Marine Marchande
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Honfleur : Le nouveau fleuron au GNL de Brittany Ferries

Marine Marchande

Le nouveau fleuron de la flotte de Brittany Ferries sera normand et il portera le nom d’une de ses villes les plus connues, Honfleur. Annoncée depuis la lettre d’intention signée en décembre dernier, la construction du ferry neuf au GNL dans les chantiers allemands Flensburger Schiffbau Gesellschaft a été confirmée hier dans la ville dont le navire portera le nom.

 

(©  H. KRÜGER)

 

« A ma prise de fonction en 2007, l’état des lieux était simple, il fallait renouveler trois bateaux », se souvient Jean-Marc Roué, président de Brittany Ferries. « On a tout de suite commencé à y travailler, puis est arrivé septembre 2008 avec la crise économique mondiale qui a profondément changé le contexte ». A la place d’unités neuves, l’armement breton s’est tourné vers le marché de l’occasion et l’affrètement pour trouver les navires adaptés à ses lignes, ses volumes passagers et ses ports exigeants. « Et de nouveaux besoins se sont fait sentir. Nous avons rouvert le dossier des constructions neuves dont nous voyons la concrétisation aujourd’hui ».

Après l’Armorique, dernière construction neuve menée par la BAI dans les chantiers Aker d’Helsinki en 2009, la donne a changé. La réglementation maritime internationale a évolué, notamment en matière d’émissions polluantes. Chez Brittany Ferries, dès 2009, on commence à travailler sur des projets de navire au GNL, combustible en plein développement et qui présente l’avantage de répondre à l’ensemble des nouveaux standards environnementaux. Le premier projet, Pegasis, était celui d’un grand navire, « ceux de l’Ouest », comme on dit chez Brittany Ferries parce qu’ils font la route du golfe de Gascogne. Imaginé avec les architectes et ingénieurs de STX à Saint-Nazaire, Pegasis ne verra pas le jour, faute de financement. La solution des scrubbers est choisie pour se mettre en conformité avec les nouvelles dispositions de la convention Marpol sur les émissions des navires.

 

Le projet Pegasis (© STX FRANCE)

 

Le GNL n’est pas oublié pour autant. Toutes les équipes de BAI, des services techniques, à l’armement ou au département constructions neuves, savent que le prochain bateau sera propulsé avec ce nouveau combustible. Et ce nouveau bateau, ce sera un de « ceux de la Manche », moins grands et moins rapides que ceux de l’Atlantique, mais placés sur la ligne exigeante et très fréquentée de Caen-Ouistreham.

« Le ferry Honfleur, c’est plus qu’un navire, c’est un projet global », souligne Frédéric Pouget, directeur du pôle armement et opérations maritimes et portuaires de Brittany Ferries. L’armement roscovite le sait, en matière de GNL en France, il va falloir résoudre l’éternelle question de l’œuf et la poule : construire un nouveau bateau avec un combustible innovant, le premier de la flotte française, c’est vertueux et courageux. Mais cela peut vite devenir complètement inutile si rien n’est organisé pour alimenter les soutes du navire. Dans l'Hexagone, le soutage en GNL est à l’état embryonnaire. Le port du Havre s’est organisé, à la demande de la compagnie de croisière allemande Aida, pour pouvoir permettre le ravitaillement par camions en GNL du paquebot AIDAprima, dont un moteur fonctionne à quai avec ce carburant. Mais, ailleurs, on est encore loin des ports du Nord de l’Europe qui disposent de stations de soutage ou qui mettent en œuvre des camions ou des barges de ravitaillement en GNL.

Pour pouvoir imaginer ce nouveau schéma logistique de ravitaillement et de soutage du futur bateau, Brittany Ferries s’est associée avec la filiale spécialisée du groupe Total. Ensemble, ils ont trouvé une solution de chaîne logistique innovante : le GNL sera chargé dans des iso-conteneurs de 40 pieds au terminal de Dunkerque LNG. Ceux-ci seront acheminés par les camions du groupe GCA jusqu’aux quais de Caen-Ouistreham dans une zone de transit spécifique. De là ils seront chargés sur le ferry lors de ses escales. Deux fois par semaine, le portique du navire va charger, hors zones passagers, deux conteneurs pleins et débarquer deux conteneurs vides. L’ensemble de l’opération doit se dérouler en moins de 15 minutes. Les conteneurs, une fois connectés, enverront le GNL dans une cuve tampon de 350 m3 qui l’enverra ensuite vers les quatre groupes d’alimentation dual-fuel (GNL et gasoil) de la propulsion. Ceux-ci alimenteront deux moteurs électriques Jeumont, reliés aux hélices.

 

 

« Le bateau consommera environ 600 m3 par semaine. Après plusieurs mois de travail, nous avons réussi à faire descendre sa puissance de propulsion de 32 à 28 MW », explique Frédéric Pouget. Concevoir un navire sobre, capable de transporter 1680 passagers tout en satisfaisant à la réglementation de sécurité des navires à passagers comme aux conditions portuaires normandes et anglaises, « il a fallu imaginer des solutions optimisées au maximum à tous les niveaux », détaille Brice Robinson, qui dirige les constructions neuves chez Brittany Ferries.

Avec l’équipe de STX Saint-Nazaire, ils ont travaillé le moindre détail des 187.4 mètres du bateau: « à l’avant, nous avons pincé l’entrée d’eau en affinant d’un mètre la largeur de la rampe, de manière à réduire la vague d’étrave. Nous avons avancé au maximum les superstructures pour avancer le centre de gravité du bateau. L’arrière a été optimisé pour pouvoir avoir des hélices de grand diamètre et des safrans à bords orientés avec bulbe. Et nous avons mis un ducktail de deux mètres de long à l’arrière. Au bout du compte, nous avons réussi à alléger le bateau de 400 tonnes pour un poids total de 16.000 tonnes ». Le ferry devrait disposer de 5200 m2 d’espace passagers, de 257 cabines, de 2600 mètres de linéaires et croiser à une vitesse de 22 nœuds.

 

(©  H. KRÜGER)

 

« Le navire Honfleur concrétise notre engagement environnemental », souligne Jean-Marc Roué, « le GNL est le carburant d’avenir, j’en suis persuadé. Il fallait que quelqu’un se lance en France et il faut désormais que d’autres nous rejoignent. C’est une démarche que je souligne à la fois en tant que président de Brittany Ferries et en tant que président d’Armateurs de France ». Le montage financier, qui implique notamment l’actionnariat des collectivités locales normandes via la société d’économie mixte Somanor, sera prochainement détaillé. Le navire devrait coûter moins de 200 millions d’euros. La première tôle devrait être découpée en février 2018 dans les chantiers FSG, en vue d'une mise en service du navire en juin 2019.

 

(©  BRITTANY FERRIES)

 

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