Défense
Guerre des mines : Nouvelles évolutions dans un domaine de lutte très sensible

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Guerre des mines : Nouvelles évolutions dans un domaine de lutte très sensible

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Développement de nouveaux systèmes de détection, avènement des drones (voir à la fin du dossier)... La guerre des mines connaît, depuis quelques années, une importante évolution. Ce type de lutte reste, en effet, stratégique. Très efficaces, les mines peuvent être acquises à faible coût et constituent, depuis longtemps, ce que l'on appelle parfois l'« arme du pauvre ». En clair, un petit pays dépourvu de moyens de combat onéreux peut, grâce à ces bombes immergées, interdire toute activité maritime dans un secteur. C'est par exemple le cas d'approches maritimes mais cette menace est aussi particulièrement sensible pour les passages stratégiques, tel le détroit d'Ormuz, reliant le golfe Persique à l'océan Indien. Or, par ce goulot d'étranglement, large de quelques dizaines de kilomètres, passe 40% des approvisionnements mondiaux en pétrole. Mouiller quelques dizaines de mines suffirait, par conséquent, à paralyser la principale « station service » mondiale.

Explosion d'une mine (Copyright : MARINE NATIONALE)
Explosion d'une mine (Copyright : MARINE NATIONALE)

Quand de simples mines perturbent la plus grosse armada du monde

Certains pays, comme l'Iran, ont bien compris l'intérêt de faire peser une telle menace. Le mouillage de mines dans la région, durant la guerre Iran-Irak et la guerre du Golfe, avait déjà perturbé le trafic commercial, sans parler des dégâts occasionnés sur deux navires américains engagés dans le volet maritime de l'opération Desert Storm. Ainsi, en février 1991, le porte-hélicoptères d'assaut USS Tripoli et le croiseur lance-missiles USS Princeton avaient été endommagés par deux mines irakiennes. Si les explosions n'ont fait « que » 7 blessés et n'ont pas mis hors de combat les deux navires, la marine américaine avait alors pris conscience que de simples mines pouvait mettre en danger la plus grande armada du monde. Par la suite, l'US Navy corrigera, en construisant une série de chasseurs, ce qui était considéré comme une grave lacune, c'est-à-dire d'avoir négligé la lutte anti-mines. Toutefois, malgré la réalisation de chasseurs et de dragueurs, notamment avec l'aide de l'industrie italienne (des chasseurs dérivés des Lerici ont été réalisés pour l'US Navy), ce domaine n'est toujours pas un domaine d'excellence de la flotte américaine.

Chasseurs de mines en opération (Copyright : MARINE NATIONALE)
Chasseurs de mines en opération (Copyright : MARINE NATIONALE)

Plongeur démineur (Copyright : MARINE NATIONALE)
Plongeur démineur (Copyright : MARINE NATIONALE)

La Marine nationale : Des moyens et un savoir-faire reconnus

Faute de disposer d'une force de guerre des mines moderne, durant la guerre du Golfe, les Etats-Unis se sont largement appuyés sur les Européens, historiquement plus sensibles à cette arme abondamment utilisée pendant les deux guerres mondiales. Dans ce domaine de lutte, la France, qui a, à cette époque, déployé une force spécialisée dans la région, fait office de référence. La Marine nationale s'appuie sur des moyens modernes, ainsi que des équipages et des groupes de plongeurs très entrainés. Elle arme un total de 13 chasseurs de mines dits « tripartites », car étudiés avec la Belgique et les Pays-Bas. Ces navires de 51 mètres, mis en service entre 1984 et 1996, ont dès l'origine été dotés de poissons autopropulsés (PAP), petits engins télécommandés assurant la reconnaissance, l'identification et la pose de charges explosives. Les CMT ont été récemment modernisés. Ils disposent d'un nouveau sonar de coque (TSM 2022 Mk3) développé par Thales, alors qu'un sonar propulsé à immersion variable SPIV, associant un TSM 2022 Mk3 et un poisson Double Eagle a été installé. Un dispositif de mise à l'eau se situe à l'arrière des CMT, le poisson mesurant 2 mètres de long pour un poids de 400 kilos. Affichant une vitesse de 6 noeuds, sa portée est de 600 mètres et il peut plonger à 300 mètres. Pour la protection du goulet de Brest, la marine dispose également de trois bâtiments remorqueurs de sonars. Enfin, sur chaque façade maritime, des groupes de plongeurs démineurs (GPD) sont déployés, assurant notamment, avec le concours des moyens nautiques, la neutralisation des mines et vieilles munitions héritées de la seconde guerre mondiale. Et ces engins sont encore très nombreux, la dépollution des fonds étant loin d'être achevée. Chaque année, il faut le savoir, la Marine nationale détruit plusieurs milliers d'explosifs, issus pour la plupart de la seconde guerre mondiale. Depuis le début de l'année 2008, le seul GPD Méditerranée a déjà détruit près de 2000 engins explosifs.

