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Guerre des mines : STX France, Socarenam et EDR s’allient en Belgique

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Les chantiers STX France et Socarenam, ainsi que le belge EDR, se sont alliés dans le cadre de la compétition internationale visant au remplacement des moyens de guerre des mines de la Belgique et des Pays-Bas. Les deux nations, dont les forces navales collaborent étroitement sur le plan opérationnel, ont décidé de lancer deux programmes en commun pour renouveler leurs flottes. Alors que les Pays-Bas sont en charge des nouvelles frégates qui succèderont aux unités du type M (classe Karel Doorman), la Belgique pilote le remplacement des chasseurs de mines tripartites. Pour mémoire, les CMT ont été réalisés dans les années 80 au travers d’un programme en coopération avec la France. Six sont encore en service dans la marine néerlandaise (sur les 15 réalisés initialement) et six autres au sein de sa voisine belge (sur 10 au départ). C’est en décembre 2016 que La Haye et Bruxelles ont annoncé leur décision de réaliser ensemble leurs successeurs, ainsi qu’une nouvelle classe commune de frégates.

 

Le CMT belge Narcis (© : 

Le CMT belge Narcis (© : MICHEL FLOCH)

 

Campagnes de démonstration de drones en 2017

Depuis, les Belges, dont la guerre des mines est l’une des grandes spécialités, ont beaucoup travaillé sur le sujet. Ils ont notamment organisé en 2017 plusieurs campagnes de démonstration où les concepteurs de drones internationaux sont venus présenter à la mer leurs différents systèmes. Car la Belgique et les Pays-Bas, comme la plupart des marines, s’orientent vers le concept des engins autonomes, basé sur l’emploi, depuis la côte ou des bateaux-mères, de drones sous-marins ainsi que de drones de surface mettant eux-mêmes en œuvre un sonar remorqué et des robots d’identification et de destruction des mines. Ces systèmes, qui doivent pouvoir agir de manière autonome, ont pour objectif d’éviter au maximum la présence humaine dans les zones de danger.

 

L'un des systèmes de drones évalués en 2017 par la marine belge (© : 

L'un des systèmes de drones évalués en 2017 par la marine belge (© : ATLAS ELEKTRONIK)

 

Une commande attendue cette année

Le futur programme belgo-néerlandais de guerre des mines porte pour le moment sur la réalisation de 12 systèmes de drones et autant de bateaux-mères, soit 6 ensembles par pays. L’enveloppe globale prévue est de près de 2 milliards d’euros. Le projet, qui en est pour le moment au stade de la RFI (Request for Information), doit aboutir d’ici la fin de l’année à une commande, avec des livraisons espérées entre 2023 et 2030

Parmi les nombreux candidats internationaux en lice pour ce programme, se trouve un consortium franco-belge emmené par STX France. Le grand constructeur de Saint-Nazaire s’est à cette occasion allié à son compatriote Socarenam mais aussi au chantier Engine Dock Repair (EDR) d’Anvers. Ces trois acteurs ont créé une société commune en Belgique, Sea Naval Solutions, chargée de porter le projet.

 

Le concept Deviceseas dévoilé fin 2016 (© : 

Le concept Deviceseas dévoilé fin 2016 (© : STX FRANCE)

 

Evolution du concept Deviceseas

Leur proposition est basée sur une évolution du concept Deviceseas, dévoilé fin 2016 par STX France lors du dernier salon Euronaval. Dans le cadre du projet belgo-néerlandais, le navire a été spécialement adapté pour servir de bateau-mère dans un concept de guerre des mines reposant sur la mise en œuvre de drones. Le gabarit proposé est un bâtiment en acier d’environ 80 mètres de long pour 15 mètres de large, avec un déplacement en charge de 3700 tonnes. Pouvant accueillir 60 marins, il est conçu pour embarquer deux drones de surface (USV) et jusqu’à 8 robots sous-marins (AUV et ROV) abrités dans un hangar dédié. Il dispose par ailleurs, sur son pont, d’un espace permettant de loger deux conteneurs de 20 pieds pour du matériel complémentaire.

