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Horizon : La plus puissante frégate d'Europe ne sera pas disponible avant mi-2008

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Horizon : La plus puissante frégate d'Europe ne sera pas disponible avant mi-2008

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Avec ses 153 mètres de long et sa mâture culminant à 42 mètres au dessus des flots, la frégate Forbin a de quoi impressionner. Lancé le 10 mars 2005, le bâtiment, premier de la série des quatre frégates franco-italiennes du type Horizon, a réalisé ses premiers essais mer en juin. La sortie, destinée à tester l’appareil moteur et la manoeuvrabilité du navire, a été un franc succès, puisque le Forbin a dépassé les 30 nœuds à pleine puissance, soit un peu plus d’un nœud de plus que la vitesse contractuelle. Cette marge sera, en réalité, compensée par le poids supplémentaire des équipements non installés à bord, à commencer par l’armement. Si les performances en matière d’évolution de la frégate sont donc plus que satisfaisantes, il n’en va pas de même pour son système de combat, intégrant le Principal Anti Air Missiles System (PAAMS), avec lequel les industriels rencontrent, depuis quelques mois, de grosses complications. « Ce sont les navires de combat les plus compliqués jamais réalisés en Europe. Les Horizon seront capables d’assurer la lutte antiaérienne, la coordination au sein d’une force maritime et le contrôle de l’espace aérien », souligne Reynald Rasset, directeur du programme à la Délégation Générale pour l’Armement (DGA). Pour mener à bien ces missions, le système de combat de chaque bâtiment comprend 22 modules logiciels, 20 consoles, 10 calculateurs et 1 million de lignes de codes. Le tout doit permettre de gérer les armes, les liaisons tactiques et l’analyse des informations transmises par une dizaine de senseurs. Or, malgré les essais menés sur une plateforme d’intégration terrestre, avec reconstitution de la mâture des Horizon sur la presqu’île de Saint-Mandrier, les différents équipements peinent à dialoguer entre eux. « C’est un navire très complexe, très puissamment armé, qui nécessite donc une longue période de mise au point. Chaque système c’est un peu comme une Rolls et il faut que tous communiquent ensemble », commente Olivier Hampe, directeur de projet adjoint chez DCN. L’admission au service actif du Forbin, initialement prévue en décembre 2006, a donc été reportée à juin 2008. La mise au point du système de combat, intégrant le PAAMS, débutera cet hiver, une fois son installation à bord terminée. Les premiers tests sont prévus mi-janvier et marqueront le début d’une longue et fastidieuse période d’essais qui devrait durer de 12 à 18 mois, à terre, comme au large, avec environ 150 jours de mer prévus. Une partie des équipes dédiées au programme Horizon travaillant sur les navires l’un après l’autre, en France, comme en Italie, le glissement de la tête de série entraînera le retard de tout le programme, l’admission au service actif du Chevalier Paul, seconde unité française, étant repoussée à 2009, avec une première sortie à la mer en octobre 2007.

Une coopération innovante mais complexe

Horizon constitue le premier programme majeur mené en coopération avec d’autres pays européens. Initialement, en 1992, la France l’Italie et la Grande-Bretagne étaient engagées dans ce projet, avec la volonté de réaliser, respectivement, 4, 6 et 12 destroyers antiaériens. Finalement, en 1999, Londres s’est retirée d’Horizon, maintenant toutefois sa participation pour le PAMMS, dont le développement est resté tripartite. Alors que les Britanniques passaient commande des T45 à leur propre industrie, en 2002, la France et l’Italie notifiaient à Horizon SAS un contrat pour quatre bâtiments. Cette société, filiale de DCN et Thales (Armaris) et de Fincantieri et Finmeccanica (Orizzonte Sistemi Navali), est en charge de porter industriellement le projet. Si la coopération entre Rome est Paris est « au beau fixe » selon les intéressés, le montage d’ensemble du programme n’en reste pas moins très complexe. Outre la plateforme, bipartite, le PAMMS est donc étudié conjointement par la France, l’Italie et la Grande-Bretagne, au sein d’Eurosam, dont le capital est détenu à 25% par EADS, 25% par Thales et 50% par Salenia. Le système lui-même comporte de équipements spécifiques, développés eux aussi par des structures spécifiques, comme le radar S 18 50 (Thales), les conduites de tir et les missiles Aster 30. A cela, Horizon intègre d’autres programmes en cours de développement, comme la torpille MU 90 et le Système de Lutte Anti-Torpille (Eurotorp), le missile MM 40 Block III (MBDA) ou le NH 90 (Eurocopter), toute la subtilité du dossier résidant dans la capacité des états et des industriels à faire en sorte que ces équipements arrivent au bon moment pour être intégrés sur les navires. Autant dire que le challenge était des plus difficiles, ce qui fait dire à une source proche du dossier : « Avec Horizon, on atteint les limites de la coopération. Sur des programmes aussi compliqués, le nombre d’acteurs doit être limité, d’autant qu’au fil du temps, chacun a voulu rajouter des équipements non prévus, comme le SLAT ou un nouveau radar de veille »

