Marine Marchande
Interview : Christian Lefèvre, directeur général de Bourbon

Interview

Interview : Christian Lefèvre, directeur général de Bourbon

Marine Marchande
A l'occasion de l'annonce des résultats annuels de Bourbon, Christian Lefèvre, directeur général du groupe, revient sur le bilan du programme Bourbon 2015 ainsi que sur les perspectives et la nouvelle approche des années à venir. 
 
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MER ET MARINE : 2013 a été une année charnière pour Bourbon : l’avant dernière du plan Bourbon 2015, qui a vu, ces dix dernières années, des commandes massives de navires standardisés et celle de l’annonce du projet « Transforming for Beyond », qui prépare la stratégie d’après 2015 et qui prévoit notamment la vente d’un tiers de la flotte, réaffrétée coque nue, à des investisseurs financiers. Quel en est le bilan ?
 
 
CHRISTIAN LEFEVRE : L’année 2013 a été une année satisfaisante. Avec un chiffre d’affaires de 1.3 milliards d’euros et un résultat net de 115 millions d’euros, nous pouvons désormais nous considérer comme un des leaders mondiaux du secteur des services à l’offshore. Nous arrivons effectivement à une période de transition en termes de stratégie. Après avoir beaucoup investit dans les navires, ce qui nous a permis de constituer une flotte de 485 navires avec une moyenne d’âge de 6,2 ans, nous allons désormais adopter une nouvelle approche du marché. Nous avons encore 52 navires en commande, la majorité des livraisons (crewboats, PSV Liberty 150 et AHTS Liberty 200 notamment) se fera en 2014, les dernières en 2015. Après nous commanderons selon les demandes et des besoins que nous spécifieront nos clients. 
Nous allons vers la maturation de notre business et nous allons donc nous focaliser sur la performance (en matière de sécurité, de disponibilité technique de nos navires, etc..) et l’excellence opérationnelle, de même que la rentabilité de nos opérations. 
 
 
Sur quelles zones géographiques êtes- vous actuellement présents ? L’Afrique de l’Ouest est-elle toujours votre principal marché ?
 
 
La côte ouest africaine est effectivement toujours notre zone principale, la moitié de nos navires destinés à l’offshore continental et profond y sont basés, près de 80% de nos crewboats et nous continuons à y affecter des navires neufs, en 2013 nous y avons placé neuf nouvelles unités. D’autres marchés sont cependant très dynamiques et nous y renforçons notre présence comme l’Asie du Sud-Est où nos Bourbon Liberty rencontrent un vif succès et nous avons amené une dizaine de nouveaux navires en 2013. Nous avons également une quarantaine de navires en zone Méditerranée- Moyen-Orient et Inde, ainsi que sept navires supply en mer du Nord. Nous sommes aussi présents sur le continent américain, notamment au Mexique, qui ouvre, cette année, des concessions aux acteurs privés, mais également aux Caraïbes et au Brésil. 
Globalement, je dirai que nous avons une flotte capable de répondre au plus grand marché du monde de l’offshore, qui se situe actuellement en zone subtropical, tant dans l’offshore continental que profond où nos PSV se révèlent bien adaptés aux nouvelles grosses unités de forage. Ce qui ne nous empêche pas de regarder vers d’autres latitudes.
 
 
Comme le grand Nord ou le grand Sud, à l’image de votre dernière commande d’un releveur d’ancre à capacité glace et de 270 tonnes de capacité de traction ?
 
 
En effet, cette commande fait partie de notre préparation de l’avenir et de l’accompagnement de nos clients vers l’exploration pétrolière dans des grandes profondeurs et  les hautes latitudes. Ce nouveau navire vient en remplacement de deux grosses unités AHTS de 230 tonnes que nous avons cédées puis réaffrétées coque nue. Le contrat d’affrètement arrivant à échéance dans les années à venir, nous voulions garder cette capacité d’intervention. Mais cela reste un marché de niche dans lequel il ne devrait pas y avoir de grandes commandes.
 
 
Bourbon possède actuellement une flotte de 18 navires IMR, dédiés à la maintenance offshore. Comment se porte ce marché ?
 
 
Il se porte très bien. Nos Bourbon Evolution 800 remportent un grand succès que ce soit en Afrique de l’Ouest ou en Asie du Sud Est. Un d’entre eux s’est récemment illustré en effectuant des réparations sur des conduites de l’usine Vale en Nouvelle Calédonie. Sur les 7 que nous avons encore en commande, 3 sont déjà réservés. Le Subsea est un marché dont nous attendons beaucoup.
 
