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Guerre des mines : où en est le programme SLAM-F ?
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Guerre des mines : où en est le programme SLAM-F ?

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Basé sur l’emploi de systèmes de drones, le renouvellement des moyens de guerre des mines de la Marine nationale est un projet stratégique. Ce domaine de lutte est en effet essentiel pour assurer la sûreté des bâtiments de combat, depuis la projection sur un théâtre d’opération lointain jusqu’aux chenaux et enceintes portuaires nationales. Cette capacité est par exemple indispensable pour les opérations de débarquement comme la sécurisation des départs et retours de patrouilles des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) stationnés en rade de Brest. Mais aussi pour garantir le fonctionnement des ports civils et la liberté de navigation dans les détroits et à travers les routes maritimes vitales pour le commerce international et l’approvisionnement du pays. Sans oublier la dépollution permanente et encore durable des engins explosifs historiques (bombes, obus et mines) datant des précédentes guerres, que l’on découvre très régulièrement sur les plages et devant les côtes françaises.

 

Pétardage d'une munition historique en Manche, ici lors d'une opération OTAN en en avril (© OTAN)

Pétardage d'une munition historique en Manche, ici lors d'une opération OTAN en en avril (© OTAN)

 

Une rupture technologique et dans la doctrine d’emploi

C’est aussi un projet particulièrement novateur, complexe et de longue haleine, l’un des plus ambitieux du moment.  Car il va constituer non seulement une rupture technologique majeure, mais aussi un changement de paradigme complet dans la doctrine d’emploi et la manière de travailler des marins spécialisés dans la chasse aux mines et aux IED maritimes. Une révolution donc, comme les forces navales n’en ont en fait pas connu depuis l’avènement du missile ou de la propulsion nucléaire.

 

Le CMT Orion (© JEAN-LOUIS VENNE)

Le CMT Orion (© JEAN-LOUIS VENNE)

 

Remplacer les CMT, BRS, BBPD et BEGM

Connu sous le nom de SLAM-F (système de lutte anti-mines du futur) ce programme à plusieurs étages vise d’abord à remplacer les chasseurs de mines tripartites (CMT) de la Marine nationale, mis en service entre 1984 et 1988 (à l’exception du Sagittaire, construit entre 1993 et 1996 pour remplacer un premier CMT du même nom vendu au Pakistan). Réalisés en matériaux composites pour disposer d’une coque amagnétique, ces chasseurs de 51 mètres de long et 640 tonnes de déplacement en charge étaient auparavant au nombre de treize, dont trois anciens belges acquis en 1997. Trois ont déjà été désarmés : le Persée (2009), le Verseau (2010) et l’Eridan (2018). Les autres doivent être retirés du service d’ici 2029. Les Cassiopée, Andromède, Pégase, Croix du Sud, L’Aigle, Céphée et Sagittaires sont basés à Brest, alors que les Orion, Lyre et Capricorne ont Toulon pour port d’attache.

 

Le BRS Aldébaran (© MICHEL FLOCH)

Le BRS Aldébaran (© MICHEL FLOCH)

 

 

SLAM-F permettra aussi de remplacer les bâtiments remorqueurs de sonar (BRS) Antarès, Altaïr et Aldébaran, bateaux de 29 mètres et 250 tpc mis en service entre 1993 et 1995. Basés à Brest, ils ont été équipés en 2009 d’un sonar tracté DUBM-44, première version du TSAS de Thales qui équipera les futurs drones de la marine. Ce sonar peut couvrir latéralement une bande de 300 à 400 mètres, jusqu'à 200 mètres de fond, avec un niveau de précision extrêmement élevé. En dehors de ce système, les BRS peuvent mettre en œuvre une drague.

 

Le BBPD Pluton (© VINCENT GROIZELEAU)

Le BBPD Pluton (© VINCENT GROIZELEAU)

 

En dehors des CMT et BRS, le programme verra aussi le renouvellement des quatre bâtiments bases de plongeurs démineurs (BBPD), opérationnels depuis 1986-87. Trois de ces unités de 42 mètres et 409 tpc sont employées au profit des groupes de plongeurs démineurs : le Vulcain à Cherbourg pour le GPD Manche et mer du Nord, le Styx à Brest pour le GPD Atlantique et le Pluton à Toulon pour le GPD Méditerranée. S’y ajoute l’Achéron de la Force d’action navale, souvent mis à contribution pour l’école de plongée de Saint-Mandrier.

