Défense
Incendie de la Perle : un coup très dur pour la sous-marinade française

Actualité

Incendie de la Perle : un coup très dur pour la sous-marinade française

Défense

Venant cruellement mettre en évidence les limites des réductions de format à leur strict minimum, l’incendie qui a ravagé le 12 juin la partie avant de la Perle constitue non seulement un choc pour la sous-marinade française, mais pose également des questions sur la capacité de la Marine nationale à remplir dans les années qui viennent l’ensemble de ses missions sous la surface de l’eau.

 

Les pompiers intervenant sur la Perle vendredi (© MARINE NATIONALE - THIBAUT CLAISSE)

Les pompiers intervenant sur la Perle vendredi (© MARINE NATIONALE - THIBAUT CLAISSE)

 

Un sinistre intervenu lors du dernier arrêt technique majeur du SNA

Dernière des six unités du type Rubis et plus récent sous-marin nucléaire d’attaque français actuellement en service, la Perle, opérationnelle depuis 1993, est depuis janvier dans l’un des bassins de la zone Missiessy de la base navale de Toulon, où elle a été mise au sec. Cela, dans le cadre de son dernier arrêt technique majeur (ATM), mené industriellement par Naval Group (maître d’œuvre) et ses sous-traitants, sous la responsabilité du Service de soutien de la flotte (SSF). Un chantier décennal comprenant la révision complète des installations et équipements du sous-marin, des modernisations de systèmes, le carénage et la vérification de la coque épaisse, ainsi que le rechargement de son cœur nucléaire. Un ATM devant lui permettre de rester en service jusqu’à son remplacement par le dernier des six nouveaux SNA du type Barracuda, dont la livraison est prévue en 2029.

L’incendie s’est déclaré vers 10h30 vendredi matin dans la partie inférieure de la moitié avant du bâtiment, long de près de 74 mètres pour un diamètre de 7.6 mètres. Cette zone, composée de deux tranches (Charly et Delta) abrite notamment le poste de conduite navigation opération (PCNO), le compartiment des armes et tubes lance-torpilles, les locaux vie de l’équipage et le compartiment des auxiliaires.  

Alors que des interventions étaient en cours dans les fonds, une quarantaine de personnes, pour l'essentiel de Naval Group, était à bord. Ces personnels ont pu évacuer sans qu’il y ait de blessé. Mais le feu a rapidement pris et s’est transformé en brasier particulièrement dur à combattre dans cet environnement confiné et très exigu, certes vidé d’une grande partie de ses équipements, mais encombré de tuyaux, câbles et autres structures temporaires (dont des planchers en bois) inhérentes aux ATM.

Alors que la coque a été arrosée toute la journée pour être refroidie, le feu n’a été maîtrisé à l’intérieur du sous-marin que peu après 21H, suite au remplissage des fonds avec de la mousse. Il a été finalement considéré comme éteint à 00H50 seulement. Pour en venir à bout, près de 300 personnes ont été mobilisées toute la journée, dont une centaine de pompiers, en l’occurrence les marins-pompiers de la base navale qui ont reçu le renfort d’éléments du Service départemental d’incendie et de secours du Var (SDIS 83) ainsi que du bataillon des marins pompiers de Marseille (BMPM). Des nombreux sous-mariniers de l’escadrille des sous-marins nucléaires d’attaque (ESNA) ont également apporté leur concours.

Le SNA est-il récupérable ?

A ce stade, on ne sait pas encore si la Perle pourra être sauvée et, si tel est le cas, à quel prix et en combien de temps. « L’heure est maintenant à l’analyse précise des dommages réellement causés par cet incendie. Nous nous donnons les meilleures chances d’avoir tous les éléments pour prendre une décision étayée, éclairée, le plus rapidement possible et naturellement, car je suis d’un naturel optimiste, si ces analyses permettent de considérer que la Perle est réparable, tout sera fait pour qu’elle soit réparée. L’énergie de tous doit être aujourd’hui concentrée sur ce travail car c’est évidemment l’option qui doit être privilégiée », a déclaré samedi lors d’une conférence de presse à Toulon Florence Parly, ministre des Armées, venue sur place se rendre compte de la situation et saluer le travail mené par les pompiers dans des conditions très difficiles (voir l’intégralité de son intervention à la fin de cet article).

 

SNA du type Rubis  (© NAVAL GROUP)

SNA du type Rubis  (© NAVAL GROUP)

 

La partie arrière (dont la chaufferie) préservée, l’avant complètement ravagé

La partie arrière du SNA (tranches Alfa et Bravo), qui abrite la propulsion et en particulier le réacteur (vide de combustible nucléaire), s’en sort intacte. « Le compartiment a été protégé », a confirmé la ministre. Alors que le feu a pris dans les fonds, quelque part à l’aplomb du kiosque apparemment, l’avant du sous-marin est, en revanche, littéralement dévasté. Des photos prises à bord et que nous avons pu consulter montrent des locaux complètement ravagés par l’incendie, illustrant l’intensité de la fournaise qui a sévi à l’intérieur. Cloisons, armatures, câblage électrique, vannes et tuyauterie, consoles et équipements encore présents à bord… Tout est calciné, fondu, tordu ou part en lambeaux. Le feu a tout détruit sur son passage, rien ne paraissant récupérable.

Par chance, le bâtiment, sur lequel la préparation de l’ATM avait débuté en novembre et qui est entré en janvier dans le bassin numéro 3 de la zone Missiessy pour son passage en cale sèche, avait été vidé de l’essentiel de ses équipements. Ils avaient été débarqués avant la mi-mars et transférés en ateliers pour être révisés ou modernisés. « La quasi-totalité des équipements du navire n’étaient plus à bord, qu’il s’agisse des équipements du système de combat, du sonar, des tubes lance-torpilles, de la batterie, tout cela est intact », a souligné Florence Parly. Idem pour le profilage en composite du bâtiment. Quant aux opérations de rechargement du cœur nucléaire, le retrait des éléments combustibles usagés de la chaufferie n’avait pas pu être réalisé avant et pendant la période confinement liée à la crise sanitaire (aucun personnel de Naval Group ne travaillant à bord pendant cette période). Ce retrait des éléments combustibles a finalement été mené à bien il y a une quinzaine de jours, le rechargement du cœur

Marine nationale | Toute l’actualité de la marine française