Nouveau système de lancement et de récupération

Concernant la mise en œuvre des drones, STX France a développé sur fonds propres, en partenariat avec la société Nov-BLM, spécialisée dans les équipements de levage offshore, un nouveau système permettant de garantir les opérations dans des conditions de mer difficiles. Et cela en toute sécurité, aucune intervention humaine n’étant nécessaire pendant les phases de déploiement et de récupération des drones. Polyvalent, le système peut mettre en œuvre des drones de 80 kilos à 19 tonnes, pour une longueur allant jusqu’à 12 mètres. Celle-ci correspondant aux plus gros USV actuels, mais aussi aux embarcations semi-rigides que le navire doit également pouvoir mettre à l’eau s’il a besoin de faire intervenir des équipes humaines (d’autres systèmes sont néanmoins prévus pour la drome classique). 

Drones aériens

Très manœuvrant grâce notamment à ses deux propulseurs azimutaux, le bâtiment dispose par ailleurs d’une plateforme et d’un petit hangar pour des drones aériens (UAV). Ces derniers serviront à effectuer des missions de reconnaissance, permettant par exemple de repérer des mines dérivantes, mais pourront aussi jouer le rôle de relais radio entre le bateau-mère et les drones si ceux-ci sont déployés à longue distance.

Ne pas négliger le bateau

On notera que la mise en œuvre rapide, fiable et dans des conditions sévères des drones est un facteur crucial pour l’efficacité de ces nouveaux systèmes de guerre des mines. Un point qui n’est d’ailleurs peut-être pas toujours suffisamment pris compte dans certains projets en train d’émerger. On voit en effet souvent les acteurs concernés se concentrer surtout sur les performances des drones, la question du bateau-mère et de la mise en œuvre des drones étant reléguée au second plan, au risque d’être négligée. Cela tient peut-être au fait que les industriels en pointe dans ce domaine sont surtout des fabricants d’engins autonomes et non des « plateformistes ».

Donner la pleine mesure des capacités des drones

C’est pourquoi STX France, Socarenam et EDR ont décidé de prendre le problème autrement, avec comme objectif de développer d’abord un navire performant, non seulement robuste, fiable et économique, mais surtout capable de mettre en œuvre dans les meilleurs conditions les systèmes de drones existants, donc de permettre à ces engins de donner la pleine mesure de leurs capacités. Il s’agit aussi de proposer un bateau-mère répondant lui-même à un certain nombre de contraintes spécifiques liées à la guerre des mines. Car si l’objectif est de traiter la menace à distance via des engins autonomes, les spécialistes de cette discipline savent pertinemment que les mines sont difficilement détectables et qu’il arrivera inévitablement qu’un bateau-mère pénètre un jour dans une zone de menace sans le savoir.

Résistance aux chocs et signature réduite

C’est pourquoi le bateau-mère développé par les bureaux d’études de Saint-Nazaire dispose lui-même d’un sonar de coque optimisé pour la détection des mines, tout en étant conçu pour résister aux chocs. Certes pas au niveau des chasseurs et dragueurs traditionnels, appelés à évoluer directement au cœur des champs de mines, mais à un niveau suffisant pour traiter cette menace. De même, une attention toute particulière a été apportée par les ingénieurs français sur la réduction des signatures électromagnétique, électrique et acoustique du navire, trois des principaux facteurs d’explosion des mines. Selon STX, la capacité de résistance aux chocs comme les performances acoustiques de la plateforme seraient comparables à celles d’une frégate.

 

Le Beautemps-Beaupré (© : 

Le Beautemps-Beaupré (© : MARINE NATIONALE)

 

Une expérience précieuse avec les Beautemps-Beaupré et Pourquoi Pas ?

