Histoire Navale
Ile Longue : L'ingénieur général Pierre Pommellet se souvient

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Ile Longue : L'ingénieur général Pierre Pommellet se souvient

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A l'occasion du quarantième anniversaire de l'achèvement de la base opérationnelle de l'Ile Longue, nos confrères du Télégramme ont été à la rencontre de Pierre Pommellet. Aujourd'hui conseiller à la diversité et à l'égalité des chances auprès du premier ministre, l'ingénieur était, de 1967 à 1970, chef de la section chargée de la construction de la base. Ce chantier, colossal, avait été lancé en 1965 pour édifier une base à même d'accueillir la nouvelle force de frappe stratégique française. Construit à Cherbourg, le premier sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) de la Marine nationale, Le Redoutable, gagnera l'Ile Longue en 1970. Depuis trois ans, Pierre Pommellet suivait l'achèvement ce qui était à l'époque le plus grand chantier d'Europe.
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YVON CORRE : Dans quelles circonstances avez-vous été choisi pour diriger cet énorme chantier?

PIERRE POMMELET : Ingénieur, j'étais en poste à la direction des travaux maritimes de Brest. Le directeur, Paul Gendrot, m'a convoqué pour me proposer de prendre la tête de la section chargée de choisir le site puis, dans un deuxième temps, d'être l'ingénieur des études et des travaux. J'ai accepté avec toute l'insouciance de la jeunesse.

Vous avez participé au choix du site. Cela a-t-il été compliqué?

Le choix s'est rapidement réduit à deux sites, tous deux à Crozon, l'Ile Longue et l'anse de Saint-Nicolas, au sud du Cap de la Chèvre. Ce dernier site avait l'inconvénient d'être loin de la base industrielle de l'arsenal de Brest et les études de houle avaient montré qu'il faudrait réaliser une coûteuse jetée de protection des bassins. Le site de l'Ile Longue présentait, en revanche, de nombreuses qualités avec, toutefois, un inconvénient majeur: il était habité par de nombreux fermiers modestes. Ils furent expropriés dans des conditions qui ne seraient heureusement plus possibles aujourd'hui. C'est la seule fois où j'ai vu s'appliquer la procédure d'extrême urgence d'utilité publique.

Quel délai aviez-vous pour mener à bien le chantier?

Les travaux ont commencé le 1eraoût 1967, avec un délai contractuel de 30 mois. Il fallait que le Redoutable puisse entrer dans la base le 1eroctobre 1970, comme l'avait exigé le général De Gaulle. Il y avait 1.500 personnes qui, au plus fort du chantier, travaillaient jour et nuit. Tout le sud de la rade de Brest était illuminé la nuit par des projecteurs de l'Ile Longue. C'était à l'époque le plus grand chantier de France et même d'Europe.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées?

Concernant la partie terrestre, il n'y a pas eu de problèmes. Par contre, le déroctage sous-marin devant les bassins a été assez difficile. Il a fallu faire appel à des engins géants pour pouvoir dynamiter les fonds rocheux. Au fur et à mesure que l'on creusait, le microgranit devenait de plus en plus dur et on a dû employer un explosif plus puissant, la dynamite gomme. On a dérocté 100.000m³, ce qui est énorme.

La masse de béton coulée a dû l'être également?

Oui, pendant l'année 1969, la centrale à béton a fonctionné à plein et asséchait tous les granulats de la région. Sur le blockhaus central qui sépare les deux bassins, on a coulé 100.000 tonnes de béton précontraint. Il devait résister à l'explosion accidentelle d'un missile.

Quels souvenirs gardez-vous de ce chantier?

Un des plus émouvants, c'est quand le général De Gaulle, lors de sa visite à Brest, fin février1969, demanda à voir l'ingénieur général chargé des travaux. Il s'étonna: «C'est ce jeune homme», et me posa une question très précise sur la nature de la roche. J'ai rougi car il était impressionnant. En cette nuit de février, j'ai aussi eu le privilège d'entendre le général réciter des vers de Chateaubriant. C'était quelques heures avant son discours de Quimper où il allait annoncer le référendum qui entraîna son départ.

Après ce chantier, qu'avez vous fait ensuite?

En tant qu'ingénieur des Ponts et chaussées, j'ai ensuite rejoint mon ministère pour faire les quatre voies rapides Brest-Morlaix et Brest-Châteaulin que le général De Gaulle avait annoncées dans son discours de Quimper.
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