Histoire Navale
Il y a 75 ans, Normandie quittait Saint-Nazaire

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Il y a 75 ans, Normandie quittait Saint-Nazaire

Histoire Navale

Il y a 75 ans, jour pour jour, le paquebot Normandie appareillait de Saint-Nazaire pour ses essais en mer, préalable à sa mise en service. La veille de ce 5 mai 1935, il pénétrait dans l'immense forme-écluse Joubert, spécialement construite entre 1929 et 1932 pour accueillir ce géant des mers. Commandé le 29 octobre 1930 par la Compagnie Générale Transatlantique aux Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire Penhoët, le navire allait devenir, malgré sa courte carrière, le plus célèbre des transatlantique français. Faisant appel à des centaines d'entreprises sur l'ensemble du territoire hexagonal, Normandie constituera une oeuvre nationale, fleuron du savoir-faire tricolore en matière de construction navale, d'art et de décoration. Pour mener à bien cette entreprise gigantesque et rivaliser avec les grands liners britanniques et allemands, la CGT déboursera à l'époque plus de 800 millions de francs pour s'offrir le plus grand paquebot construit jusqu'alors. Long de 313.75 mètres pour une largeur de 35.9 mètres, le navire, doté d'une forme de coque révolutionnaire, affichait une jauge de 79.500 tonneaux. Véritable vitrine de l'art français, il est décoré par les plus grands maîtres de l'époque, qui feront accéder ce bateau au rang de mythe collectif et de véritable référence du voyage maritime.

Plus de 31 noeuds aux essais

Mis sur cale en janvier 1931, Normandie est lancé en octobre 1932 devant 100.000 personnes venues de tout le pays. Baptisé par l'épouse du président Albert Lebrun, le géant gagne ensuite son quai d'armement où des milliers d'ouvriers et d'artisans s'affèrent à son achèvement. Escorté par deux torpilleurs, il quitte Saint-Nazaire le 5 mai 1935 pour effectuer ses essais de recette. Menés au large de la Bretagne durant six jours, les tests se révèlent excellents et le paquebot fait preuve de qualités évolutive exceptionnelles. Pendant les essais de vitesse, qui ont duré 8 heures, Normandie atteindra 31.125 noeuds pour une puissance développée de 170.000 chevaux. D'importantes vibrations sont néanmoins détectées sur le tiers arrière mais le planning de livraison, très serré, ne permettra pas de solutionner ce problème avant le voyage inaugural. Celui-ci est programmé à partir du 29 mai au départ du Havre, où d'importants travaux portuaires ont été réalisés pour accueillir le nouveau bateau. Après six jours de festivités, le liner appareille pour New York, comme prévu, le 29 mai. 45 officiers 1326 membres d'équipage et 1261 passagers, dont 830 en première classe, sont à bord. Le vaisseau fait d'abord escale à Southampton, où les Britanniques lui font un accueil particulièrement enthousiaste. Puis il met le cap sur les Etats-Unis, dont les côtes se dessine à l'horizon le 3 juin au petit matin.

La course au Ruban Bleu

Les 2971 milles entre Bishop Rock et Ambrose (trajet de référence des transatlantiques) a été parcouru en 4 jours, 3 heures et 2 minutes à la vitesse moyenne de 29.94 noeuds. Le record détenu par le paquebot italien Rex (28.92 noeuds) est battu et Normandie s'adjuge le célèbre « Ruban Bleu », titre attribué au liner le plus rapide. L'arrivée au Pier 88, à Manhattan, est triomphale. Sur le trajet du retour, qui débute le 7 juin, le navire améliore encore son record, avec une traversée Ambrose - Bishop Rock à 30.31 noeuds de moyenne. Cette performance ne sera battue qu'en août 1936 par le tout nouveau Queen Mary de la Cunard, qui « avalera » le trajet à la vitesse moyenne de 30.63 noeuds. Après avoir transporté 17.872 passagers en 1935 et 27.292 passagers en 1936, Normandie subit un important arrêt technique. L'appareil propulsif est notamment amélioré, ce qui permet au liner français de reconquérir le Ruban Bleu en mars 1937 avec une vitesse moyenne de 30.99 noeuds puis, en août de la même année, en atteignant la moyenne de 31.2 noeuds dans le sens Etats-Unis - Europe. Le dernier jour de la traversée, la puissance atteint 195.850 chevaux et la vitesse 32.7 noeuds ! Mais en août 1938, Queen Mary, plus puissant, reprend l'avantage en portant le record à 31.69 noeuds.

Une fin dramatique

Pour le superbe transatlantique français, le succès est néanmoins au rendez-vous. Célébré dans le monde entier pour sa décoration et la qualité de ses voyages, le navire accueille toutes les célébrités de l'époque. De mai 1935 à septembre 1939, il réalisera 139 traversées, transportant 132.508 passagers et 45.765 tonnes de fret. Malheureusement, la guerre mettra prématurément un terme à la carrière du Normandie. Partant de New York le 16 août 1939, le paquebot appareille une dernière fois du Havre le 23 août avec 1417 passagers à bord. La guerre avec l'Allemagne semblant imminente, cette ultime traversée se fait avec une réduction de l'éclairage des ponts et un arrêt des émissions radio. Il arrive sans encombre le 28 août à Manhattan, d'où il devait repartir deux jours plus tard. Mais, suite à l'invasion de la Pologne par la Wehrmacht, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre. Par peur du torpillage, Normandie reçoit l'ordre de rester aux Etats-Unis. Les dirigeants de la CGT parviennent à convaincre le gouvernement de ne pas risquer de perdre le navire en le transformant en transport de troupes. Normandie est par conséquent désarmé au Pier 88, où son équipage, malgré l'éloignement, parviendra à le maintenir dans un état parfait. Ces efforts, destinés à conserver le bateau pour l'après-guerre, se révèleront néanmoins vains. Après l'armistice, la situation devient de plus en plus délicate, les Américains lorgnant sur le grand vaisseau français. Arguant de menaces de sabotage, l'US Coast Guard occupe le paquebot en mai 1941. Finalement saisi en décembre 1941, le navire doit être transformé en transport de troupe pour l'US Navy. Rebaptisé Lafayette (orthographe en vigueur aux USA) en janvier 1942, il fait l'objet d'importants travaux. Les oeuvres d'arts sont notamment débarquées mais des vols sont constatés. L'USS Lafayette ne prendra, toutefois, jamais la mer. Le 9 février 1942, un incendie éclate dans le grand salon des premières classes. Le sinistre se propage rapidement et le navire est évacué. Déstabilisé par les milliers de tonnes d'eau déversées par les bateaux-pompes du port de New York, le paquebot finit par chavirer. L'ex-Normandie est remis à flot en octobre 1943. Les superstructures rasées, il part pour Brooklyn le mois suivant puis est transféré à Bayonne. Jugé irrécupérable, la coque sera placée en attente puis vendue à la démolition en août 1946.
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Pour plus d'informations sur l'histoire du navire, nous vous conseillons le livre « Normandie, l'épopée du géant des mers », paru en 1985 aux éditions Herscher. Ce très bel ouvrage, richement illustré, a été écrit par Bruno Foucart, Charles Offrey, François Robichon et Claude Villers.
Voir aussi le site de l'association French Lines chargée de la mise en valeur du patrimoine des compagnies maritime françaises.

 Le livre « Normandie »   (© : HERSCHER)
Le livre « Normandie » (© : HERSCHER)