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Guerre des mines : sans filet, la France fait le pari de la rupture technologique
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Guerre des mines : sans filet, la France fait le pari de la rupture technologique

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Système MMCM qualifié mais devant encore faire ses preuves en opérations et dans la durée, alternative à trouver pour le drone sous-marin initialement prévu, coopération complexe avec les Britanniques qui demeurent très prudents et testent d’autres systèmes en parallèle, problématique d’une flotte de chasseurs de mines tripartites en fin de vie qui ne permettra pas d’offrir une phase de transition sereine et un filet de sécurité en cas de problème… Le programme de renouvellement des principaux moyens de guerre des mines de la Marine nationale par un système innovant faisant appel à plusieurs types de robots est sur les rails. Un concept très ambitieux sur le plan technologique et opérationnel, qui avance bien mais pose toujours question chez les spécialistes de la guerre des mines. Mer et Marine fait le point.

 

Pétardage d'une mine 

Pétardage d'une mine (© OTAN)

 

Un domaine de lutte stratégique

Capacité stratégique, et domaine pour lequel l’expertise de la marine française est internationalement reconnue, la guerre des mines vise à s’assurer que la liberté de naviguer dans les approches maritimes, les détroits et les chenaux portuaires, n’est pas entravée par des mines et autres engins explosifs sous-marins, tels les IED (Improvised Explosive Device). Une menace d’autant plus sensible qu’elle est diffuse et peu coûteuse, donc employable par des Etats comme des groupes criminels et terroristes. L’objectif est de protéger les navires marchands, essentiels aux échanges commerciaux et approvisionnements stratégiques, mais aussi garantir la sûreté des forces navales autour de leurs bases et quand elles sont déployées. C’est notamment le cas pour les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) basés à Brest, pour lesquels il faut s’assurer à chaque départ et retour de patrouille que le chemin qu’ils empruntent entre leur base et les limites du plateau continental est « clair ». Cette capacité est aussi indispensable pour les opérations amphibies afin de vérifier que les zones littorales choisies pour projeter des forces ne sont pas piégées et, si tel est le cas, les nettoyer avant l’arrivée des engins de débarquement. De plus, les moyens de guerre des mines de la Marine nationale agissent quasi-quotidiennement pour neutraliser des engins explosifs historiques (bombes, mines, obus…) datant des deux guerres mondiales et qui refont surface au fil du temps sur le littoral, à l’occasion de travaux maritimes ou encore dans les filets des pêcheurs (des milliers sont encore présents en Manche, mer du Nord et Atlantique notamment). Ils sont aussi régulièrement employés dans d’autres missions de service public, comme la recherche d’épaves ou de boites noires après un naufrage ou le crash d’un avion, ou encore la reconnaissance et les travaux sous-marins dans les ports touchés par une catastrophe naturelle ou un accident (à l’instar des opérations menées suite à l’explosion de Beyrouth cet été).

 

Le CMT L'Aigle 

Le CMT L'Aigle (© BERNARD PREZELIN)

 

Les moyens actuels de la Marine nationale

La flotte de guerre des mines française se compose aujourd’hui de 10 chasseurs de mines tripartites (CMT), qui doivent leur nom à un programme conduit à l’époque par trois pays : la Belgique, la France et les Pays-Bas. Ces bâtiments de 51.4 mètres et 615 tonnes de déplacement en charge ont été mis en service entre 1984 et 1988 pour neuf d’entre eux, et en 1996 pour le plus récent (le Sagittaire, construit après la vente du premier CMT éponyme datant de 1989 et vendu en 1992 au Pakistan). Trois autres CMT ont déjà été désarmés, les Persée (2009), Verseau (2010) et Eridan (2018). Ces chasseurs, disposant d’une coque amagnétique réalisée en matériaux composites (CVR),

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