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Interview

Hugues d’Argentré : « Le GICAN est en mouvement »

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Comptant aujourd’hui plus de 160 membres, le Groupement des Industries de Construction et Activités Navales fédère en France les chantiers navals, systémiers, équipementiers, sous-traitants, sociétés d’ingénierie, architectes navals et toutes les entreprises qui concourent à la construction navale civile et à ses équipements, à la construction navale de défense, de sûreté et de sécurité, mais aussi aux énergies marines renouvelables, à la valorisation et à la protection des océans ainsi qu’aux infrastructures côtières et portuaires.

Créé pour promouvoir le savoir-faire de ses membres et défendre leurs intérêts auprès de l’Etat et des institutions européennes, le GICAN est en pleine évolution, à l’image du secteur maritime dans lequel il évolue. Avec Hugues d’Argentré, son délégué général, nous faisons le point aujourd’hui sur le Groupement et ses enjeux.

 

MER ET MARINE : Le GICAN a largement évolué ces dernières années. Quel est son rôle actuellement ? Etend-il son champ d’action vers de nouveaux secteurs maritimes ? Pourquoi ?

HUGHES D’ARGENTRE : Le GICAN est en mouvement. Il s'adapte et anticipe l'évolution de la construction navale française qui depuis plusieurs années s'ouvre naturellement à l'ensemble des activités industrielles maritimes. Aujourd'hui, nul ne peut l'ignorer, l'avenir de nos sociétés terrestres passera par la mer. C'est en particulier de la mer que viendront l'énergie, la nourriture et l'eau qui se font de plus en plus rares sur les continents. La « blue growth » est en marche et les industries maritimes françaises, en sont et en seront les principaux acteurs.

Pour les accompagner, le GICAN a pour ambition de jouer un rôle de premier plan dans l’exploitation, la valorisation, la sécurisation et la protection des espaces maritimes, aéro-maritimes, sous-marins et côtiers. Il travaille sur les cinq domaines d'activité stratégique que sont le naval de défense, la sécurité et la sûreté maritime, la construction navale civile, les énergies marines renouvelables ; la valorisation, l'exploitation et la protection des océans ainsi que les infrastructures portuaires et littorales.

Ne risque-t-on pas, sur certains points, un doublon avec les activités du Cluster Maritime Français (CMF) ? Comment vous organisez vous avec eux pour mener une action complémentaire ?

Le Cluster Maritime Français dont nous sommes un des membres fondateurs est absolument indispensable à la promotion et à la défense de l'ensemble de l'économie maritime. Nous sommes une partie de cette économie et représentons l'industrie technologique du maritime comme Armateurs de France regroupe les armateurs et la Fédération des Industries Nautiques les acteurs de la plaisance. Le CMF est un pont entre nous et un fédérateur de l'ensemble du monde maritime qui va de la pêche au transport en passant par le tourisme, la pisciculture, la plaisance, la culture des algues et bien d'autres. Sur certains sujets qui ne sont pas exclusivement techniques, nous travaillons au CMF avec l'ensemble des filières maritimes concernées. Avant la création du CMF, il était plus difficile de travailler tous ensemble. Sa création a ouvert une nouvelle ère de coopération et de coordination.

Quelle fut l’action du groupement ces dernières années ?

Nous travaillons dans le long terme. Notre action s’inscrit dans la continuité mais nous agissons bien entendu en fonction des priorités du moment pour soutenir l'industrie maritime. Interlocuteur des pouvoirs publics depuis longtemps, nous jouons un rôle institutionnel de partenaire de l’Etat dans l'ensemble de nos actions communes, en faveur de notre filière et en particulier dans le cadre du CORICAN (Conseil d'Orientation pour la Recherche et l'innovation pour la Construction et les Activités Navales), des  plans industriels ou du Comité Stratégique de la Filière Navale. Nous animons également la filière en proposant des actions de développement tel que le programme Océans 21 qui vient de s'achever. Nous sommes à l'écoute des attentes de nos adhérents.

A l’heure où l’industrie navale repart en France, comment abordez-vous le problème crucial de l’emploi et de la formation ? Quelles actions concrètes doivent être ou sont mises en œuvre avec les professionnels et les pouvoirs publics pour renforcer l’attractivité de la filière, soutenir des plans de formation et développer des filières d’enseignement  pour permettre aux entreprises de trouver de la main d’œuvre française qualifiée dans les métiers sous tension ?

La filière peut se réjouir de voir ses carnets de commande se remplir et nous avons la responsabilité d'organiser la formation et le développement des compétences pour y faire face. Nous avons effectivement des métiers en forte tension (soudeurs, charpentiers métalliques, tuyauteurs...). Nous avons lancé des actions volontaires pour y faire face. Il faut tout d'abord convaincre la jeunesse de nous rejoindre car nous avons un avenir à leur proposer. La construction navale est une industrie florissante, technologique et innovante qui a besoin des meilleurs. Les métiers du naval sont variés et engageants. C'est un domaine passionnant et de haute technicité.

