Marine Marchande
Inquiétudes autour d'un cargo nucléaire russe en avarie

Actualité

Inquiétudes autour d'un cargo nucléaire russe en avarie

Marine Marchande

Le Sevmorput est le dernier navire de charge à propulsion nucléaire au monde. Long de 260 mètres, ce cargo brise-glace est propulsé par un réacteur nucléaire de 135 MW capable de le faire marcher à 20 noeuds. Sa construction, ordonnée en 1978, a été réalisée par les chantiers Zaliv de Kerch en Ukraine. Il s'agissait alors de construire un navire, inspiré des brise-glace nucléaires, capable d'aller ravitailler les ports arctiques russes. Le Sevmorput, qui tire son nom de l'appellation russe du passage du Nord-Est, a été livré en 1988 à la Murmansk Shipping Company, repris par Rosatom en 2008. 

Depuis son histoire a été quelque peu cahotique, marquée par de nombreux désarmements, des pannes, des voyages entre Mourmansk et Dudinka et une mise à l'arrêt, que l'on croyait définitive en 2012. Rosatom décide finalement de le rénover en 2013. Le lourd navire reprend la mer, principalement pour le transport de matériel militaire entre les bases russes de l'Arctique. Une nouvelle fois rénové en 2019 à Saint-Pétersbourg, il continue ses missions au nord de la Sibérie. Cet automne, il a pris la direction de l'autre pôle pour convoyer 5000 tonnes de matériel pour l'extension de la base russe Vostock en Antarctique. Il est passé devant les côtes françaises en octobre.

Mais depuis quinze jours, il fait des ronds dans l'eau devant les côtes de l'Angola et du Congo-Brazzaville, laissant penser qu'il subit une avarie. Ce qui inquiète fortement l'association Robin des Bois, qui a tiré la sonnette d'alarme sur cette situation. Selon ses informations, appuyées sur le journal Barents Obersver et le réseau VKontakte, le Sevmorput pourrait avoir un problème sur son arbre d'hélice et serait en recherche d'un port refuge où effectuer des réparations. Ce qui est, on l'imagine, très délicat avec une propulsion nucléaire qui refroidit beaucoup de places portuaires.

Au-delà de son avarie, c'est le fait même que ce navire puisse aller en Antarctique qui inquiète Robin des Bois. « Le Traité de l’Antarctique interdit le dépôt de déchets nucléaires sur le continent et ses eaux côtières. En fonctionnement normal, le réacteur du Sevmorput contenant 150 kg d’uranium enrichi rejette des produits de fission qui peuvent être stricto sensu considérés comme des déchets nucléaires. Robin des Bois s’étonne que l’Australie, la France, les Etats-Unis d’Amérique, la Chine, l’Afrique du Sud et les autres pays signataires du Traité n’aient pas exprimé leur opposition ou leurs réserves vis-à-vis de cette intrusion de l’énergie nucléaire en Antarctique », écrit ainsi l'association.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.