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Hommages à l’amiral Louzeau

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Hommages à l’amiral Louzeau

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Suite à l’annonce  vendredi 6 septembre, du décès de l’amiral Bernard Louzeau, premier commandant du Redoutable et ancien chef d’état-major de la Marine nationale, les hommages ont été nombreux. Florence Parly, ministre des Armées, a salué la mémoire « d’un grand marin, à la personnalité chaleureuse et charismatique. La marine et la communauté des sous-mariniers pleurent aujourd’hui une de leurs figures emblématiques, un des pères de la dissuasion nucléaire française ». L’amiral Christophe Prazuck, actuel patron de la flotte française, a lui aussi rendu hommage à son aîné : « Il a bâti la marine d’aujourd’hui. Son intelligence pénétrante, sa vision stratégique, la qualité de son commandement ont marqué ceux qui l’ont servi. Il restera un exemple et une référence ».

Bernard Louzeau s’est éteint dans la nuit du 5 au 6 septembre à Cherbourg, là où naissent les sous-marins et là où a été conservé Le Redoutable, premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français, lancé ici le 29 mars 1967 en présence du général de Gaulle et dont Bernard Louzeau a eu le privilège d’être le premier pacha.

Né le 19 novembre 1929, à Talence, en Gironde, il était entré à l’École navale de Lanvéoc-Poulmic en 1947. Après sa campagne sur l’ancien croiseur école Jeanne d’Arc (celui mis en service en 1931), il sert en Indochine de 1950 à 1952. Nommé aux forces sous-marines, il est embarqué sur l’Africaine, puis le Narval, premier sous-marin construit en France après la guerre. Il prendra ensuite le commandement du Laubie (ex-U766), ancien U-boot allemand saisi à La Rochelle à la fin de la guerre et reversé à la marine française.

Cinq ans sur Le Redoutable

Commandant du Dauphin en 1962, diplômé de l’École supérieure de guerre navale et ingénieur du génie atomique, il est choisi, par le président Charles de Gaulle, pour devenir le premier commandant du Redoutable, après son lancement en 1967. En 1964, explique l’état-major de la marine, les premiers officiers sont pressentis pour l’armement du SNLE et s’instruisent à Cherbourg à l’École des applications militaires de l’énergie atomique (EAMEA) et l’amiral Bailleux, directeur du personnel militaire, informe le CC Louzeau, alors à l’École de guerre, de ses futures responsabilités. A partir de 1966, au côté du CV Guillou, le CC Louzeau établit le profil des membres de l’équipage du Redoutable. Minutieux, il note dans ses cahiers les références des officiers de marine ou des officiers mariniers qui peuvent se révéler utiles pour la mission. « Tout cela n’est pas le fruit du hasard. C’est là où j’ai travaillé, là où j’ai ouvert mon cahier d’écolier, là où j’ai suivi pratiquement homme par homme au début », dira-t-il plus tard.

Bernard Louzeau occupe les fonctions de commandant du Redoutable durant cinq ans, une période marquée par la conduite de multiples essais, l’inauguration de la base de l’île Longue et la première patrouille opérationnelle, en 1972, de la toute jeune Force océanique stratégique (FOST), basée en face de Brest. « La patrouille s’est déroulée sans aucun souci. Rien à signaler – RAS durant cette première patrouille ponctuée de lancements fictifs. Deux évènements vont néanmoins la marquer : la première opération de l’appendicite et le suivi de l’opération de sauvetage d’un sous-marin soviétique en perdition fin février 1972. Nous apprendrons plus tard qu’il s’agissait du K-19, contraint de remonter à la surface suite à un incendie à bord. L’armée soviétique avait alors dépêché une flotte importante et les américains venaient "renifler". J’ai dû habilement manœuvrer pour ne pas me retrouver au milieu de tout ça », avait rapporté l’officier suite à cette première mission.

De l’Elysée aux plus hautes fonctions de la rue Royale

Affecté ensuite à l’État-major particulier des présidents Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing entre 1972 et 1976, Bernard Louzeau est nommé contre-amiral en 1979 et occupera différents postes d’État-major, jusqu’à sa nomination, en 1987, par François Mitterrand, au poste de chef d’État-major de la marine. Il quittera le service en 1990, au rang d’amiral.

Membre de l’Académie de marine depuis cette date, Bernard Louzeau, marié et père de trois enfants, était Grand Croix de la Légion d'honneur, Grand Croix de l'Ordre national du Mérite et titulaire de la Croix de guerre T.O.E. (trois citations). « Il restera, pour nombre de sous-mariniers, un pionnier et l’inspirateur de toute une génération. L’un des derniers honneurs qu’il aura pu recevoir fut l’inauguration d’une salle à son nom, à l’École atomique dont il fut aussi l’un des professeurs », rappelle l’Amicale des anciens sous-mariniers, rendant hommage à celui qui répondait « au surnom affectueux de Babar ».

Avec la rédaction du Télégramme

- Voir notre article complet sur l’aventure du Redoutable

 

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