En 2012, nous avons lancé CAMPUS NAVAL FRANCE  qui réunit les organismes de formations (écoles d'enseignement supérieur, IRT, lycées maritimes...), les Pôles de compétitivité, les clusters industriels du naval et les entreprises. C'est un forum d'échanges sur les besoins de formations dans notre filière. L'éducation nationale et l'UIMM y sont associés. Le GICAN va très prochainement s'enrichir d'un nouveau collaborateur dédié au domaine RH, compétence et formation. Ce recrutement est un investissement pour l'avenir qui marque notre ambition et notre détermination.

Récemment, nous avons obtenu la création d’une licence professionnelle « construction navale ». Il faut maintenant aller plus loin ! Nous envisageons très sérieusement de créer avec l'ensemble des partenaires de la formation académique et professionnelle un centre de formation aux métiers du naval.

Comment aidez-vous les PME et ETI à se développer à l’international ?

Nous avons lancé cette année le club des exportateurs au GICAN regroupant l'ensemble de nos adhérents qui veulent se lancer à la conquête ou développer du business sur les marchés à l’export. Dans cet esprit, nous organisons en France les salons internationaux EURONAVAL, leader mondial du naval de défense, de la sécurité et de la sûreté maritime et EUROMARITIME, salon européen de l'industrie maritime civile et de la « blue growth ».

Nous organisons également des pavillons « France », qui accueillent les entreprises françaises sur une dizaine de salons à l'étranger et organisons tout au long de l'année des séminaires BtoB avec de nombreux pays partenaires (Brésil, Norvège, Canada...)

Comment inscrivez-vous votre action dans une perspective européenne ?

Sur le modèle du GICAN qui regroupe à la fois les constructeurs, les réparateurs et les équipementiers, les deux organisations européennes des chantiers navals (CESA) et des équipementiers (EMEC) ont décidé de fusionner dans une organisation unique SEA EUROPE qui aujourd'hui représente toute l’industrie de technologie maritime de l’Union Européenne. Nous y sommes très actifs et avons récemment décidé d’y consacrer encore plus de ressources et de temps.

SEA EUROPE a vocation à exercer un rôle central dans la plate-forme technologique européenne WATERBORNE, dont la finalité est de fournir à la Commission Européenne les thèmes technologiques du prochain programme européen de recherche HORIZON 2020.

Le GICAN joue un rôle actif en matière de règlementation technique, de suivi des marchés mondiaux et de défense de l'industrie européenne. Le GICAN désire ainsi renforcer la participation des entreprises françaises à ces programmes européens.

Le prochain salon Euronaval se déroulera du 17 au 21 octobre au parc des expositions de Paris Le Bourget. Comment s’annonce la participation en termes d’exposants et de visiteurs ?

Nous n'y sommes pas encore mais les indicateurs sont plutôt à la hausse dans tous les domaines.

Installé sur 15 000m², Euronaval accueillera de nouveaux pays tels que le Japon et la Chine.

Pour répondre à la demande d’équipements en forte hausse depuis plusieurs années à l’échelle mondiale, cette édition réunira le panel le plus important d’industriels, de concepteurs et de fournisseurs de matériels, de systèmes simples ou complexes et de services associés. Plus de 70 pays sont invités sur Euronaval.

Euronaval 2016 confirme ainsi son statut de principal temps fort dans l’agenda des acteurs clés du marché international du naval de défense et de la sécurité maritime. La listes des exposants n’est pas encore définitive, elle sera dévoilée à Paris le lundi 19 septembre 2016, lors de la conférence de presse d’Euronaval.

Quelles sont les grandes tendances du moment ?  

Parmi les sujets prégnant d'Euronaval 2016, nous pouvons citer l’intérêt marqué des nations pour l’acquisition de navires de surveillance côtière, type patrouilleurs de haute mer, corvettes ou frégates de taille intermédiaire ; la volonté de certains pays de développer leurs flottes sous-marines, avec des projets d’acquisitions en Australie, en Suède, en Pologne, en Norvège et en Indonésie; le développement des drones de surface et sous-marins, des aéronefs, des AUSV (autonomous unmanned surface vehicules) ou encore l'engouement pour de nouveaux concepts liés à la furtivité.

A l'occasion d'Euronaval, se tiendra également un grand colloque international d’ouverture le mardi 18 octobre après-midi : « Together for Safe and Secure Oceans » organisé en partenariat avec l'Agence Européenne de Défense (AED), l’European Union Institute for Security Studies (EUISS) et l'Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire (IRSEM).

Jamais le marché du naval de défense n'a été aussi actif. Euronaval en sera le témoin et le lieu privilégié où les décideurs politiques, les chefs d'état-major et les industriels du monde entier se rencontreront pour préparer les marines militaires de demain et l'avenir de la paix et de la sécurité en mer et à partir de la mer.

Propos recueillis par Vincent Groizeleau, © Mer et Marine,  juin 2016