 

Le BEGM Thétys (© MICHEL FLOCH)

Le BEGM Thétys (© MICHEL FLOCH)

 

Et puis il faudra remplacer le bâtiment d’expérimentation de guerre des mines (BEGM) Thétis, navire de 59 mètres et 1050 tpc entré en service en 1988. Il sert depuis Brest au développement de nouveaux équipements, dont les drones, et peut être employé comme bâtiment de commandement d’un groupe de guerre des mines et éventuellement comme mouilleur de mines. 

Nouveaux bâtiments et modules de drones

Le volet technologiquement la plus ambitieux porte sur le renouvellement des CMT par de nouveaux bâtiments de guerre des mines (BGDM) conçus pour la mise en œuvre d’un système robotisé sur lequel vont reposer toutes les fonctions de détection, de classification et de neutralisation des mines. Ces modules de lutte contre les mines (MLCM), qui pourront être embarqués sur les BGDM mais aussi être employés directement depuis la terre, comprendront des drones sous-marins (Autonomous Underwater Vehicles - AUV) équipés d’un sonar, ainsi que des drones de surface (Unmanned Surface Vehicles – USV) dotés de deux charges utiles interchangeables : soit un sonar remorqué à immersion variable, soit un robot télé-opéré (Remote Operated Vehicle – ROV).

Il s’agira donc d’une approche complètement différente par rapport aux pratiques actuelles, qui voient les CMT détecter eux-mêmes les mines avec leur sonar de coque (DUBM-21E), puis les identifier et les neutraliser avec leur équipe de plongeurs-démineurs et/ou, en fonction du type de menace, les poissons autopropulsés (PAP) qu’ils embarquent ; Des ROV conçus pour identifier et déposer une charge explosive à proximité des mines découvertes.  

Mise à l'eau d'un PAP (avec sa charge sur le ventre) sur un CMT (© MARINE NATIONALE)

Mise à l'eau d'un PAP (avec sa charge sur le ventre) sur un CMT (© MARINE NATIONALE)

Mise à l'eau d'un PAP sur un CMT (© MARINE NATIONALE)

Mise à l'eau d'un PAP sur un CMT (© MARINE NATIONALE)

 

Réduire les interventions humaines et éloigner le bâtiment du danger

Grâce à l’emploi d’un système de drones, l’objectif est de réduire les interventions humaines au juste besoin et surtout d’éloigner de la zone de danger le bâtiment porteur et son équipage, qui n’auront théoriquement plus à travailler au milieu d’un champ de mines. On notera toutefois que, même si le but est de confier le gros du travail aux robots, la disparition des plongeurs-démineurs n’est pas à l’ordre du jour. Dans un certain nombre de situations, il faudra en effet toujours recourir à cette spécialité. L’intérêt opérationnel de l’intervention humaine peut être avéré dans des cas particuliers où la rapidité d’exécution primerait sur toute autre considération et si une intervention technique sur l’engin sous-marin s’avèrerait nécessaire. De plus, le système possèdera ainsi une résilience face à la menace en ayant des moyens redondants et complémentaires.  En outre, le plongeur-démineur sera à même de faire face à tout cas non conforme, sans oublier le rôle de ces marins dans d’autres missions liées par exemple à l’action de l’Etat en mer, comme le déplacement d’objets sous-marins ou l’expertise après relocalisation.

 

Plongeurs-démineurs (© MARINE NATIONALE)

Plongeurs-démineurs (© MARINE NATIONALE)

Plongeur-démineur (© MARINE NATIONALE)

Plongeur-démineur (© MARINE NATIONALE)

 

Augmenter les capacités d’intervention

Un autre avantage majeur du dispositif sera d’accroître les capacités d’intervention, un CMT travaillant aujourd’hui de 10 à 100 mètres de profondeur, alors que les sonars de nouvelle génération que les drones mettront en œuvre permettront de détecter des mines jusqu’à 300 mètres sous la surface de l’eau. Les progrès réalisés avec les antennes numériques vont aussi améliorer la détection de mines furtives et enfouies. Enfin, les engins robotisés et opérés à distance vont permettre de gagner considérablement en discrétion, qu’il s’agisse de l’AUV, capable d’évoluer sous l’eau dans la durée (au-delà de 30 nautiques), ou de l’USV, bien plus petit et donc moins repérable qu’un chasseur de mines, tout en pouvant être déployé jusqu’à une douzaine de nautiques de son bateau-mère, c’est-à-dire au-delà de l’horizon. 

