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Guerre des mines : Le prototype du drone de surface est arrivé à Brest

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C’est une pièce cruciale du programme franco-britannique MMCM (Maritime Mine Counter Measures), destiné à renouveler les moyens de guerre des mines de la Marine nationale et de la Royal Navy. Selon nos informations, le drone de surface (USV) destiné aux essais conduits en France est discrètement arrivé à Brest il y a une dizaine de jours. Il a été convoyé depuis Plymouth, où il a été réalisé par la société anglaise ASV sur la base de l’un de ses modèles, l’Halcyon (gamme C-Sweep). Un peu plus grand que ce prototype, l’engin en composite mesure 12 mètres de long et affiche une masse de 12 tonnes, qui atteindra 18 tonnes en charge. Il pourra dépasser la vitesse de 20 nœuds et franchir plus de 200 milles.

 

Le design de l'USV franco-britannique (© : ASV)

Le design de l'USV franco-britannique (© : ASV) 

Sonar remorqué TSAS (

Sonar remorqué TSAS (© THALES)

 

Cet USV est conçu pour mettre en œuvre deux systèmes. Le premier est destiné à la détection des mines. Il s’agit d’un sonar remorqué (T-SAS) et son antenne SAMDIS à ouverture synthétique avec système d’imagerie multi-aspect, fournis par Thales. La seconde charge utile déployable sur le drone de surface sera le nouveau Multi-Shot Mine Neutralisation System (MuMNS), robot télé-opéré (ROV) développé par le groupe suédois Saab. Capable de localiser et identifier des mines, il peut aussi, et c’est son gros avantage, neutraliser plusieurs menaces lors d’une même mission. Par rapport aux traditionnels robots porteurs d’une unique charge de destruction, le MuMNS en emporte en effet trois. Une fois la mine localisée et identifiée grâce au sonar et aux caméras dont il dispose, l’engin de Saab dépose une charge et se retire. La mine peut alors être neutralisée alors que le robot part traiter une seconde puis une troisième mine. 

 

Le MuMNS identifiant une mine 

Le MuMNS identifiant une mine (© SAAB)

Le MuMNS déposant l'une de ses trois charges sur une mine

Le MuMNS déposant l'une de ses trois charges sur une mine (© SAAB)

 

Long de 2.1 mètres pour une largeur de 80 centimètres et une hauteur de 60 centimètres, le MuMNS pèse 300 kilos. Il est capable d’intervenir jusqu’à 300 mètres de profondeur et évolue à la vitesse de 5.5 nœuds.

Le T-SAS ou le MuMNS seront mis en œuvre depuis l’USV par des systèmes de lancement et de récupération automatiques. La reconfiguration du drone de surface pour l’emploi de l’un ou l’autre des systèmes devra pouvoir se faire soit à quai, soit depuis un bateau-mère.

 

Le MuMNS sera mis en oeuvre via USV 

Le MuMNS sera mis en oeuvre via USV (© SAAB)

 

Pour compléter ces moyens, MMCM comprend par ailleurs un drone sous-marin (AUV), en l’occurrence un engin de la famille A27 de la société française ECA Group. Long d’environ 5 mètres pour un diamètre de plus de 70 centimètres, l’A27 est équipé d’un sonar latéral SAMDIS. Capable de plonger à 300 mètres, il affiche une vitesse maximale de 6 nœuds et une autonomie de plus de 40 heures. Lui aussi sera mis deployé depuis la côte ou un bateau-mère.

 

AUV du type A27 

AUV du type A27 (© ECA GROUP)

 

Initié en mars 2015 et notifié en octobre 2016 à Thales par la Direction Générale de l’Armement (DGA) et son équivalent britannique, MMCM recouvre donc cet AUV, ainsi que l’USV et ses charges utiles (sonar remorqué et MuMNS). Deux prototypes de cet ensemble sont réalisés, un pour la France et l’autre pour le Royaume-Uni. Les essais doivent débuter d’ici la fin de l’année en vue d’une qualification du système en 2019 puis d’une mise en service à l’horizon 2021. Pour la partie française, les essais seront conduits à Brest, où se trouve l’état-major de guerre des mines de la Marine nationale, et à partir du nouveau site Thales de Turnchapel Wharf à Plymouth pour le prototype britannique.

Dans un premier temps, chaque pays mettra en œuvre ce système depuis la terre, en attendant la commande des bateaux-mères, prévue pour la France dans le cadre de la prochaine loi de programmation militaire (2020-2025). Pour l’heure, aucun modèle de bâtiment n’a été retenu. Il s’agira d’une partie sensible du programme, en particulier concernant la survivabilité de la plateforme. En effet, le recours aux drones a pour but d’accroître les capacités de traitement des mines et, surtout, d’éviter au maximum les interventions humaines dans les zones de danger. Toutefois, les mines sont des menaces parfois extrêmement discrètes et furtives, qui obligent à tenir compte du fait que les bateaux-mètres pourraient être amenés à se retrouver sans le vouloir à proximité immédiate d’une telle menace. L’autre point critique sera sans nul doute le système de mise à l’eau et de récupération des drones, ainsi que le concept de reconfiguration des USV. Ces manœuvres devront pouvoir être conduites par des états de mer assez sévères et, bien entendu, ne pas durer des heures.

MMCM est pour mémoire l’un des trois volets du programme français SLAM-F (système de lutte anti-mine futur). Ce dernier doit permettre à la Marine nationale de renouveler ses moyens de guerre des mines au cours de la prochaine décennie. Dans le cadre de MMCM, huit systèmes de drones (AUV + USV et charges utiles) sont prévus pour la flotte française, ainsi que la construction de quatre bateau-mères afin de remplacer les onze chasseurs de mines tripartites (CMT) et mettre en œuvre USV et AUV. D’autre part, la commande de cinq nouveaux bâtiments bases de plongeurs démineurs (BBPD NG) est prévue, ainsi que le développement d’un nouveau système de gestion de la guerre des mines.

La nouvelle Loi de Programmation Militaire (LPM) prévoit que, d’ici la fin 2025, deux des quatre bateaux-mères, quatre des huit systèmes de drones et trois des cinq nouveaux BBPD seront livrés. A cette date, il ne restera plus que cinq CMT en service dans la Marine nationale, les quatre BBPD actuels ayant été désarmés. 

Thales Marine nationale Saab