Formation et Emploi

Interview

Interview: Anne Le Page, directrice de La Touline

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Cela fait 25 ans que l'association brestoise La Touline accompagne les marins dans leur formation et leurs recherches d'emplois. Désormais présente au niveau national, La Touline s'investit à tous les niveaux : de l'orientation des jeunes et moins jeunes à la validations des acquis de l'expérience, de l'accompagnement professionnel à la promotion des métiers de la mer. Anne Le Page, directrice de La Touline, fait le point sur le bilan et l'avenir de cet indispensable acteur du monde maritime.

 

MER ET MARINE : Depuis 25 ans, l’association La Touline accompagne les gens de mer dans leur formation et leur parcours professionnel. Quel bilan tirez vous de cette action ?

ANNE LE PAGE: Je dirai d’abord qu’il y a des choses qui ne changent pas, au premier rang desquelles les valeurs qui nous guident et je crois qu’il est bien de les rappeler : la simplicité, l’écoute, la bienveillance, l’entraide, la réactivité. Et ce sont elles qui, depuis 25 ans, nous permettent d’avoir la confiance de nos adhérents.

Notre public, lui, est bien différent de celui de 1989. D’une association d’entraide entre navigants pour la recherche d’embarquements, nous sommes devenus une enceinte qui accompagne un public très large : de l’orientation du collégien ou lycéen à la recherche du premier emploi, de l’accompagnement à la formation d’un adulte en reconversion ou l’aide au retour à l’emploi… nous avons désormais de très nombreux profils qui ne se limitent plus aux seuls navigants puisque nous travaillons désormais avec des partenaires « terriens » tels Bretagne Pôle Naval : les emplois en mer et ceux de l’industrie navale à terre ont beaucoup en commun et peuvent se nourrir des échanges de compétences.

 

Vous évoquez vos partenaires, qui sont aussi bien institutionnels, comme la région Bretagne avec qui vous venez de signer une convention triannuelle, que professionnels comme Bretagne Pôle Naval...

Nos partenaires nous sont indispensables parce qu’ils sont à l’origine de cette alchimie qui nous permet d’ouvrir les perspectives d’emploi, de découvrir de nouvelles opportunités pour nos adhérents, d’imaginer des passerelles et des nouveaux parcours professionnels que nous pouvons, grâce à ces partenariats, bien accompagner. Le fait d’avoir des partenaires comme BPN nous apporte une forte reconnaissance dans le milieu maritime.

De même la convention signée avec la région Bretagne, qui nous dote de 80.000 euros pour les trois prochaines années, est une véritable bouffée d’oxygène pour notre petite structure (4 employés et 10 bénévoles à Brest, Lorient, Nantes et Marseille), comme l’est notre partenariat avec le Conseil général du Finistère. Ce type d’aide nous permet de pouvoir être à 100% sur notre action.  Et de la péréniser.

Une vision à long terme, qui  vous est devenue indispensable ?

La Touline n’est pas une « agence de placement et de recrutement », au sens de la convention internationale MLC  sur le droit du travail en mer. Nous sommes devenus une boîte à outils : orientation, évaluation, information, rencontre avec les professionnels, aide sur les outils à la recherche d’emplois, tout ce qui est nécessaire à un accompagnement individualisé,  pour lequel nous avons une convention avec Pôle Emploi, et qui est indispensable dans le milieu maritime en raison de la complexité de la réglementation. Et cela nécessite forcément du temps.

 

Vous renforcez beaucoup votre présence dans le cadre de l’orientation vers les carrières maritimes ?

Une de nos priorités est d’intervenir le plus en amont dans l’accompagnement professionnel : d’abord par une forte présence auprès des jeunes dans les salons étudiants, les Olympiades des métiers… Un meilleur diagnostic des désirs professionnels, des compétences et du savoir-être permet de mieux orienter.

Nous menons parallèlement des actions de sensibilisation aux métiers maritimes : avec la mairie de Marseille, nous accompagnons par exemple des jeunes des quartiers Nord qui découvrent des métiers navals dans le cadre de travaux menés sur le Grand Port Maritime.

 

Et pour la formation continue, la promotion sociale fonctionne-t-elle encore dans les métiers maritimes ?

Nous avons effectué 145 VAE (validation des acquis de l’expérience), et seules deux ont été, au bout du compte, infructueuses. C’est un outil qui nécessite de l’investissement et du suivi mais qui est adapté aux métiers de la mer et permet, notamment, de répondre au problème des dérogations : les marins qui s’engagent dans une VAE peuvent à la fois continuer de naviguer et régulariser leur situation.  Le bouche-à-oreille fonctionne bien : en Pays de la Loire nous avons  des accords avec la Région, le Comité des Pêches, le Conseil général de Loire Atlantique et les services de l’Etat, nous sommes également sollicités en Bretagne, nous avons suivi des dossiers pour des chefs mécaniciens chez Bourbon et des capitaines 200 pour la Douane en région Provence Alpes Côtes d’Azur… 

 

Pour les formations initiales, notamment les jeunes qui sortent des écoles ?

Nous avons toujours un gros problème sur la validation des temps de navigation nécessaires à l’obtention du brevet, notamment sur les chefs de quart mécanicien, les mécaniciens 750kW, les capitaines 200 et les chefs de quarts passerelle.  Il y a bien sûr le problème de la crise qui ralentit le marché du travail et qui favorise moins l’embarquement d’élèves. Mais il y a aussi des problèmes réglementaires et des exigences qui ne correspondent à aucune réalité. 

Pour les élèves de la filière polyvalente de l’Ecole Nationale Supérieure Maritime, le problème existe toujours.  Cette année, nous avons trouvé 57 embarquements, dont 6 sous pavillon étranger et 15 sur les bâtiments écoles de la Marine Nationale.

 

Quels sont les défis qui vous attendent dans les prochains temps, toujours marqués par un marché de l’emploi difficile ?

Outre nos dossiers habituels, un sujet nous préoccupe particulièrement : celui de la mise en place, d’ici 2017, de la convention STCW 2010. Celle-ci va impliquer la revalidation, pour l’ensemble des marins de commerce, de l’ensemble de leurs brevets. Les armements anticipent déjà ces obligations réglementaires. Mais quid des demandeurs d’emploi ? Y aura-t-il des sessions de formation ? Il risque d’y avoir de la casse...

 

Propos recueillis par Caroline BRITZ © Mer et Marine, juillet 2014

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