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Reportage

Ile de La Réunion II : A bord du nouveau palangrier austral de Comata

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Il vient de partir vers le grand Sud, les 40ème et les archipels subantarctiques de Crozet et Kerguelen. Le palangrier Ile de la Réunion II, de l’armement Comata (filiale de Scapêche, groupe Intermarché), va effectuer sa première marée de 80 jours dans les eaux australes. Il a succédé à l’unique bateau de la Comata exploité pour la pêche à la légine dans les eaux des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Il s'agit de l’Ile de la Réunion I, livré par Piriou en 2002 et qui va être converti en patrouilleur cet hiver afin de remplacer le vieil Osiris. Construit par le chantier Piriou de Nha Be, au Vietnam, l’Ile de La Réunion II est arrivé fin août dans son port d’attache de l’océan Indien. Pendant plusieurs semaines, les marins ont transféré le matériel de pêche de l’ancien vers le nouveau bateau. Début décembre, il était prêt.

 

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L'Ile de la Réunion (à gauche) et l'Ile de la Réunion II (

L'Ile de la Réunion (à gauche) et l'Ile de la Réunion II (©  MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Gildas Balannec, un des deux capitaines, regarde son nouveau bateau avec satisfaction. « Il est plus grand et plus large que l’ancien (62.8 mètres de long pour 12.4 de large contre 55.5 mètres de long pour 11 mètres de large), mais cela ne veut pas dire que nous allons pêcher plus. Nous avons un quota attribué annuellement par les TAAF et celui-ci est calculé en fonction des stocks, pas de la taille ou de la puissance des bateaux ».

L’augmentation de la taille, c’est surtout pour le confort. Celui du quotidien pour l'équipage, avec des cabines de deux marins maximum, montées sur silent-blocs et mieux isolées du bruit. « C’est important pour nos équipages de 31 marins, d’avoir des espaces calmes, où ils peuvent se reposer ou se divertir. Les marées sont longues et les conditions extérieures sont rudes ».

 

Cabine individuelle officier (

Cabine individuelle officier (©  MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Cabine double (

Cabine double (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

La cuisine du bateau (

La cuisine du bateau (©  MER ET MARINE- CAROLINE BRITZ)

Carré (

Carré (©  MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Mais le confort, c’est aussi celui de la pêche. La principale innovation de l’IDR2 par rapport à son prédécesseur est l’installation d’un moonpool, ce puits central qui permet de virer les palangres à l’abri à l’intérieur du bateau. Pour mémoire, les palangres sont des hameçons gréés sur des longues lignes-mères mises à l’eau avec des appâts. Le bateau en installe plusieurs, avec des orins et une bouée à chaque extrémité. La longueur de la ligne et le nombre d’hameçons sont adaptés à la profondeur d’eau et aux conditions de mer. Les lignes sont laissées entre 24 et 48 heures à l’eau puis sont remontées à bord.

 

Chaque ligne peut recevoir jusqu'à 900 hameçons (

Chaque ligne peut recevoir jusqu'à 900 hameçons (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Auparavant, les opérations de mise à l’eau et de récupération des lignes, ainsi que le boettage (la mise en place de l’appât sur l’hameçon) se faisaient manuellement et à l’extérieur. Désormais, c’est une machine qui s’occupe du boettage. Elle coupe les maquereaux – 50 à 60 tonnes sont embarquées à chaque marée pour servir d’appât – puis les met sur les palangres, à raison de 3.5 hameçons/seconde. La mise à l’eau se fait encore à l’extérieur mais sous un pont abrité. Le virage, quant à lui, s’effectue donc via le moonpool.

 

Le boettage est automatisé (

Le boettage est automatisé (© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le moonpool et la piscine de récupération (

Le moonpool et la piscine de récupération (©  MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Les lignes y sont ramenées dans une piscine de récupération des poissons. Ces derniers sont ensuite remontés jusqu’à l’usine par un ascenseur, ce qui limite, pour l’équipage, les opérations de gaffage. Le poisson est ensuite dirigé sur la ligne où on va lui retirer la tête et la queue, puis les viscères. Ces déchets sont passés à la broyeuse puis stockés à bord pour se conformer aux nouvelles obligations de rejet zéro des bateaux de pêche. Les poissons sont ensuite calibrés, répartis dans des cartons de 20 kg et dans des sacs pour les plus grosses pièces. Ils sont ensuite passés dans des tunnels frigos à une température de -21 degrés pendant 12 heures avant de rejoindre la cale de stockage d’une capacité de 635 m3.

 

Les tunnels frigos dans lesquels les poissons sont congelés (

Les tunnels frigos dans lesquels les poissons sont congelés (©  MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Gildas Balannec aime autant son usine que sa toute nouvelle passerelle. « Quand nous avons réfléchi à ce nouveau bateau, nous avons pensé à une passerelle qui soit construite autour des besoins de manœuvre ». Intégrées par Barillec, les consoles sont réparties autour du fauteuil du patron. Deux sondeurs, deux radars, le système de cartographie 3D TimeZero, beaucoup de caméras et un poste de manœuvre déporté à tribord. « Nous sommes déjà pré-équipés pour la navigation en Antarctique, si jamais nous devions avoir des quotas pour aller pêcher dans les eaux polaires. Le bateau est classé Ice 1C et dispose d’un radar et de projecteurs glace ».

 

Gildas Balannec, un des deux capitaines de l'IDR2, à la passerelle (

Gildas Balannec, un des deux capitaines de l'IDR2, à la passerelle (©  MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

La cartographie en 3D TimeZero (

La cartographie en 3D TimeZero (©  MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

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Du côté de la propulsion, le choix a été d’opter pour du diesel-électrique : « c’est ce qui correspond le mieux à notre profil opérationnel : 70% du temps nous sommes à 1.5 nœud quand nous sommes en pêche, 20% en vitesse réduite pour le filage et 10% en route libre. Cela fait donc beaucoup de temps à petite vitesse et en manœuvre. Le diesel-électrique offre de la souplesse et permet de mieux maîtriser notre consommation ». Quatre groupes CAT de 975 kW alimentent deux moteurs électriques reliés à deux lignes d’arbres avec hélice à pas fixe.

 

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(©  MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

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(©  MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

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