Un programme disruptif mais incrémental

La Marine nationale, dont la guerre des mines est l’une des grandes spécialités et qui est internationalement reconnue pour son savoir-faire dans ce domaine, a donc décidé de profiter des progrès de la robotique et de la numérisation des systèmes pour effectuer un saut technologique majeur. Mais avec beaucoup de prudence, pas à pas, afin de valider les concepts et la maturité des équipements sur le plan technique et opérationnel, avant de les expérimenter pour définir de nouvelles doctrines d’emploi. SLAM-F est dans cette perspective un programme certes disruptif mais incrémental pour lequel, dès le début, de nombreuses options ont été laissées ouvertes dans le but d’affiner le futur système en fonction des travaux de R&D et des retours d’expérience sur les premiers engins testés à la mer.

 

L'USV Sterenn Du de 17 mètres construit en 2010 et employé pour le PEA Espadon (© : MICHEL FLOCH)

L'USV Sterenn Du de 17 mètres construit en 2010 et employé pour le PEA Espadon (© : MICHEL FLOCH) 

 

D’Espadon à MMCM

Après avoir conduit plusieurs expérimentations, dont le plan d’études amont (PEA) Espadon entre 2009 et 2015, la France a lancé en 2016 un programme en coopération avec le Royaume-Uni. Appelé MMCM (Maritime Mine Counter Measures), il vise à développer et qualifier en 2020-2022 deux systèmes de drones, soit un par pays. Il est industriellement porté par Thales, qui a mis en place une équipe binationale chargée du développement, de l’intégration et de la validation du concept. MMCM permet de développer le fameux module de lutte contre les mines (MLCM), la « tool box » comme on dit dans le jargon, constitué de l’USV et ses charges utiles ainsi que l’AUV.

Depuis quatre ans, Thales supervise en coordination avec la Marine nationale et la Royal Navy le développement des différentes briques technologiques. Puis leur intégration avec un système de mission dédié depuis un centre opérationnel. C’est à partir de celui-ci que les engins sont contrôlés à distance par des opérateurs et leurs données recueillies et analysées.

 

L'USV 1 avec le sonar remorqué TSAM (© LE TELEGRAMME - STEPHANE JEZEQUEL)

L'USV 1 avec le sonar remorqué TSAM (© LE TELEGRAMME - STEPHANE JEZEQUEL)

 

L’USV

L’USV est un bateau automatisé réalisé par la société britannique ASV selon les spécifications de Thales. Il mesure 12 mètres de long pour 3.5 mètres de large. Spécialement conçu pour la guerre des mines, avec une signature réduite et une forte capacité de résistance aux chocs, ce drone de surface est doté d’un sonar de détection et d’évitement de mines (MOAS) qui permettra de sécuriser son transit vers leurs zones de missions.

Le sonar remorqué et l’A27 pour la détection et la classification

Conçu pour travailler dans des états de mer 3/4, le drone de surface peut emporter deux charges utiles avec leur système de lancement et de récupération dédié. Soit le robot télé-opéré MuMNS (Multi-Shot Mine Neutralisation System), soit un sonar remorqué à ouverture synthétique, le TSAM de Thales. Offrant un système d’imagerie multi-aspect extrêmement précis, ce système à immersion variable peut plonger jusqu’ à 180 mètres et scanner des fonds allant jusqu’à 200 mètres. Ce sonar tracté sert à la détection, la classification et la localisation des mines

 

 

L'USV remorquant son sonar à immersion variable TSAS équipé d'une anterre SAMDIS (© THALES)

L'USV remorquant son sonar à immersion variable TSAS équipé d'une anterre SAMDIS (© THALES)

 

Il en est de même pour l’A27, un gros drone sous-marin long d’environ 5 mètres et d’un poids d’1 tonne développé par la société varoise ECA. Cet AUV, conçu pour être déployé depuis la terre ou un BGDM, peut opérer jusqu’à 270 mètres de profondeur avec une antenne SAMDIS à ouverture synthétique similaire à celle du TSAM. Son autonomie est de l’ordre de 24 heures, dont 12 heures avec émission sonar, pour une distance franchissable d’une soixantaine de nautiques (aller-retour).

