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IA M51 : Chape de plomb sur le nucléaire

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IA M51 : Chape de plomb sur le nucléaire

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La France lance dans la plus grande discrétion le programme de refonte de ses trois premiers sous-marins nucléaires lanceurs d'engins du type Le Triomphant. Ce chantier majeur, dont le coût est évalué à plus de 2.5 milliards d'euros, va voir la modernisation du Triomphant, du Téméraire et du Vigilant, admis au service actif en 1996, 1999 et 2004. Tour à tour, ces SNLE vont être portés au standard du Terrible, livré à la Marine nationale le 20 septembre. Le chantier verra l'installation de nouveaux sonars, du nouveau système de combat SYCOBS, la rénovation du PC navigation/opération et, surtout, l'adaptation de la tranche missiles à la mise en oeuvre du M51. Cette nouvelle arme, qui équipe Le Terrible, remplacera les M45 embarqués jusqu'ici par les trois premiers SNLE. Ces travaux de grande ampleur, exceptionnels par leur complexité et le savoir-faire mis en oeuvre, seront réalisés à Brest par DCNS. La complexité du programme, outre son aspect technique, réside dans le fait que l'industriel doit composer avec un planning très serré. La Force océanique stratégique, qui doit maintenir en permanence au moins un SNLE à la mer, ne dispose en effet que de quatre bâtiments. La durée consentie pour la refonte de chaque bateau est donc limitée à une trentaine de mois. Le chantier débute cet hiver avec Le Vigilant, qui sera suivi par Le Triomphant et Le Téméraire, la fin du programme étant fixée en 2018. Pour gagner du temps, la modernisation est menée à l'occasion de l'Indisponibilité Périodique pour Entretien et Réparations (IPER) que chaque bâtiment connait tous les 7 ans (visite de matériels et rechargement du coeur nucléaire notamment). D'où le nom du programme : IPER Adaptation au M51, ou « IA M51 ».

Le M51 (© : DGA)
Le M51 (© : DGA)

Les moyens complètement renouvelés

Pour mémoire, les SNLE assurent l'essentiel de la dissuasion nucléaire française. Chaque sous-marin peut embarquer 16 missiles balistiques emportant jusqu'à 6 têtes nucléaires (de 150 kilotonnes chacune). La portée du nouveau missile intercontinental M51 est donnée à 9000 kilomètres, contre 6000 pour le M45. Le M51, actuellement doté d'une tête TN75, doit adopter, à compter de 2015, la nouvelle tête océanique (TNO). Le reste de la mission de dissuasion revient aux forces aériennes stratégiques (FAS) de l'armée de l'Air, ainsi qu'à l'aéronautique navale avec le groupe aérien embarqué sur le porte-avions Charles de Gaulle. Depuis cette année, la composante aéroportée (Rafale et Mirage 2000) met en oeuvre le nouveau missile ASMP-A, dont les derniers exemplaires seront livrés en 2011 par MBDA.

Rafale Air avec ASMP-A  (© : SIRPA AIR)
Rafale Air avec ASMP-A (© : SIRPA AIR)


Plus de 20 milliards en 5 ans pour la dissuasion

Qu'il s'agisse de la Marine nationale, du ministère de la Défense ou de DCNS, c'est actuellement le silence radio sur le programme IA M51, malgré son importance. Il fait même office de « sujet tabou », tous les acteurs impliqués ayant manifestement reçu l'ordre de ne pas communiquer sur le sujet. Selon certaines sources, l'Etat ne souhaite pas de publicité autour du projet, considéré comme très sensible au moment où le pays se met à l'heure de la rigueur budgétaire. En hauts lieux, on craidrait que les sommes engagées dans le nucléaire ne fassent l'objet de critiques, voire soient utilisées par les opposants à la politique gouvernementale. Car, actuellement, c'est bien l'ensemble des moyens de la dissuasion française qui est renouvelé et nécessite, par conséquent, la mobilisation d'une enveloppe budgétaire très importante. Ainsi, un rapport parlementaire précise que pas moins de 20.2 milliards d'euros sont affectés aux forces nucléaires de la marine et de l'armée de l'Air sur l'actuelle loi de programmation militaire (2009-2014). Cela représente près de 20% des crédits d'équipements du ministère de la Défense sur ces cinq années.

SNLE à la mer (© : MARINE NATIONALE)
SNLE à la mer (© : MARINE NATIONALE)

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