En première ligne face à la menace

Destinées à la défense aérienne, les frégates Forbin, Chevalier Paul, Andrea Doria et Caio Duilio disposeront de trois lanceurs Sylver A 43 et A 50 avec 32 missiles Aster 30 (portée 70 kilomètres) et 16 missiles Aster 15 (portée 30 Kms), capables d’intercepter des missiles antinavires à vol rasant, très manoeuvrants et à fort piqué final. Un emplacement est égalment prévu pour un lanceur supplémentaire, soit 16 missiles. Après un premier tir en mer, réalisé en mai dernier à partir du navire d’essais italien Carabiniere, l’Aster 30 devrait s’envoler pour la première fois de la plage avant du Forbin au second trimestre 2008. Le système de combat, capable de suivre des centaines de pistes, pourra engager plusieurs objectifs simultanément. Navires de premier rang, les Horizon seront positionnées en première ligne, afin de défendre une unité précieuse (porte-avions ou BPC) contre des attaques saturantes. Ces bâtiments sont donc équipés de matériels extrêmement performants et complexes, qui justifient en grande partie le coût particulièrement élevé de ces quatre unités : 2 milliards d’euros hors PAAMS. Outre les missiles Aster, les Horizon sont dotées de 8 missiles antinavires Exocet Block III (portée 180 Kms) et de deux pièces de 76 mm devant la passerelle. Ces canons, d’une portée de 8 kilomètres contre buts surface et 5 kilomètres en tir AA, sont guidés par une unique conduite de tir située sur le mât avant. Cette CT est néanmoins capable d’éclairer plusieurs objectifs, de prioriser la menace en traitant une première cible puis de basculer automatiquement sur une seconde grâce aux informations conservées en mémoire. Sur les frégates italiennes, une troisième pièce de 76 mm est installée sur le toit du hangar. La présence d’une seconde conduite de tir RTN-30 X autorise le tir croisé ou l’engagement simultané sur les deux bords. Les Français, de leur côté, ont préféré au troisième canon des lanceurs surface air à très courte portée Sadral (missiles Mistral). Deux SATCP étaient prévus sur le hangar. L’un d’eux a déjà été supprimé pour installer un second brouilleur de nouvelle génération et, faute de crédits, l’installation du second Sadral n’est toujours pas programmée. L’autodéfense des Horizon est complétée par deux canons de 25 mm situés derrière la passerelle et deux tubes lance-torpilles pour MU 90, avec 19 torpilles logées dans une soute commune pouvant également alimenter en armes l’hélicoptère embarqué.

Guerre électronique et résistance aux chocs

En matière d’électronique embarquée, les Horizon disposent d’équipements de pointe. Au sommet de la mâture avant, affectueusement dénommée « bilboquet » par certains ingénieurs, un dôme abrite le radar italien EMPAR. Ce senseur multifonctions à balayage électronique peut suivre plus de 300 pistes. Un radar tridimensionnel S 18 50 trône, pour sa part, sur le mât arrière. L’ensemble assure le contrôle de l’espace aérien et maritime autour du navire, dispositif complété, pour les manœuvres nautiques, par deux radars de navigation. Doté d’un intercepteur de communications et de deux brouilleurs de nouvelle génération aux performances parait-il remarquables, le Forbin pourra compter, en cas de non interception de missiles assaillants, sur deux lance-leurres NGDS et, contre les torpilles, du SLAT. Dans la lignée des La Fayette, les nouvelles frégates de défense aérienne sont furtives. Outre des superstructures inclinées et le recours aux matériaux composites, un traitement spécial a été mené au niveau des cheminées, afin de réduire les émissions infrarouges. « Le Forbin va aller au devant de la menace pour la contrer, dans un environnement extrêmement dense. Avec ce navire, on est à la limite de l’intégration électromagnétique », souligne Jean-Paul Vasson, chef de projet adjoint à DCN Ingénierie. De gros efforts ont également été faits pour réduire la signature magnétique par émission d’un courant sur la coque. Dans le domaine acoustique, les équipements bruyants ont été isolés, les auxiliaires étant montés sur plots amortisseurs, un système qui permet d’empêcher la propagation des vibrations vers la coque. Ce dispositif assure également, avec un compartimentage très serré, une excellente capacité de survie du navire, la résistance aux mines ayant par exemple été étudiée lors de la conception. Comme sur les FLF, les superstructures sont doublées d'une galerie technique sur chaque bord, permettant de contourner un sinistre et de limiter les dommages causés par une agression extérieure, la coque pouvant résister à des tirs de mitrailleuse lourde.

La suite du programme

Après ses essais mer, le Forbin a retrouvé une allure de chantier. Plusieurs centaines d’ouvriers, techniciens et ingénieurs s’activent à bord pour achever l’intérieur du navire. La frégate nécessite également un passage au bassin afin d’effectuer des travaux de reprise sur les safrans. L’année qui vient sera ensuite dédiée, comme nous l’avons vu, à la mise au point du PAMMS et à son intégration au système de combat, les essais de plateforme devant s’achever mi-2008. Le montage industriel franco-italien prévoit la livraison d’un navire tous les 4,5 mois, avec, en alternance, le Forbin, l’Andrea Doria, le Chevalier Paul et, enfin, le Caio Duilio. Il y a néanmoins fort à parier que ces quatre unités ne seront pas suivies de sisterships, en raison de leur coût jugé trop élevé. Pour remplacer les Cassard et Jean Bart, le ministère français de la Défense a demandé à DCN d’étudier une version antiaérienne des frégates multi-missions. Ces FREMM AA seraient armées de missiles Aster 30 et seront peut être les premiers navires français équipés d’une mâture intégrée. Leur commande pourrait intervenir en 2011, à l’occasion de l’affermissement de l’une des deux tranches optionnelles du contrat FREMM. Ces frégates ne viendraient toutefois pas s’ajouter aux 17 déjà commandées mais remplaceraient deux unités. Cette astucieuse manoeuvre permettra à l’Etat de faire discrètement l'économie de deux bâtiments.
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Voir la fiche technique des Forbin et Chevalier Paul

Voir la fiche technique des Andrea Doria et Caio Duilio

Voir la fiche technique des T 45 britanniques

Voir la fiche technique des Cassard et Jean Bart


Euronaval 2006