 

L'AUV A27 avec sur chaque côté les antennes du sonar SAMDIS (© : ECA GROUP)

L'AUV A27 avec sur chaque côté les antennes du sonar SAMDIS (© : ECA GROUP) 

 

Ces deux types d’engins sont complémentaires. L’USV est plus rapide et peut communiquer en permanence avec la station de contrôle située à terre ou sur le bateau-mère, alors que l’AUV peut travailler plus discrètement, plus longtemps et à des profondeurs plus importantes, mais est obligé d’être remonté à bord pour transmettre les informations recueillies.

 

L'USV 0 avec le MuMNS lors des essais menés en Suède (© THALES)

L'USV 0 avec le MuMNS lors des essais menés en Suède (© THALES)

 

Le ROV pour identifier et neutraliser jusqu’à trois mines par plongée

Une fois les mines détectées et classifiées, il faut ensuite pouvoir les identifier précisément et le cas échéant les neutraliser. C’est le rôle du MuMNS, développé par le groupe suédois Saab. Long de 2.1 mètres pour une largeur de 80 centimètres et une hauteur de 60 centimètres, ce ROV pèse 300 kilos. Il est alimenté en énergie par l’USV et, au moyen de son ombilical, transmet aussi les images prises par ses caméras, reçoit ses ordres et peut être piloté à distance. Il est capable d’intervenir jusqu’à 300 mètres de profondeur et évolue à la vitesse de 5.5 nœuds.

 

 

Le ROV déployé depuis l'USV (© THALES)

Le ROV déployé depuis l'USV (© THALES)

 

Conçu pour relocaliser et identifier les mines, il est en mesure, et c’est son gros avantage, de neutraliser plusieurs menaces lors d’une même mission. Par rapport aux traditionnels robots porteurs d’une unique charge de destruction, le MuMNS en emporte en effet trois. Une fois la mine localisée et identifiée grâce au sonar et aux caméras dont il dispose, l’engin de Saab dépose une charge et se retire pour aller traiter une seconde puis une troisième mine. Il s’éloigne alors pour la mise à feu des charges. Très manoeuvrant, le ROV peut tenir sa position face à courant de 4 nœuds et effectuer une identification précise même dans des zones à faible visibilité.

 

(© SAAB)

(© SAAB)

(© SAAB)

(© SAAB)

 

Un système de cloutage pour les mines à orin

Le robot peut aussi être équipé d’un bras télescopique innovant conçu pour la destruction des mines à orin (retenues au fond par une chaîne et qui flottent entre deux eaux) grâce à un système de cloutage de la charge de destruction sur l’engin à neutraliser. Ce dispositif très complexe, fabriqué avec des matériaux spécifiques permettant de pénétrer l’enveloppe extérieure de la mine sans la faire exploser (ce qui entrainerait la perte du ROV), forme une sorte de pistolet. Le clou, enfoncé, est solidaire d’un système de destruction dont la charge doit être précisément orientée. Il est doté de son propre système de mise à feu par radio. Mais comme les communications passent très mal sous l’eau, le dispositif, une fois installé par le ROV (qui s’éloigne alors de la mine), déploie une antenne flottante qui remonte à la surface et permet une communication avec le centre de contrôle en mer ou à terre. C’est un opérateur qui donne l’ordre de destruction. L’opération est délicate mais, chez Thales, on assure que le système est sûr et efficace, que le ROV peut s’approcher d’une mine à orin même si le courant est fort, et que le système de cloutage peut être actionné à une certaine distance.

Combiner toutes les briques dans un système intégré

Chaque brique du programme MMCM est testée et acceptée au fur et à mesure depuis plus de deux ans. Puis, après les démonstrations de chacune, l’enjeu est depuis 2019 de combiner l’ensemble au sein d’un système de mission intégré piloté depuis un Centre opérationnel, le « POC ». Ce dernier consiste en deux conteneurs de 20 pieds transportables et autonomes, y compris en énergie. Il est armé par trois opérateurs et un officier, qui s’appuient sur un système de mission développé par Thales pour la planification des opérations, la programmation de chaque drone, ainsi que le traitement des informations reçues, en particulier l’analyse des données sonar provenant de l’A27 ou du TSAM. Il faut de puissants moyens de communication, redondés et sécurisés, afin de contrôler et télé-opérer à distance les drones, recevoir des images sonar et vidéo en temps réel. Ces systèmes de communication offrent des portées dit-on sensiblement supérieures à ce qui est contractuellement exigé (12 nautiques).

