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Incendie de la Perle : « Il faudra des semaines d’expertises techniques »

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Incendie de la Perle : « Il faudra des semaines d’expertises techniques »

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Dans une vidéo adressée aux marins, l’amiral Christophe Prazuck s’est exprimé hier sur l’incendie qui a ravagé le 12 juin la partie avant du sous-marin nucléaire d’attaque Perle, alors que le bâtiment se trouve en cale sèche à Toulon, sans combustible dans sa chaufferie, ni armes et batteries. Le chef d’état-major de la marine a d’abord salué l’action des marins-pompiers de la base navale de Toulon, le bataillon des marins-pompiers de Marseille, les sapeurs-pompiers du Var et les marins de l’escadrille des sous-marins nucléaires, qui ont lutté pendant plus de 10 heures pour venir à bout du sinistre. « Ils ont combattu le feu pendant ces longues heures dans des conditions de chaleur et d’exiguïté hors normes. Ils ont réussi à la maîtriser puis à l’éteindre tout en protégeant la partie arrière du sous-marin d’une extension du sinistre. Leur détermination, leur courage mérite d’être souligné ».

Alors que nombreux sont ceux qui donnent la Perle comme probablement irrécupérable, l’amiral Prazuck a ensuite fait ce qu’on appelle une mise au point, et appelé à ne pas tirer de conclusions hâtives : « Il faudra maintenant des semaines d’expertises techniques pour comprendre l’ampleur des dégâts et probablement des mois pour en tirer les conséquences. Donc, pas de jugement à l’emporte-pièce, pas de désarroi ».

La situation est évidemment très délicate pour la Marine nationale, dont la flotte de SNA est réduite au minimum et qui ne pourra pas compenser avant peut-être plusieurs années la longue (voire dans le pire des cas définitive) absence de la Perle. Mais au-delà des enjeux opérationnels, cet accident a, aussi, profondément choqué la communauté des sous-mariniers et plus globalement la flotte. Surtout qu’il s’ajoute à un autre évènement récent durement vécu dans la marine, celui de l’épidémie de Covid-19 sur le porte-avions Charles de Gaulle. Le CEMM a donc également voulu, dans son message, mobiliser ses troupes : « Nous avons connu d’autres incendies, nous avons connu d’autres coups durs et nous les avons toujours surmontés, et nous surmonterons celui-là. Il nous faut de la compétence, il nous faut de l’expertise, il nous faut de la détermination, il nous faut du courage, comme celui qui a animé les pompiers et les marins qui sont intervenus sur la Perle ».

- voir notre article détaillé sur l'incendie de la Perle

Quelques graves incendies survenus dans la marine depuis 40 ans

Alors que les flammes demeurent le principal ennemi des marins, les navires, civils comme militaires, connaissent plus ou moins souvent des départs de feu, généralement vite maîtrisés par les équipages, qui s’entrainent très régulièrement à lutter contre les incendies. Mais il arrive parfois qu’ils se propagent de manière catastrophique. La Marine nationale a, ainsi, eu à déplorer quelques graves mais heureusement rares accidents au cours des dernières décennies. On pense notamment à la  frégate anti-sous-marine Duguay-Trouin, qui faillit être perdue en février 1983 lorsqu’un feu qui s’était déclaré dans les machines ravagea l’intérieur du bâtiment, alors en entrainement au large de Brest. Les marins parvinrent à sauver leur bateau et il n’y eut miraculeusement pas de victime. Le Duguay-Trouin, mis en service en 1975, reprit la mer après un an et demi de réparations, mais garda des stigmates de l’incendie et fut prématurément désarmé en 1999.

Plus récemment, c’est la frégate de surveillance Nivôse qui, dans la nuit du 29 au 30 septembre 2014, fut victime d’un grave incendie au large de La Réunion. Là aussi, pas de victime et une situation critique finalement maîtrisée grâce à l’équipage. Mais de très importants dommages qui immobilisèrent pendant plus d’un an le bâtiment, dont il a notamment fallu reconstruire la partie machines. A l’exception notable des moteurs principaux, qui par chance n’avaient pas été touchés, sans quoi le Nivôse aurait sans doute été condamné.

Il y a aussi eu le cas du Jean Bart, en septembre 2003. Fraîchement sortie d’un arrêt technique majeur, la frégate antiaérienne, lors de ses essais au large de Toulon, avait été victime d’un feu, là encore dans les machines, les réparations nécessitant plusieurs mois d’immobilisation.

Pas d’accident sur les SNA depuis très longtemps

Concernant les sous-marins, le cas de la Perle est unique pour les SNA français, dont certains furent néanmoins victimes d’accidents. Le plus grave fut le drame de l’Emeraude, le 30 mars 1994 lors de manœuvres entre Toulon et la Corse. Dix membres d'équipage avaient perdu la vie suite à une explosion et un dégagement de vapeur. Moins d'un mois plus tôt, le 2 mars 1994, l'Améthyste heurtait au cours d’un entrainement un haut fond à faible vitesse. Par chance, aucune victime ne fut à déplorer, bien que le bâtiment présente de gros dommages sur le dôme sonar. L'année précédente, un autre accident potentiellement très dangereux avait été évité de justesse. Le 17 juillet 1993, le Rubis entra en collision, en faisant surface, avec le pétrolier Lyria, au large du Var. Malgré les avaries, le SNA avait pu regagner Toulon. Après cette série noire, aucun autre gros incident ne sera signalé sur les SNA français jusqu’à la Perle, c’est-à-dire pendant près de 17 ans. Depuis, le seul évènement connu impliquant un bateau noir français est l’improbable collision survenue en février 2009 en Atlantique, entre le sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) Le Triomphant et l’un de ses homologues britanniques, le HMS Vanguard. Les bâtiments, qui rentraient tous les deux de patrouille, s’étaient heurtés en plongée sans se détecter. Ce n’est qu’au retour à leur base respective que la Marine nationale et la Royal Navy avaient mis en corrélation l’incident vécu par chaque sous-marin et déterminé qu’ils s’étaient heurtés en pleine mer. Un choc qui n’avait heureusement pas impacté les installations nucléaires du Triomphant mais provoqué tout de même de gros dégâts, notamment sur le dôme sonar du SNLE français.

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