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Guerre des mines franco-britannique : le robot MuMNS est arrivé à Brest
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Guerre des mines franco-britannique : le robot MuMNS est arrivé à Brest

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C’est le dernier élément du nouveau système robotisé de guerre des mines développé par Thales dans le cadre du programme franco-britannique MMCM. Après le drone de surface (USV) et son sonar remorqué TSAM, ainsi que le drone sous-marin A27 équipé d’une antenne SAMDIS, qui tous ont passés avec succès leurs essais d’acceptation fin mai, le robot télé-opéré (ROV) Multi-Shot Mine Neutralisation System vient d’arriver en France. Produit en Suède par Saab, le MuMNS a rejoint le site Thales de Brest, où il doit débuter en juillet ses essais à la mer depuis l’USV. Il effectue avant cela des tests en bassin, afin notamment de mesurer sa manoeuvrabilité. Ce qui permet au passage à Thales de le présenter aux marines clientes.

 

 

Essais sur les USV finaux

Le MuMNS et son système de lancement et de récupération automatique (LARS) ont déjà été essayés sur le drone de surface. Des essais ont été menés en ce sens sur le lac de Motala, en Suède. Ils l’ont été avec l’USV 0, un prototype des drones de surface développés pour la Marine nationale et la Royal Navy qui a été réalisé sur fonds propres par Thales. C’est avec lui que les essais en mer avec le sonar remorqué ont débuté à l’été 2018. Il s’agit maintenant de tester le MuMNS en mer sur les drones finaux, les USV 1 et USV 2, qui ont été livrés cet hiver par la société britannique ASV.

 

L'USV 0 en Suède pour les essais de lancement et de récupération du ROV 

L'USV 0 en Suède pour les essais de lancement et de récupération du ROV (© THALES)

 

 

Déploiement du MuMNS depuis l'USV 0 en Suède  

Déploiement du MuMNS depuis l'USV 0 en Suède  (© THALES)

 

Ces bateaux automatisés mesurent 12 mètres de long pour 3.5 mètres de large. Spécialement conçus pour la guerre des mines, avec une signature réduite et une forte capacité de résistance aux chocs, ces engins en composite seront dotés d’un nouveau sonar de détection et d’évitement de mines (MOAS) qui permettra de sécuriser leur transit vers leurs zones de missions. Ce MOAS est actuellement testé au Royaume-Uni sur l’USV 2.

 

L'USV 1 avec le sonar TSAM  

L'USV 1 avec le sonar TSAM  (© LE TELEGRAMME - STEPHANE JEZEQUEL)

USV remorquant le sonar TSAM  

USV remorquant le sonar TSAM  (© THALES)

 

 

Le TSAM et l’A27 pour la détection et la classification

Les drones de surface peuvent emporter deux charges utiles. Soit le MuMNS, soit un sonar remorqué à ouverture synthétique, le TSAM de Thales. Offrant un système d’imagerie multi-aspect extrêmement précis, ce système à immersion variable peut plonger jusqu’ à 80 mètres et scanner des fonds allant jusqu’à 100 mètres. Ce sonar tracté sert à la détection, la classification et la localisaton des mines, tout comme l’A27, un gros drone sous-marin développé par la société varoise ECA et livré le mois dernier. Il dispose d’une autonomie de l’ordre d’une trentaine d’heures et peut opérer jusqu’à 300 mètres de profondeur avec une antenne SAMDIS à ouverture synthétique similaire à celle du TSAM.

 

Drone sous-marin de la famille A27  

Drone sous-marin de la famille A27  (© ECA GROUP)

 

Le ROV pour identifier et neutraliser jusqu’à trois mines par plongée

Une fois les mines détectées et classifiées, il faut ensuite pouvoir les identifier précisément et le cas échéant les neutraliser. C’est le rôle du MuMNS. Long de 2.1 mètres pour une largeur de 80 centimètres et une hauteur de 60 centimètres, ce ROV pèse 300 kilos. Il est alimenté en énergie par l’USV et, au moyen de son ombilical, transmet aussi les images prises par ses caméras, reçoit ses ordres et peut être piloté à distance. Il est capable d’intervenir jusqu’à 300 mètres de profondeur et évolue à la vitesse de 5.5 nœuds. Conçu pour relocaliser et identifier les mines, il est en mesure, et c’est son gros avantage, de neutraliser plusieurs menaces lors d’une même mission. Par rapport aux traditionnels robots porteurs d’une unique charge de destruction, le MuMNS en emporte en effet trois. Une fois la mine localisée et identifiée grâce au sonar et aux caméras dont il dispose, l’engin de Saab dépose une charge et se retire pour aller traiter une seconde puis une troisième mine. Il s’éloigne alors pour la mise à feu des charges.