Livraison du prototype en fin d’année

L’objectif était que le système complet et intégré soit prêt à être testé début 2020 en conditions réelles sur différents scénarii opérationnels très exigeants, établis par les marins et que Thales devra réussir en présence des observateurs militaires et étatiques français et britanniques. Mais les travaux ont pris un peu de retard, du fait notamment des contraintes liées à la crise du Covid-19. Cette phase finale devrait cependant être achevée d’ici la fin de l’année.

Une fois son prototype qualifié, chacune des deux marines l’expérimentera pendant deux ans. Ce retour d’expérience permettra au fil des mois d’apprécier les capacités réelles du système, qui au-delà du saut technologique va aussi radicalement changer la manière chasser (non plus avec le sonar frontal d’un CMT mais avec des antennes latérales de systèmes déportés), l’organisation des équipages avec de nouvelles compétences à intégrer et donc tout un travail de ressources humaines à anticiper, et aussi toutes les problématiques règlementaires nationales et internationales quant à la mise en œuvre d’engins autonomes.

Les premiers modules de série attendus en 2022

La France, dont les besoins sont plus urgents que ceux du Royaume-Uni, sera la première à employer de manière opérationnelle ce nouveau système, la commande des quatre premiers MCLM étant prévue cette année en vue d’une livraison fin 2022. Les équipements prévus pour cette commande sont bien ceux expérimentés dans le cadre de MMCM : l’USV proposé par Thales avec son sonar remorqué et son ROV MuMNS (Saab), ainsi que l’AUV du type A27 (ECA). A ce stade, même si la prudence est toujours de mise, on se dit chez les militaires « raisonnablement confiant quant à la livraison d’un matériel mature et opérationnel » dans le timing fixé.

Huit modules prévus

L’actuelle loi de programmation militaire prévoit l’acquisition totale de huit MCLM. Chaque module sera composé de deux AUV, deux USV, un sonar remorqué et un ROV. En tout, quatre systèmes doivent être livrés d’ici 2024. Dans l’attente de la construction des BGDM, ils seront employés depuis la terre et mis en œuvre prioritairement à Brest pour la sécurité de la force de dissuasion nucléaire. Ils seront toutefois projetables par voie terrestre avec un centre de contrôle portatif. (le MLCM devant à terme être projetable en 48 heures partout dans le monde). 

Les BGDM nettement plus gros que les CMT

Cette première étape, qui va du développement puis de l’expérimentation des prototypes et ensuite la mise en œuvre des premiers MCLM de série, offrira un précieux retour d’expérience. Il permettra de faire au besoin évoluer certains aspects techniques et opérationnels, dans la perspective de spécifier les caractéristiques de la « capacité hauturière », c’est-à-dire les futurs bâtiments de guerre des mines. Ceux-ci seraient nettement plus gros que les CMT, avec une longueur de plus de 80 mètres (mais moins de 90) et un déplacement de 3000/3500 tonnes en charge, avec un équipage à pleine capacité d’environ 75 marins. 

 

Le VSR 700, qui servira de base du système de drones de la marine - SDAM (© ERIC RAZ)

Le VSR 700, qui servira de base du système de drones de la marine - SDAM (© ERIC RAZ)

Drone aérien

En plus des drones maritimes, les BGDM pourraient embarquer un drone aérien à voilure tournante, plutôt dans la catégorie du futur SDAM développé sur la base du VSR 700 d’Airbus, voire plus petit. Cette capacité est très importante, notamment pour repérer des mines dérivantes, pour lesquelles le plus sûr moyen de détection demeure l’optique. Doté de différents capteurs, dont un radar et une boule optronique, le drone aérien permettrait de plus d’étendre la zone de surveillance et les capacités de renseignement autour du bateau-mère. Et il pourrait bien entendu servir de relais de communication entre les BGDM et leurs drones maritimes.

