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Guerre des mines belgo-néerlandaise : EDR à l’origine du recours
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Guerre des mines belgo-néerlandaise : EDR à l’origine du recours

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On en sait désormais un peu plus sur la procédure initiée contre l’attribution à Naval Group et ECA, réunis au sein du consortium Belgium Naval & Robotics (BNR), du marché des 12 nouveaux bâtiments de guerre des mines destinés à la Belgique et aux Pays-Bas. Ce recours a été introduit auprès du Conseil d’Etat belge par le chantier Engine Deck Repair (EDR) d’Anvers. C’est ce qu’a confirmé le ministère belge de la Défense à nos confrères de l’agence de presse Belga.

EDR fait partie du consortium franco-belge Sea Naval Solutions, comprenant également les Chantiers de l’Atlantique, Socarenam et Thales. Spécialement créé pour concourir au programme de renouvellement des moyens de guerre des mines belgo-néerlandais, SNS faisait partie des trois finalistes en compétition, le troisième étant le groupe néerlandais Damen.

Bien que SNS a fait pendant des semaines figure de favori, c’est donc BNR qui a été désigné vainqueur le 15 mars par la Belgique, en charge de piloter ce programme binational (les Pays-Bas gèrent pour leur part le renouvellement des frégates belgo-néerlandaises du type M). Une décision qui est donc contestée par EDR, ce dernier ayant déposé la semaine dernière une requête en suspension auprès du Conseil d’Etat.

Les autres membres du consortium Sea Naval Solutions ne se sont en revanche pas associés à ce recours, ont indiqué à Belga les autorités belges. Ce qui n’est pas étonnant. Alors que le constructeur boulonnais Socarenam n’est pas connu pour être procédurier, une telle manœuvre serait délicate pour Saint-Nazaire. Dans un contexte très particulier sur le plan national, les Chantiers de l’Atlantique préfèrent sans doute s’incliner après une ultime bataille contre Naval Group sur le marché de la construction neuve militaire. D’autant que Naval Group est entré à leur capital l’été dernier (à hauteur de 11.7%) et, s’il n’avait pu torpiller le projet de SNS puisque celui-ci était déjà trop engagé, il est maintenant bien installé. Alors que le renouvellement du mandat de la direction nazairienne se profile, le ministère français des Armées, même s’il soutenait initialement la candidature de SNS en Belgique, ne peut désormais politiquement appuyer une procédure qui raviverait une lutte fratricide entre français en territoire étranger. Cela ferait très mauvais genre en pleine campagne des Européennes et risquerait d’agacer fortement les Belges comme les Néerlandais, avec la possibilité de voir ceux-ci se tourner finalement vers Damen.

En partie pour les mêmes raisons politiques, Thales semble donc avoir lui-aussi renoncé à s’engager sur la voie du recours. Cela, même si les relations entre l’électronicien et Naval Group, dont il est actionnaire à 35%, paraissent de plus en plus compliquées, comme en témoigne le choix de Thales de s’engager en Belgique non pas avec l'ex-DCNS, mais aux côtés de ses concurrents. Et ce n’est pas le projet de rapprochement entre Naval Group et Fincantieri qui va arranger les choses, eu égard aux craintes de Thales de voir Leonardo accroître significativement, par le truchement de cette alliance franco-italienne, sa position sur le marché des radars navals. 

Alors que le groupe néerlandais Damen, de manière assez surprenante, n’a pas réagi, peut-être du fait qu’il conduit déjà le programme des futures frégates belgo-néerlandaises et qu’y ajouter la guerre des mines serait sans doute de trop vis-à-vis de la Belgique, ne restait donc qu’EDR à avoir les coudées franches pour attaquer l’attribution du marché à Belgium Naval & Robotics. Il faut dire que le chantier anversois s’est beaucoup investi dans cette compétition et attendait du programme de fortes retombées, dont le développement d’une nouvelle capacité de construction navale, son activité étant jusqu’ici concentrée sur la réparation de navires. Dans le montage industriel de Sea Naval Solutions, c’est EDR qui devait réaliser une grande partie de l’armement des coques, produire leurs superstructures et assurer l’entretien des bâtiments une fois ceux-ci en service. De plus, Engine Deck Repair n’est pas soumis aux contraintes évoquées précédemment et avec lesquelles doivent composer les autres membres de SNS. Le chantier d’Anvers a en effet une parfaite liberté d’action puisque son actionnaire majoritaire n’est autre que le groupe suisse Mediterranean Shipping Company, l’un des géants mondiaux du transport maritime conteneurisé et, aussi, l’un des principaux clients des Chantiers de l’Atlantique via son activité dans la croisière. Si une intervention nazairienne en sous-main, par le biais de MSC, parait fort peu probable, on ne peut en revanche exclure que l’armateur a de son propre chef saisi l’occasion de donner un bon coup de menton. On se souvient en effet que MSC s’est vivement opposé à la reprise de Saint-Nazaire par Fincantieri, ce dernier ayant bénéficié des manœuvres de Naval Group en faveur de ce rapprochement, politiquement lié par le gouvernement français au projet d’alliance franco-italien dans le domaine naval militaire.

Quoiqu’il en soit, le Conseil d’Etat belge va maintenant traiter le recours d’EDR. La haute juridiction a trois semaines pour recevoir la requête et encore deux semaines supplémentaires environ pour prendre sa décision. De celle-ci dépend l’entrée en vigueur ou non du contrat signé avec Belgium Naval & Robotics, qui n’a à ce stade pas été notifié et ne le sera pas avant la fin de la procédure initiée par EDR. La conclusion de cette affaire devrait être connue au cours de la seconde quinzaine du mois de mai.

 

Naval Group (ex-DCNS)