Mise à l'eau d'un poisson autopropulsé (Copyright : MARINE NATIONALE)
Mise à l'eau d'un poisson autopropulsé (Copyright : MARINE NATIONALE)

Au-delà des interventions sur le littoral ou devant les côtes hexagonales, la force de guerre des mines est épisodiquement amenée à se déployer outre-mer, à commencer par la région du Golfe. Les chasseurs étant de petites unités à l'autonomie limitée, ils sont dans le cadre de ces missions accompagnés par le bâtiment de soutien mobile Loire. Ce navire, qui dispose également d'ateliers embarqués, assure l'ensemble du soutien des chasseurs et sert de bateau de commandement. Son désarmement l'an prochain, alors qu'aucun successeur n'est pour le moment prévu, n'est pas sans poser problème à la marine. Sans unité de soutien appropriée, il sera en effet difficile, après le retrait de la Loire, d'envisager de longs déploiements outre-mer.

La Loire (Copyright : MARINE NATIONALE)
La Loire (Copyright : MARINE NATIONALE)

L'arrivée des drones

Sur le modèle des CMT, DCNS propose le chasseur de mines de la classe D. Ce bâtiment ne constitue pas une révolution. Doté d'une coque en composite (CVR), il met en oeuvre des robots modernes. Le Classe D constitue donc une offre relativement classique, bien qu'il puisse éventuellement mettre en oeuvre des AUV (Autonomous Underwater Vehicle). En parallèle de ces solutions éprouvées, le développement de la technologie offre, aujourd'hui, de nouveaux horizons. Les marines souhaitent, en effet, mettre le moins possible ses personnels en danger. Il faut donc éloigner l'action humaine de la zone de risque, d'où le développement des drones. Bénéficiant des progrès de la robotique, les industriels conçoivent des drones les plus autonomes possibles. Les SPIV utilisés aujourd'hui restent, en effet, reliés au bateau porteur via un câble, par ou transitent les infirmations recueillies, les instructions données et l'énergie nécessaire à leur fonctionnement. Une fois repérée, la mine est systématiquement traitée par des plongeurs ou un PAP, l'intelligence humaine étant toujours présente pour diriger l'opération.
La rupture technologique consiste donc en des engins sans fils, pilotés par radio, et qui pourraient disposer d'une autonomie importante. Certains concepts sont prévus pour rendre compte dès qu'ils trouvent une mine, d'autres en permanence. Les produits proposés vont aujourd'hui de systèmes lourds, comme le SeaKeeper de DCNS, à des engins beaucoup plus légers, à l'image du REMUS (Remote Environmental Monitoring Unit system), dont l'US Navy a fait une démontration récemment à Toulon. Cet engin de 40 kilos, ressemblant à une torpille, mesure 1.60 mètre de long, 20 centimètres de diamètre. Il se déplace à 3 noeuds à une profondeur de 100 m avec une autonomie de 21 heures ou encore 9 heures à 5 noeuds. Le REMUS a aussi été développé dans une version plus grosse, le REMUS 600, avec des performances accrues, mais moins « maniable » (240 Kg 3.25 m de long).