Quatre à huit nouveaux bâtiments 

Initialement, il était prévu de construire seulement quatre BGDM, chacun étant capable d’embarquer jusqu’à deux modules complets. Mais les plateformes, si équipées soient-elles, n’ont pas le don d’ubiquité. Cette position a donc évolué car ce format apparait clairement comme trop réduit face aux besoins opérationnels, en France et à l’étranger. Aujourd’hui, la marine estime ainsi qu’avec six BGDM équipés chacun d’un MLCM, elle pourrait couvrir les besoins nationaux et 50% des besoins pour les opérations extérieures, dont les déploiements réguliers dans le golfe Arabo-persique. Une flotte de huit bâtiments serait par conséquent idéale. La LPM, qui prévoit la livraison de quatre BGDM entre 2025 et 2030, a d’ailleurs laissé la porte ouverte à une évolution du format en fonction du retour d’expérience acquis avec les systèmes de drones et les capacités qu’ils offriront réellement par rapport au contrat opérationnel de la marine. En tout état de cause, le premier BGDM devrait être commandé vers 2023 pour une livraison en 2025, les autres suivant à un rythme qui pourra aller jusqu’à un navire par an.

Seconde commande de MLCM à partir de 2027

Toujours dans cette approche incrémentale, la troisième phase du programme prévoit une nouvelle commande de quatre MLCM à partir de 2027. Avec là encore d’éventuelles évolutions en fonction du retour d’expérience acquis avec les premiers modules et l’apport de progrès technologiques sur les drones, par exemple sur les AUV qui devraient à l’avenir pouvoir offrir les mêmes capacités qu’aujourd’hui avec des engins plus compacts du fait de l’amélioration des batteries.

Nouveau système de gestion de la guerre des mines

L’arrivée de ces systèmes robotisés, la puissance sensiblement accrue des capteurs et le flux nettement plus important des données recueillies nécessite également de développer un nouveau système de gestion de la guerre des mines. Grâce à la digitalisation, au big data et à l’intelligence artificielle, il permettra d’accroître considérablement les bases de données et la connaissance en matière de guerre des mines.

 

Le BBPD Vulcain (© : MARINE NATIONALE)

Le BBPD Vulcain (© : MARINE NATIONALE) 

 

Les cinq futurs BBPD NG

Quant aux successeurs des BBPD et de la Thétis, la loi de programmation militaire prévoit donc cinq bâtiments de nouvelle génération. Des bateaux plutôt classiques, qui seront conçus dans le même esprit que les unités actuelles, c’est-à-dire pour un usage local et régional, mais pas pour des déploiements lointains. Avec notamment une vaste plage arrière et des moyens de manutention pour la mise en œuvre des plongeurs, d’embarcations pneumatiques et de petits AUV (comme l’A9 d’ECA que les plongeurs-démineurs emploient déjà depuis les actuels BBPD).

 

L'AUV A9 (© : MICHEL FLOCH)

L'AUV A9 (© : MICHEL FLOCH) 

L'AUV A9 (© : ECA GROUP)

L'AUV A9 (© : ECA GROUP) 

 

Et sur le même pont, dans la superstructure, des locaux de préparation et de stockage du matériel, une infirmerie et un caisson de recompression, le tout permettant aux marins d’effectuer des plongées humaines jusqu’à 80 mètres de profondeur. Trois BBPD NG succèderont aux bâtiments employés par les trois groupes de plongeurs-démineurs et un quatrième à celui affecté à l’école de plongée de Saint-Mandrier. Le cinquième remplacera quant à la lui la Thétis, la marine nationale ayant toujours besoin d’une plateforme dédiée pour expérimenter les futurs développements technologiques. Les cinq BBPD NG devraient être livrés entre 2025 et 2030.

A tous ces nouveaux moyens, s’ajoute hors programme SLAM-F le renouvellement des actuelles vedettes de soutien à la plongée par huit nouvelles unités. Commandées fin 2019, ces nouvelles VSP de 26.5 mètres seront livrées entre 2022 et 2025.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

L'une des neuf actuelles vedettes de support à la plongée (© : MICHEL FLOCH)

L'une des neuf actuelles vedettes de support à la plongée (© : MICHEL FLOCH) 

Vue des futures VSP (© : MICHEL FLOCH)

Vue des futures VSP (© : MICHEL FLOCH) 

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