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Guerre de mines : Un ravitailleur pour remplacer la Loire ?

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Guerre de mines : Un ravitailleur pour remplacer la Loire ?

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Suite au désarmement de la Loire, bâtiment de commandement et de soutien de la force de guerre des mines, les réflexions se poursuivent afin de lui trouver un remplaçant. La problématique concerne avant tout les déploiements que les chasseurs de mines tripartites sont régulièrement amenés à réaliser en mer Rouge et dans la région du Golfe. Faut-il le rappeler, cette région est stratégique pour la France et l'Europe, une grande partie des approvisionnements, notamment énergétiques, transitant par cette zone. Il convient donc, pour la Marine nationale, d'être en mesure d'assurer la libre circulation des navires de commerce, dont les cargaisons sont vitales pour l'économie. C'est pourquoi un groupe de guerre des mines est envoyé tous les deux ans environ, afin d'entretenir les liens avec les marines alliées et maintenir la connaissance de la zone.

La Loire et deux CMT  (© : MARINE NATIONALE)
La Loire et deux CMT (© : MARINE NATIONALE)

Or, le déploiement si loin de leurs bases de CMT, petits bâtiments de 51 mètres et 600 tonnes en charge, n'est pas très aisé pour des questions de logistique. Lorsqu'elle était en activité, la Loire accompagnait donc les CMT pour assurer leur soutien, qu'il s'agisse de ravitaillement à la mer ou de réparations grâce à ses ateliers. Dotée d'une plateforme hélicoptère, d'un petit hôpital avec bloc opératoire, ainsi que d'un caisson de décompression multiplaces, elle servait, ainsi, de base mobile, permettant aux chasseurs d'opérer avec un minimum de contraintes. Mais, après 42 ans de bons et loyaux services, la Loire devait être retirée du service actif, ce qui fut fait l'an passé.

La Loire ravitaillant un CMT  (© : MARINE NATIONALE)
La Loire ravitaillant un CMT (© : MARINE NATIONALE)

Le CMT Pégase (© : MARINE NATIONALE)
Le CMT Pégase (© : MARINE NATIONALE)

Plusieurs supplétifs ont donc été étudiés afin de maintenir une capacité de déploiement autonome. La première, innovante, consiste en un lot de conteneurs pré-équipés et projetables par voie aérienne ou maritime. Ces « boites » seraient par exemple déployées sur la base française d'Abu Dhabi et contiendraient l'ensemble des équipements nécessaires au soutien des chasseurs. Le système, testé par les Britanniques, ne semble toutefois pas si adapté qu'il y parait. Car il impose notamment aux chasseurs une base fixe, pas forcément proche des opérations, et dont l'accès doit être assuré. La Royal Navy a d'ailleurs, semble-t-il, abandonné le concept, préférant affecter l'un des transports de chalands de débarquement du type Bay au soutien de ses chasseurs de mines.
Outre l'option terrestre, il est aussi imaginé de pouvoir installer des conteneurs sur un navire de type remorqueur offshore, à l'instar des modules pouvant être embarqués sur les bâtiments d'assistance affrétés par la Marine nationale (le sous-marin de sauvetage NSRS sur l'Argonaute par exemple). Dans ce cas, il faut toutefois pouvoir disposer du navire approprié en temps voulus, et répondre à la question des équipages civils en cas d'intervention durant un conflit.

La Thétis à droite et deux CMT à gauche (© : MER ET MARINE)
La Thétis à droite et deux CMT à gauche (© : MER ET MARINE)

En attendant que les besoins et les possibilités soient affinés, il reste à la marine plusieurs possibilités en puisant dans ses capacités actuelles. La force de guerre des mines peut, ainsi, utiliser le bâtiment d'expérimentation Thétis, qui dispose d'infrastructures lui permettant de servir de navire de commandement. Mais la Thétis reste une petite unité (59 mètres, 1000 tonnes en charge) et présente le défaut d'être dépourvue d'installations de ravitaillement.
Les marins imaginent donc, comme autre piste, d'utiliser, lors des déploiements outre-mer des chasseurs, l'un des quatre bâtiments de ravitaillement de la flotte (BCR/PR). Nettement plus gros (157 mètres, 18.000 tpc), ces navires n'auraient aucun mal à soutenir une flottille de CMT grâce à leurs immenses réserves de carburant, de vivres, de pièces détachées et de munitions. Trois d'entre eux sont, en outre, dotés d'infrastructures de commandement (Marne, Var, Somme). Pour mémoire, jusque dans les années 90, les bâtiments anti-mines venaient refaire le plein auprès des pétroliers-ravitailleurs, mais le savoir-faire pour de telles manoeuvres, délicates compte tenu de la différence de tailles entre les bateaux et la problématique de vitesse (la vitesse maximum des CMT est proche de la vitesse minimale des BCR/PR), n'a pas été entretenu depuis longtemps. En outre, des adaptations techniques par rapport au matériel existant, notamment en matière de puissance de traction des câbles, seront nécessaires. Les CMT sont, en effet, des bâtiments construits en composite verre-résine (CVR), qui ne peuvent supporter la force de traction générée par le gréement habituel des ravitailleurs. Il conviendra donc de remettre au goût du jour l'ancien système, plus léger.
Des essais devaient avoir lieu le mois dernier avec la Meuse et les chasseurs toulonnais dans la perspective de revalider le concept. Mais, finalement, ces manoeuvres auront lieu en Atlantique. Les CMT basés à Brest vont, en effet, profiter du passage de la Marne, qui accompagne le porte-avions Charles de Gaulle pour l'exercice Brillant Mariner.

Ravitaillement à partir de la Marne (© : MER ET MARINE)
Ravitaillement à partir de la Marne (© : MER ET MARINE)

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