Construction Navale
Interrogations autour des navires saoudiens évoqués par Nicolas Sarkozy à Saint-Nazaire

Actualité

Interrogations autour des navires saoudiens évoqués par Nicolas Sarkozy à Saint-Nazaire

Construction Navale

« Il y a une dizaine de bateaux que cherche à faire construire l'Arabie Saoudite. Un milliard de dollars chacun. On va se battre pour que ça vienne ici ». Cette petite phrase, prononcée à la fin du discours de Nicolas Sarkozy, le 5 septembre à Saint-Nazaire, a suscité de nombreuses interrogations. Selon le président de la République, c'est Duk Soo Kang, président de STX et nouveau propriétaire d'Aker Yards, qui a évoqué ce contrat lors de la réunion de travail ayant précédé la déclaration du chef de l'Etat devant les salariés des ex-Chantiers de l'Atlantique. La référence à ces navires a créé la surprise, dans la mesure où l'Arabie Saoudite, jusqu'à présent, ne s'intéresse pas aux navires de croisière. Au prix annoncé, il peut difficilement s'agir, de plus, de bateaux civils. C'est donc plutôt du côté de la construction militaire qu'il faudrait chercher. Riyad envisage bel et bien de renouveler et développer sa marine, dont les 9 plus grosses unités (7 frégates et 2 pétroliers ravitailleurs), ont été réalisées en France. Appelé « Sawari III » dans l'Hexagone, ce projet majeur pourrait comprendre, outre de nouvelles frégates, des sous-marins (le sous-marin de poche SMX-23 Andrasta est parfois évoqué). On se souvient également que l'Arabie Saoudite s'est montrée intéressée, il y a quelques années, par des navires écoles. Les Chantiers de l'Atlantique avaient d'ailleurs proposé à cet effet, alors qu'ils étaient encore détenus par Alstom, une version allongée des frégates de surveillance construites pour la France et le Maroc. Et puis, pourquoi pas, un bâtiment de projection et de commandement (BPC), à même de servir de navire amiral, de bateau de transport et d'unité de représentation. Là encore, Saint-Nazaire pourrait avoir un rôle à jouer, les BPC Mistral et Tonnerre ayant été partiellement construits dans l'estuaire de la Loire.
Toutefois, le contrat saoudien, si jamais il est remporté par la France, est avant tout l'affaire de l'industrie de défense. Le chiffre de 10 bâtiments constituerait, en outre, l'hypothèse la plus optimiste, les entreprises impliquées dans cette affaire misant sur un nombre plus limité de navires.

Porté par DCNS, avec le soutien de la Sofresa, le dossier français intéresse d'abord les ex-arsenaux. En cas de signature, les frégates seraient logiquement réalisées à Lorient et les éventuels sous-marins à Cherbourg. Le bassin nazairien pourrait néanmoins, en cas de saturation de l'outil industriel lorientais, se voir sous-traiter une partie des blocs constituant les navires de surface. Ce montage avait notamment été acté dans les années 90 pour les La Fayette et leurs dérivés à l'export, puis au début des années 2000 pour les deux frégates de type Horizon. Cependant, dans ce dernier cas, ce n'est pas Aker Yards mais la SMCN, un petit chantier nazairien, qui a construit les blocs, expédiés ensuite à Lorient.
En dehors d'éventuels navires écoles et d'un hypothétique BPC, les ex-Chantiers de l'Atlantique n'auraient donc pas beaucoup à attendre de Sawari III. Ces commandes, si tant est qu'elles se confirment un jour, ne seraient de toute façon pas suffisantes pour remplir le carnet de commandes du site, avant tout dimensionné pour les grands paquebots. Le fait qu'elles aient été évoquées par Duk Soo Kang devant Nicolas Sarkozy semble en revanche démontrer que STX, en plus du segment des navires de croisière, se montre aussi très intéressé par l'activité militaire. Le groupe sud-coréen a, d'ailleurs, développé un concept de grosse corvette dont les lignes ne sont pas sans rappeler celles des type 130 construites par TKMS pour la marine allemande.

Chantiers de l'Atlantique | Toute l'actualité des chantiers de Saint-Nazaire