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Incident franco-turc en Méditerranée : « il ne peut pas y avoir la moindre complaisance »

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Incident franco-turc en Méditerranée : « il ne peut pas y avoir la moindre complaisance »

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La ministre des Armées est revenue hier, lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, sur l’incident qui s’est produit le 10 juin, en Méditerranée, entre le Courbet et des frégates turques. Ces dernières, au nombre de trois, se sont opposées de manière très agressive à une tentative de contrôle conduite par le bâtiment français sur un navire roulier qu’elles escortaient vers la Libye, le Cirkin, probablement chargé d’armes alors qu’Ankara intervient militairement depuis février aux côtés du gouvernement d’union nationale (GNA) de Tripoli. Ce dernier est pour mémoire en conflit avec le maréchal Haftar, qui contrôle l’Est de la Libye et a subi d’importants revers militaires dernièrement, bien que pour sa part soutenu par les Emirats Arabes Unis, l’Egypte et la Russie. Le Cirkin est bien connu dans le secteur puisqu’il a déjà réalisé de nombreuses rotations entre la Turquie et la Libye, la marine turque assurant depuis février la protection de ces opérations de transport de « marchandises » qui se déroulent en toute impunité malgré l’embargo de l’ONU. Ce roulier avait notamment été surpris fin mai par la frégate française Forbin, comme nous l’écrivions le 5 juin dans un article sur les débuts difficiles de l’opération européenne Irini et l’impuissance à faire respecter l’embargo sur les armes à destination de la Libye.

Le bâtiment français illuminé au radar de conduite de tir par les Turcs

Fait marquant de la situation ubuesque qui règne au sein de l’Alliance atlantique entre Européens et Turcs, le Courbet est intervenu le 10 juin alors qu’il était intégré à une opération navale de l’OTAN, à laquelle participe la Turquie… « Le Courbet, qui était sous le commandement de l’OTAN dans le cadre de l’opération Sea Guardian, a identifié un navire d’intérêt suspecté de contrebande d’armes en violation de l’embargo, à destination de la Libye. Première caractéristique, son numéro d’identification était masqué, il a donné des informations erronées sur sa présence et il a arrêté à plusieurs reprises sa balise AIS qui permet l’identification du navire. Ce comportement avait déjà été repéré chez les navires qui allaient livrer leur cargaison en Libye et ce n’était pas la première fois que des cargos étaient accompagnés de frégates turques », a expliqué Florence Parly devant les sénateurs. « A trois reprises, alors que le Courbet faisait une interrogation totalement légale du navire, les frégates turques l’ont illuminé avec leurs radars de conduite de tir. Par ailleurs, des personnels en gilet pare-balle et casque lourd se sont postés aux affûts des armes légères du navire ».

« Une réflexion est nécessaire sur ce qui est en train de se passer dans l’Alliance »

Suite à un tel acte, considéré « comme hostile selon les règles d’engagement de l’OTAN » a rappelé à Paris l’état-major des Armées, la France a vivement protesté auprès de la Turquie. Puis Florence Parly a profité d’une réunion avec ses homologues de l’Alliance, qui hasard du calendrier se tenait opportunément mercredi à Bruxelles, pour mettre le problème sur la table, comme elle l’a expliqué hier aux sénateurs : « C’est un acte extrêmement agressif et qui ne peut pas être celui d’un allié face à un autre allié qui fait son travail sous commandement de l’OTAN. J’ai donc été extrêmement claire lors de la réunion des ministres de l’OTAN d’hier et j’ai eu même à y revenir aujourd’hui : il ne peut pas y avoir la moindre complaisance vis-à-vis de ce genre de comportement. Cet incident particulièrement grave doit être relevé et nos alliés partagent nos préoccupations puisque huit alliés européens dont des pays majeurs m’ont apporté encore aujourd’hui un clair soutien lors de mes interventions à l’OTAN ». Et la ministre française de s’interroger ouvertement sur le problème turc au sein de l’Alliance : « Une réflexion est nécessaire sur ce qui est en train de se passer dans l’Alliance. il faut en effet regarder en face les dérives qui s’y produisent et je crois que l’argument consistant à dire que tout ceci n’a qu’une seule bonne cause, c’est-à-dire empêcher que la Russie ne prenne place en Libye est un argument qui est un peu court », a-t-elle dit, laissant clairement entendre que Paris n’a pas l’intention de passer l'éponge : « Je ne pense pas que nous ayons épuisé la question et je constate avec plaisir que nous sommes un certain nombre parmi les européens à considérer que ceci n’est vraiment pas acceptable ».

A l’issue de la réunion des ministres, le secrétaire général de l'OTAN a annoncé mercredi qu’une enquête sur l’incident allait être menée par les autorités militaires de l’Alliance, Jens Stoltenberg ajoutant que « l’OTAN soutient la mise en œuvre de la décision de l'ONU d'imposer un embargo sur les armes à la Libye ».

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