Construction Navale
Havyard : La diversification avec une longueur d'avance

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Havyard : La diversification avec une longueur d'avance

Construction Navale

« La question que nous nous posons tous les jours, en ce moment, c’est comment survivre à la période actuelle et aux années à venir ». Lars Conradi Andersen est le directeur des ventes du groupe norvégien de construction navale Havyard. Et comme tous ses confrères de la région des fjords, il doit faire face à une réalité économique compliquée liée à l’effondrement total des commandes de navires offshore. Comme beaucoup de chantiers de la côte ouest norvégienne, Havyard vient de la pêche. Le chantier a été fondé en 1928, pour construire et réparer les chalutiers de la région. Il a ensuite suivi le cours de l’histoire locale, été racheté par Kleven en 1979, naturellement évolué vers la construction de navires offshore. Il intègre le groupe Kvaerner en 1990.  Son expertise, notamment en matière de brise-glaces, dépasse les frontières norvégiennes. 

 

Le Polarsyssel, un PSV destiné aux hautes latitudes (

Le Polarsyssel, un PSV destiné aux hautes latitudes (© HAVYARD)

 

En 2000, Per Saevik, patron du groupe dédié à la servitude offshore Havila, rachète le chantier à Kvaerner. En 2005, il reprend la compagnie de design Leine Maritime, ce qui aboutit, en 2008, à la création du premier « design maison », l’AHTS Havyard 842. « En quelques années, on est passé d’un simple chantier à un groupe de compagnies, qui comprennent l’ensemble des services et produits nécessaires à la construction navale ». Le groupe Havila est coté en bourse, les exigences stratégiques et financières sont élevées et, même dans l’euphorie de l’offshore des années 2010, la concurrence est rude. Et ce notamment parce que la clientèle des armateurs locaux, gros pourvoyeurs de contrats, ne souhaite pas forcément construire dans un chantier appartenant à un de leurs concurrents. « En 2013, nous avons senti le vent du changement. Le carnet de commandes était rempli principalement de nos navires offshore. Il fallait diversifier ». Une prise de conscience qui précède de quelques mois l’effondrement du baril et qui permet à Hayard de prendre une petite longueur d’avance. « Nous avons, à ce moment-là commencé à travailler sur de nouveaux marchés : l’éolien offshore, l’aquaculture et la pêche, un savoir-faire que nous voulons garder même s’il est difficile de gagner de l’argent sur ce type de construction ».

 

Le modèle de navire pour l'éolien développé pour Esvagt (

Le modèle de navire pour l'éolien développé pour Esvagt (© HAVYARD)

 

La récolte est bonne, puisqu’en 2014 le carnet de commandes se diversifie avec des contrats dans tous ces nouveaux secteurs. Sauf qu'engranger les commandes, ce n’est pas suffisant. « Construire des navires différents de notre savoir-faire originel, cela demande de nouvelles compétences. Et cela a rapidement posé problème. Nous n’étions, à ce moment-là, pas suffisamment organisés et nous avons livré très en retard. Ce qui nous a coûté beaucoup d’argent ». Le chantier apprend de ses erreurs, consolide ses équipes. Alors que, fin 2014, ses concurrents assistent, un peu abasourdis, à l’effondrement des commandes offshore, Havyard engrange de nouveaux contrats. « Cette fois-ci, nous étions armés pour les assurer et nous avons pu proposer des prototypes sur ces nouveaux segments dès 2015 ». Après le purgatoire, Hayard souffle un peu et livre, en 2015, les deux navires de support éolien ESVAGT Frode et Faraday, le transporteur de poissons vivants Namsus, le senneur Smaragd et le brise-glace Aleut pour les Russes de Femco. Et aucun navire offshore.

 

Le transporteur de poissons vivants Namsus (

Le transporteur de poissons vivants Namsus (© HAVYARD)

 

«Perdre de l’argent avant la crise nous a forcé à rationaliser immédiatement. Ces économies nous ont permis d’être plus compétitifs, plus tôt et d’être bien taillés pour les conditions actuelles de marché. Nous sortons des designs innovants, nous pouvons les construire, les vendre. Mais nous pouvons aussi construire, ici, les design de quelqu’un d’autre. Ce n’est pas le moment d’être trop catégorique en la matière ».

 

L'Aleut, brise-glace pour FEMCO (

L'Aleut, brise-glace pour FEMCO (© HAVYARD)

 

« L'éolien, l'aquaculture et les ferries ne pourront pas sauver tout le monde en Norvège »

En 2016, Havyard a livré un troisième Esvagt et il lui reste encore à produire un transporteur de poisson et deux brise-glaces russes. Pour autant, Lars Conradi Andersen sait que les années à venir ne seront pas faciles. « La plus grande menace, ce n’est pas la crise de l’offshore. C’est plutôt la surcapacité. Il faut absolument réduire la capacité des chantiers pour équilibrer l’offre et la demande. L’éolien, les ferries et l’aquaculture ne vont pas pouvoir sauver tout le monde ».

Havyard a fait le choix de continuer à se battre, « de remplir notre chantier pour garder les compétences, ce qui est crucial. Les mentalités de nos collaborateurs ont dû évoluer très vite. Avant, on entrait dans un chantier, on construisait des séries de PSV avec de grosses marges, c’était facile, on ne se posait pas de question. Ensuite, il a fallu que tout le monde se remobilise, retrouve de la motivation. Il a fallu expliquer, notamment à nos employés plus âgés que cela pouvait être passionnant d’explorer des nouvelles pistes et des nouveaux marchés ». 

 

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(© HAVYARD)