemble des senseurs et armements, sera rénové. Alors que le Central Opérations, d’où les marins assurent la conduite des missions, sera complètement modernisé, les travaux porteront notamment sur le changement des réseaux informatiques, ainsi que la mise en place de moyens garantissant la sécurité des systèmes informatiques, en particulier contre les cyberattaques. La modernisation du système de combat sera aussi liée aux différents changements de senseurs (radars, capteurs infrarouge, système optronique) ainsi que la rénovation du système de communication prévus dans le cadre de l’ATM.

Nouveaux senseurs

Ainsi, le radar de veille DRBV-15 sera remplacé par un SMART-S (Thales), alors que de nouveaux radars de navigation (Terma) seront installés. Le Charles de Gaulle sera aussi équipé d’un système de surveillance électro-optique panoramique Artemis, un système optronique de désignation d’objectif ou encore un IFF NG (militaire) pour l’identification des aéronefs. La cohabitation et l’intégration de ces équipements au système de combat a été testé sur le Site d’expérimentation des systèmes de défense aérienne (SESDA) de Saint-Mandrier.

 

Le SMART-S à gauche sur le site du SESDA (© : DGA)

Le SMART-S à gauche sur le site du SESDA (© : DGA)

 

Passage au « tout Rafale »

Cet arrêt technique permettra également, suite au retrait du service ce mois-ci du Super Etendard Modernisé (SEM), d’adapter les installations aéronautiques au passage du groupe aérien embarqué (GAE)  à un seul type d’avion de combat, le Rafale Marine. Plusieurs systèmes et installations seront remplacés et refondus : les installations d’aide à l’appontage et les systèmes de trajectographie, ou encore des convertisseurs d’alimentation des aéronefs.

 

Rafale Marine (© : MARINE NATIONALE)

Rafale Marine (© : MARINE NATIONALE)

 

Plus grand bâtiment de guerre européen

Long de 261.5 mètres pour une largeur de 64 mètres, le Charles de Gaulle affiche un déplacement de plus de 42.000 tonnes en charge, ce qui en fait le plus grand navire de guerre européen. Capable de naviguer à 27 nœuds, il est armé par un équipage de 1900 marins (groupe aérien embarqué compris) et est conçu pour mettre en œuvre une quarantaine d’aéronefs. Le GAE standard sera constitué de deux flottilles de Rafale Marine (24 avions), deux avions de guet aérien Hawkeye et des hélicoptères. Pour son autodéfense, le bâtiment est équipé de deux systèmes SAAM (32 missiles surface-air Aster 15), deux systèmes surface-air à courte portée Sadral (2x6 missiles Mistral en batterie), de l’artillerie légère et une panoplie complète de moyens de guerre électronique.

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

 

Un outil diplomatique et militaire unique

Instrument militaire et diplomatique unique en Europe et qui le restera malgré la mise en service des deux nouveaux porte-avions britanniques, plus grands mais aux capacités inférieures, le Charles de Gaulle est un vecteur essentiel de la capacité de projection de puissance de la France.

« Outil de maîtrise de l’espace aéromaritime inégalable » pour la Marine nationale, le porte-avions est un bâtiment de gestion et de prévention des crises. Pouvant multiplier des effets militaires, il constitue avec son aviation embarquée la pièce centrale du groupe aéronaval, qui comprend également des frégates de défense aérienne et de lutte anti-sous-marine, un sous-marin nucléaire d’attaque, des avions de patrouille maritime et des unités logistiques garantissant la capacité à mener des opérations lointaines sur de très longues durées. Le groupe aéronaval présente, au-delà de son autonomie et de sa puissance de feu considérable, l’avantage de pouvoir parcourir plus de 1000 kilomètres par jour et, en profitant de la liberté de naviguer dans les eaux internationales, de s’approcher au plus près d’une zone de crise sans devoir solliciter des autorisations auprès de pays tiers.

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

 

Plus puissant qu’hier et moins que demain

Le Charles de Gaulle, qui à sa sortie d’arrêt technique n’aura jamais été aussi puissant, est capable d’assurer différents types de missions : attaque d’objectifs terrestres ou d’une force navale à la mer, maîtrise aérienne d’un théâtre d’opérations, soutien aux opérations terrestres (reconnaissance ou appui feu) et même des missions de dissuasion nucléaires. Les Rafale Marine, qui peuvent en effet mettre en œuvre le missile ASMPA, vont eux-aussi bénéficier dans les prochaines années d’améliorations importantes - dont l’adoption du missile de supériorité aérienne Meteor - qui permettront de renforcer encore les capacités du groupe aéronaval français.

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

 

Plus de 30 tours du monde parcourus en 15 ans

En 15 ans d’activité opérationnelle, le Charles de Gaulle, officiellement admis au service actif le 18 mai 2001, a parcouru l’équivalent de plus de 30 tours du monde, soit 658.120 milles (1.218.838 km). Le porte-avions a passé, depuis qu’il est opérationnel, 2071 jours en mer soit un peu plus de 5 ans et demi sans interruption sur l’eau. Il a procédé à 38.661 catapultages ainsi qu’à 38.668 appontages. Depuis son intégration au sein de la flotte, le porte-avions a été engagé dans presque que toutes les grandes opérations militaires conduites par la France, de la lutte contre les talibans en Afghanistan dès 2001 (Héraclès) jusqu’à celle menée actuellement contre Daech en Irak et en Syrie (Chammal), en passant par l’intervention en Libye en 2011 (Harmattan). 

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

Marine nationale Naval Group (ex-DCNS)