Pour ce projet, STX France s’est basé sur son expérience dans les navires militaires et scientifiques, plus particulièrement le savoir-faire acquis avec les bâtiments océanographiques Beautemps-Beaupré (2003) et Pourquoi Pas ? (2005), qu’il a réalisés pour le compte de la marine française et de l’Ifremer. Des bateaux dotés de nombreux équipements de pointe, dont des sonars, conçus pour la mise en œuvre d’engins sous-marins et bénéficiant d’un niveau de discrétion acoustique très élevé afin d’améliorer la qualité des données recueillies par leurs senseurs. 

On notera enfin que le navire proposé aux marines belge et néerlandaise peut être équipé d’un radar 3D ainsi que de canons télé-opérés, lui permettant en plus de la guerre des mines de mener des missions classiques de surveillance et de protection d’une zone maritime.

La coque réalisée à Saint-Malo et armée à Anvers

Sur le plan industriel, le consortium prévoit une répartition des tâches bien précise. Alors que STX France se charge des études, Socarenam doit réaliser les coques dans son chantier de Saint-Malo. Il est prévu qu’elles soient ensuite remorquées à Boulogne, dans le site historique du constructeur nordiste, afin d’achever la partie propulsion (les moteurs étant posés en Bretagne). Les coques seraient ensuite convoyées jusqu’à Anvers où EDR piloterait le plus gros des opérations d’armement, représentant l’essentiel de la valeur ajoutée. Un point très important puisque la Belgique souhaite que le projet engendre un maximum de retombées pour son économie. A ce titre, STX et Socarenam ont réalisé un très beau coup en ayant signé un accord d’exclusivité avec EDR, grand chantier d’Anvers spécialisé dans la réparation, la maintenance et les refontes de navires. Le seul en Belgique, selon ses partenaires français, à disposer des capacités et compétences nécessaires au projet.

EDR, le premier chantier de réparation navale belge

Exploitant six cales sèches de 148 à 312 mètres, 2000 mètres linéaires de quais et 14.000 m² d’ateliers, dont 8000 m² couverts, Engine Dock Repair, fort de 120 salariés et employant de nombreux sous-traitants, est le premier chantier de réparation navale de Belgique. Il est notamment devenu l’un des grands hubs de maintenance des navires de l’armement suisse Mediterranean Shipping Company, numéro 2 mondial du transport maritime conteneurisé, qui est actionnaire d’EDR et que l’on connait bien à Saint-Nazaire puisque c’est là que sont réalisés la plupart des paquebots de sa filiale MSC Cruises.

 

Le chantier EDR d'Anvers (© : 

Le chantier EDR d'Anvers (© : ENGINE DOCK REPAIR)

Le chantier EDR d'Anvers (© : 

Le chantier EDR d'Anvers (© : ENGINE DOCK REPAIR)

 

Sous-traitance locale

Si l’offre de Sea Naval Solutions est retenue, le tissu habituel de sous-traitants d'EDR sera mobilisé, ainsi que d’autres fournisseurs belges spécialisés qui sont en train d’être identifiés. A cet effet, un séminaire se déroulera d’ailleurs à Bruxelles début février. Ce travail est également mené grâce au réseau de Socarenam, qui a déjà collaboré avec des sociétés belges dans le cadre de la réalisation des patrouilleurs Castor et Pollux. Livrés en 2014 et 2015, ces bateaux de 53 mètres, dont la marine belge semble très satisfaite, constituent évidemment une belle vitrine pour le consortium.

 

Le Castor, patrouilleur livré en 2014 par Socarenam à la marine belge (© : 

Le Castor, patrouilleur livré en 2014 par Socarenam à la marine belge (© : CMB)

 

Le choix de la « tool box »

Concernant le système de drones, ce qu’on appelle dans le jargon la « tool box », différentes options sont possibles. Tout dépendra notamment de l’orientation que la Belgique prendra lorsqu’elle lancera formellement l’appel à candidatures. Elle peut en effet soit opter pour un marché global, soit pour des contrats séparés, l’un pour les bateaux-mères et l’autre pour la tool box.

Dans cette perspective, STX France et ses partenaires discutent avec différents groupes, leur souhait étant de faire entrer un intégrateur de drones dans leur consortium.

 

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