Marine Marchande
Interview: C. Mathieu, président du directoire de Brittany Ferries
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Interview

Interview: C. Mathieu, président du directoire de Brittany Ferries

Marine Marchande

C’est officiel. Brittany Ferries et le fonds d'investissement britannique Columbia Threadneedle Investment ont officiellement racheté Condor Ferries, armement spécialisé dans la desserte des îles anglo-normandes, au départ de Saint-Malo et de l’Angleterre et jusqu’ici propriété de la banque australienne Macquarie. L’occasion de faire le point avec Christophe Mathieu, président du directoire de Brittany Ferries

MER ET MARINE : Avec Condor Ferries, vous disposez désormais d’une nouvelle filiale, de nouvelles lignes et de 400 nouveaux employés. Comment cela va-t-il s’organiser ?

CHRISTOPHE MATHIEU : Il faut d’abord préciser que Brittany Ferries possède 30% du capital de Condor Ferries à côté de Columbia Threadneedle Investment qui en a 70%. Condor Ferries va rester une entité autonome au sein de notre organisation, avec ses propres services supports basés à Poole, Portsmouth et Saint-Malo, sa propre planification, ses propres opérations marketing. Nous n’allons pas prendre en charge ni la superintendance de leurs navires ni la gestion de leurs équipages.

Dans une réflexion à moyen terme, nous allons évidemment réfléchir pour trouver des bonnes solutions pour le renouvellement des navires. Il faut imaginer que notre vision pour Condor Ferries est à 20 ans, donc cela laisse beaucoup de possibilités de faire évoluer les choses, non seulement les navires mais aussi les infrastructures portuaires de Jersey et Guernesey. Et bien entendu, nous allons mettre en place des coopérations techniques et opérationnelles. Nous allons regarder tous les points avec méthode et il y a sans doute des synergies à mettre en place pour les bases de données clients, celles de la maintenance. Mais on ne va pas fusionner les services.

Les îles anglo-normandes, desservies par les quatre bateaux de Condor Ferries, ne sont pas concernées par le Brexit ?

En effet, elles n’ont jamais fait partie de l’Union Européenne. En plus de la complémentarité géographique de nos lignes et de celles de Condor, cet aspect-là est également important dans le contexte actuel. Le Brexit reste une incertitude majeure pour notre entreprise, comme pour tout le secteur économique travaillant avec le Royaume-Uni. Il est donc important de consolider et de diversifier nos activités. Condor Ferries participe de cette logique, comme le lancement de notre projet de ferroutage entre Cherbourg et Bayonne.

Et les lignes irlandaises ?

Oui, nous misons aussi sur ce marché, notamment avec les rotations entre l’Irlande et l’Espagne. Il y a une forte demande de transport du côté irlandais, qui pourrait encore se renforcer après la mise en place effective du Brexit. Mais il faut être réaliste, l’Irlande c’est 6 millions d’habitants, le Royaume-Uni, 65 millions. C’est donc une diversification mais ce ne sera en aucun cas une compensation.

Nous ne savons pas encore comment va se dérouler le Brexit. Techniquement, nous sommes prêts. Mais ce que l’on ne peut pas encore quantifier, c’est l’impact néfaste que va avoir cette sortie, plus ou moins brutale, sur l’image et les rapports entre le Royaume-Uni et l’Europe continentale. Il serait dommage que l’on sorte de tout ce processus avec la création d’une hostilité collective, de part et d’autre de la Manche, qui découragerait les Britanniques de venir voyager en Europe. Il faut bien se rendre compte que nous ne sommes pas la seule destination de vacances. La concurrence est mondiale sur ce marché.

Le coronavirus crée actuellement une vague d’inquiétude collective, plus ou moins justifiée. En voyez-vous déjà les effets ?

Absolument. Mars et avril sont traditionnellement des mois de voyages d’étude pour les scolaires et nous voyons une très grande quantité d’annulations dans ces réservations. Il y a également un très fort ralentissement des réservations individuelles. Le fret n’est pas encore réellement impacté, mais il le sera sans doute aussi puisqu’il est corollaire du ralentissement industriel et des exportations. Plusieurs millions d’euros vont sans doute être perdus dans cette crise dont on espère qu’elle ralentira au printemps. Et que les réservations estivales qui ne sont pas prises pour le moment, le seront alors à ce moment-là.

Le coronavirus impacte également les chantiers chinois. Est-ce que vos deux navires Galicia et Salamanca en construction chez AVIC Weihai sont concernés ?

A priori, il n’y aura pas de retard de livraison. Le Galicia est même un peu en avance et nous sera remis, comme prévu, en août 2020. Le Salamanca est toujours attendu pour le printemps 2022.

On évoquait il y a quelques mois le remplacement du Bretagne par une unité neuve au GNL. Où en est-on de ce projet ?

Nous continuons à travailler dessus, bien sûr. Nous avons parfaitement conscience de l’âge de ce navire et de la nécessité de son remplacement. Mais dans ce contexte d’incertitude, et pour un tel investissement, nous avons encore besoin d’évaluer nos possibilités.

Propos recueillis par Caroline Britz, Mer et Marine, mars 2020

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