 

Le MuMNS  

Le MuMNS  (© SAAB)

Le MuMNS  

Le MuMNS  (© SAAB)

 

Un système de cloutage pour les mines à orin

Le robot peut aussi être équipé d’un bras télescopique innovant conçu pour la destruction des mines à orin (retenues au fond par une chaîne et qui flottent entre deux eaux) grâce à un système de cloutage de la charge de destruction sur l’engin à neutraliser. Ce dispositif très complexe, fabriqué avec des matériaux spécifiques permettant de pénétrer l’enveloppe extérieure de la mine sans la faire exploser (ce qui entrainerait la perte du ROV), forme une sorte de pistolet. Le clou, enfoncé, est solidaire d’un système de destruction dont la charge doit être précisément orientée. Il est doté de son propre système de mise à feu par radio. Mais comme les communications passent très mal sous l’eau, le dispositif, une fois installé par le ROV (qui s’éloigne alors de la mine), déploie une antenne flottante qui remonte à la surface et permet une communication avec le centre de contrôle en mer ou à terre. C’est un opérateur qui donne l’ordre de destruction. L’opération est délicate mais, chez Thales, on assure que le système est sûr et efficace, que le ROV peut s’approcher d’une mine à orin même si le courant est fort, et que le système de cloutage peut être actionné à une certaine distance.

Ce dispositif ainsi que les charges creuses elles-mêmes ont déjà été testés sur le site britannique d’Alford, une ancienne carrière où une dizaine de tirs, tous couronnés de succès, ont été conduits récemment sur des mines fictives. Il en sera de même à la mer dans les mois qui viennent.

Fin mai, le tandem USV/TSAM et l’A27 ont passé leurs essais d’acceptation contractuels, respectivement au large de Brest et de Toulon, par petits et grands fonds (jusqu’à 300 mètres). Cela va maintenant être au tour de la paire USV/MuMNS.

Combiner toutes les briques dans un système intégré

Chaque brique du programme MMCM (Maritime Mine Counter Measures) est donc testée et acceptée au fur et à mesure. Puis, après les démonstrations de chacune, l’enjeu des mois qui viennent est de combiner l’ensemble au sein d’un système de mission intégré piloté depuis un Centre opérationnel, le « POC ». Ce dernier consiste en deux conteneurs de 20 pieds transportables et autonomes, y compris en énergie. Il est armé par trois opérateurs et un officier, qui s’appuient sur un système de mission développé par Thales pour la planification des opérations, la programmation de chaque drone, ainsi que le traitement des informations reçues, en particulier l’analyse des données sonar provenant de l’A27 ou du TSAM. Il faut de puissants moyens de communication, redondés et sécurisés, afin de contrôler et télé-opérer à distance les drones, recevoir des images sonar et vidéo en temps réel. Ces systèmes de communication, récemment testés avec l’USV 1, offrent des portées dit-on sensiblement supérieures à ce qui est contractuellement exigé (12 nautiques).

 

L'USV 1 avec le TSAM en rade de Brest (

L'USV 1 avec le TSAM en rade de Brest (© MICHEL FLOCH)

 

Un système qui sera validé après sa confrontation à des scenarii opérationnels

L’objectif est que le système complet et intégré soit prêt à être testé début 2020 en conditions réelles sur différents scénarii opérationnels très exigeants, établis par les marins et que Thales devra réussir en présence des observateurs militaires et étatiques français et britanniques. Voici pour mieux comprendre l’un des types de scénario sur lesquels le système MMCM devra démontrer ses performances. Il s’agit d’un cas où un détroit a dû être fermé à la navigation en raison du mouillage de nombreuses mines. Le système robotisé doit permettre d'établir un itinéraire de transit sécurisé via le détroit pour le passage d’un groupe naval. La zone à couvrir est de 0.33 Nq x 25 Nq (8.33 Nq2), avec des profondeurs de 80 à 100 mètres et un courant fort. Il y a là  huit mines de contact à orin long, quatre mines à orin à influence anti-sous-marines et anti navires de surface, une mine de fond furtive à influence et quatre mines dérivantes. Suivant le scénario imposé, la durée de la mission doit être inférieure à 24 heures pour l'activité détection, classification et localisation des menaces. Et la durée maximale fixée pour l’Identification des contacts d’intérêt et la neutralisation de deux mines dans le chenal est de 160 minutes.

Livraison aux marines française et britannique prévue en avril 2020

Si tout se passe bien et que cette, la livraison des systèmes complets à chaque pays est prévue en avril 2020. La Marine nationale et la Royal Navy pourront alors expérimenter ce nouvel outil pendant trois ans et, en fonction du retour d’expérience, passer commande des systèmes définitifs.

La France prévoit de se doter de huit systèmes complets de drones de guerre des mines, comprenant chacun un USV avec sonar remorqué et ROV, ainsi que trois A27. Aérotransportables pour être déployés rapidement sur des théâtres d’opération lointains, ils pourront être mis en œuvre depuis la terre ou être embarqués sur l’un des futurs bâtiments de guerre des mines que la France doit commander à partir de 2020 en vue d’une livraison des deux premières unités d’ici 2025.

Les actuels chasseurs de mines tripartites (CMT) seront remplacés par ces bâtiments, qui seront nettement plus grands.

 

Le CMT Aigle (

Le CMT Aigle (© MICHEL FLOCH)

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