Histoire Navale
Il y a 90 ans, les chantiers nazairiens réparaient l’ex-Goeben en Turquie

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Il y a 90 ans, les chantiers nazairiens réparaient l’ex-Goeben en Turquie

Histoire Navale

Surtout connus aujourd’hui pour les paquebots géants qui sortent de leurs cales, les chantiers de Saint-Nazaire, créés à la fin du XIXème siècle, ont aussi une longue histoire avec les bateaux gris. Des dizaines de bâtiments de guerre sont, en effet, nés sur les bords de Loire, pour la Marine nationale comme pour des flottes étrangères. Du torpilleur au cuirassé, en passant par le croiseur, la frégate, le bâtiment de projection, le porte-avions et les unités scientifiques, le constructeur français a produit, et continue de réaliser, tous types de plateformes. Saint-Nazaire a aussi, à côté de la fabrication, une tradition plus que centenaire dans la réparation militaire. Avec, parfois, des projets que le temps a fini par effacer des mémoires et qui, pourtant, constituent des évènements remarquables et des challenges humains et techniques hors normes.

Cadeau de Berlin à Constantinople

C’est l’un de ces épisodes historiques que nous vous racontons aujourd’hui. Quand Saint-Nazaire, il y a 90 ans, était choisi par la Turquie pour remettre en état l’ex-croiseur de bataille allemand Goeben. Un bâtiment célèbre pour être parvenu, en août 1914, au moment du déclenchement de la première guerre mondiale, à échapper aux flottes française et britannique. En compagnie du croiseur léger Breslau, il réussit à traverser la Méditerranée et, au terme d’un incroyable périple, rejoignit l’Empire ottoman, auquel les deux bâtiments furent offerts par l’Allemagne. Un acte qui favorisa le basculement de Constantinople dans le camp germanique (voir notre article). 

Gravement endommagé par une mine

Après son épopée méditerranéenne, le Goeben passe sous pavillon turc et est renommé Yavuz Sultan Selim. Il mènera des opérations contre la marine russe en mer Noire avant d’être gravement endommagé début 1918 par une mine lors d’une opération dans les îles grecques.

Après la fin du conflit, l’Empire ottoman se désagrège lentement pour se transformer en 1923 en république sous les ordres de Mustafa Kemal Atatürk. Le nouveau gouvernement décide de lancer un ambitieux programme naval pour redorer le blason de son pays et le doter d’un outil de souveraineté nationale. L’État turc acte la remise en service le Yavuz, qui s’apparente plus à une épave qu’à un bâtiment de guerre.

La refonte du Yavuz, élément central du renouveau naval turc

Les autorités veulent faire du croiseur de bataille, encore auréolé de son prestigieux passé, le bâtiment amiral de la nouvelle marine turque. L’ambition du nouveau régime est de se doter d’une force militaire moderne, ce qui fit cruellement défaut pendant