 
On vous a vu intervenir sur le marché de l’éolien offshore, vous placer dans le support des navires sismiques. Avez-vous l’intention de renforcer ces segments et de vous diversifier davantage dans la logistique maritime, en allant vers des segments comme les flottel ou les navires support de plongée ?
 
 
En ce qui concerne l’hébergement de personnel et le support de plongée, ce sont des activités que nous faisons déjà, notamment à bord des Bourbon Evolution 800 qui ont les équipements nécessaires et une capacité de couchage de 100 lits. Mais c’est une activité que nous étudions très sérieusement.
Pour l’éolien offshore, nous avons travaillé sur plusieurs champs européens : l’éolienne flottante Winfloat au Portugal, des travaux d’ensouillage en Allemagne et au Royaume-Uni. A chaque fois que cela s’est présenté, nous avons répondu aux appels d’offres : nos équipes se sont révélées très qualifiées pour ces travaux et nos navires subsea bien adaptés, le Bourbon Enterprise a ainsi travaillé près de deux ans au large de l’Angleterre.  Nous n’irons cependant pas au-delà de ces marchés de ravitaillement, d’entretien ou d’ensouillage que nous connaissons : il a en effet été décidé il y a quelque temps que nous ne nous orienterons pas vers les navires de pose, de type jack-up. Nous essaierons donc de nous placer sur les marchés qui s’ouvriront et sommes déjà fortement intéressés par le futur marché français.
Pour la sismique, la construction des six navires dédiés au support est intervenue après que nous ayons remporté l’appel d’offres de CGG. Il y en aura d’autres et nous y répondrons. Mais conformément à notre logique, nous ne construirons que si nous remportons des appels d’offre de durée significative.
 
 
La piraterie continue à sévir sur plusieurs de vos zones de travail, quel en est l’impact sur vos activités ?
 
 
La zone d’intervention des attaques dans le golfe de Guinée, que nous avons initialement beaucoup connu au large du Nigeria, est actuellement en train de s’étendre. Le marché s’est donc organisé localement avec nos clients pétroliers : ceux-ci protègent leurs installations avec des patrouilleurs armés. Quand nos navires doivent regagner la côte, ils sont intégrés dans des convois protégés, avec un patrouilleur à l’avant et un autre à l’arrière.Pour la zone de l’océan Indien, nous avons systématiquement recours à des équipes de protection pour nos navires en transit, soit de la Marine nationale pour les bateaux français, soit de sociétés privés pour nos navires sous pavillon étranger.
 
 
Bourbon a longtemps été un des principaux recruteurs de navigants français, notamment ceux disposant de petits brevets issus de la pêche. Qu’en est-il actuellement ?
 
Nous continuons à recruter des officiers français, moins qu’avant il est vrai , pour nos navires supply et nos navires Subsea. En 2013, nous avons eu un programme d’embarquement d’environ 100 élèves stagiaires et 22 contrats professionnels pour les élèves officiers sortant de l’ENSM. Pour nos crewboats, nous recrutons aussi en France, notamment pour les bateaux les plus techniques. Notre ancrage local, notamment en Afrique, passe par la formation et le recrutement de marins locaux, nous avons donc désormais de plus en plus des patrons de crewboats africains. Mais nous avons toujours besoin de marins français, et notamment des gens issus de la pêche qui s’illustrent toujours par leurs capacités et leur polyvalence sur les crewboats. Ils sont à fois manœuvriers et mécaniciens. 
 
 
Les Abeilles International, qui arment les cinq remorqueurs affrétés par la Marine nationale sur le littoral, sont une filiale du groupe Bourbon. Que pensez-vous de la nécessité, régulièrement médiatisée, d’un remorqueur de sauvetage basé sur les côtes atlantiques de la France, en remplacement de l’Abeille Languedoc ? 
 
Il est évident que les dernières tempêtes dans le golfe de Gascogne ont marqué les esprits et qu’il serait probablement bien d’avoir une unité supplémentaire dans la zone. C’est à l’Etat, bien évidemment, de prendre la décision et, s’il le fait, il fera un appel d’offre auquel nous répondrons au travers de notre filiale les Abeilles. Nous avons en flotte des gros remorqueurs et supply qui pourraient sans doute convenir à cette mission.
 
 
Bourbon avait répondu à l’appel d’offre BSAH, visant à doter la Marine Nationale de moyens  de soutien hauturier. Celui-ci ayant été déclaré infructueux, restez-vous intéressé par ce type de marché ?
 
 
Nous avons beaucoup travaillé, pendant près de deux ans, sur ce dernier appel d’offre. Nous attendons désormais de savoir quelle solution la DGA va choisir : des moyens purement patrimoniaux ou partiellement affrétés. Nous y serons très attentifs.
 
 
Propos recueillis par Caroline BRITZ
 
 
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