Démonstration du REMUS 100 (Copyright : JEAN-LOUIS VENNE)
Démonstration du REMUS 100 (Copyright : JEAN-LOUIS VENNE)



Démonstration du REMUS 100 (Copyright : JEAN-LOUIS VENNE)
Démonstration du REMUS 100 (Copyright : JEAN-LOUIS VENNE)

Des mines qu'il faut percuter

L'idée d'une mise en oeuvre d'engins intelligents se développe avec les nouvelles générations de mines. Pour neutraliser les nouvelles générations de mines, il ne suffit plus, en effet, de placer une charge à côté, mais de les percuter directement. Cela pose d'ailleurs le problème du coût des drones, ces derniers n'étant, dans ce cas, utilisables qu'une fois car détruit à l'issue de l'intervention. On notera néanmoins que la quasi-totalité des mines actuellement en stock sont de type traditionnel. L'un des grands challenges des drones anti-mines réside également dans la capacité à assurer les trois grandes étapes de cette lutte : détection, identification et neutralisation. Cela implique, notamment, des équipements sonars spécialisés, que développe notamment Thales Underwater Systems (TUS). DCNS, via son site de Saint-Tropez, spécialisé dans les armes sous-marines, souhaite se positionner sur ce secteur. « DCNS a un rôle à jouer sur l'intégration des systèmes sur les bâtiments », explique-t-on à Saint-Tropez.

Le drone Cacopter S-100 (Copyright : MARINE NATIONALE)
Le drone Cacopter S-100 (Copyright : MARINE NATIONALE)

Sous l'eau, sur l'eau et au dessus de l'eau

L'emploi des drones dans la guerre des mines peut se réaliser sur et sous la surface de l'eau. Des engins autonomes de surface, les USV (Unmanned Surface Vehicle) sont notamment à l'étude. Les Israéliens sont assez forts dans le domaine, ayant développé depuis plusieurs années les drones de surface du type Rafael. Mais les Français sont également présents sur le marché. Ainsi, la société toulonnaise ECA a développé un semi-rigide de 7 mètres, l'Inspector, capable de mener des missions de reconnaissance mais aussi tracter un sonar pour la chasse aux mines. L'embarcation, télécommandée, est dotée d'un dispositif anticollision et d'un radar optronique. Thales a également participé au développement du Spartan, pneumatique pouvant mettre en oeuvre un sonar FLASH de lutte anti-sous-marine (sonar trempé habituellement mis en oeuvre depuis un hélicoptère). Et puis, il y a aussi les drones volants qui, à terme, pourrait présenter un intérêt dans la chasse aux mines. Plusieurs engins de ce type sont en cours de développement, notamment le Camcopter S-100 de la firme autrichienne Schiebel. Cet engin s'est d'ailleurs posé pour la première fois, ce mois-ci, sur une frégate de la Marine nationale (le Montcalm). L'appontage automatique a été réalisé grâce au système SADA de DCNS (Système d'Appontage et de Décollage Automatique) permettant de déployer un drone de jour comme de nuit depuis une plateforme navale. Outre le Camcopter, EADS travaille également au développement de l'Orca, Boeing et Thales s'intéressant également au sujet. « Dans la lutte anti-mines, les drones aériens pourraient servir de relai de communication si un drone de surface est envoyé assez loin, ou pourrait servir à la reconnaissance et à l'exploration des zones peu profondes. Ils enverraient des images et pourraient aussi détecter les mines de surface ».
Enfin, des réflexions sont en cours sur le déploiement de drone sur sous-marin, capacité qui permettrait au bâtiment d'envoyer un « explorateur » dans une zone inconnue ou dangereuse. Mais, si le départ du drone peut être réalisé depuis un tube lance-torpilles, les ingénieurs buttent, toujours, sur la manière de le récupérer.