Construction Navale
Interview : Eric Breux, Directeur des Ressources Humaines de STX France

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Interview : Eric Breux, Directeur des Ressources Humaines de STX France

Construction Navale

Vendredi, en Comité d'Entreprise, un plan d'adaptation des effectifs et de départs volontaires a été présenté chez STX France. Face à la baisse d'activité et l'absence de commandes depuis mars 2007 dans le secteur de la croisière, la direction des chantiers de Saint-Nazaire souhaite supprimer 351 postes, sur un total de 2410 salariés.
Explications avec Eric Breux, Directeur des Ressources Humaines et de la Communication de STX France SA.
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Mer et Marine : Quelles sont les raisons qui ont poussé STX France à réduire ses effectifs ?

Eric Breux : Tout simplement la vision d'un chiffre d'affaires qui va passer d'un niveau qui était habituellement d'1.2 milliard d'euros à une visibilité, sur les années à venir, autour de 800 à 900 millions d'euros. De ce fait, il est indispensable pour nous de prévenir cette situation et de l'anticiper pour que l'adaptation de l'effectif soit faite, socialement, le plus élégamment possible.

En quoi consiste le plan de départs volontaires ?

Il propose à 351 personnes de saisir l'opportunité de partir dans le cadre d'un départ volontaire, c'est-à-dire d'un départ qui est souhaité par le salarié et non imposé par l'entreprise. Nous ne disons pas que tout le monde peut partir. Peuvent partir des personnes qui occupent des emplois dans des fonctions bien précises. Nous prenons garde à préserver les compétences qui font la richesse du site de Saint-Nazaire et permettront de redémarrer rapidement lorsque le marché va frémir. Nous préservons nos capacités d'études puisqu'il est important de pouvoir redémarrer rapidement s'il y a des commandes de prototypes. Nous allons protéger nos équipes projets et commerciales, car faut être sur le terrain et être présent sur tout ce qui bouge. Enfin nous allons préserver des spécificités techniques dans le domaine de la fabrication

Vous n'avez pas eu de commande de navire civil depuis mars 2007. Est-ce que ce plan de départs volontaires ce n'est pas, un peu, le début de la fin ?

Non, ce n'est pas du tout le début de la fin ! Nous sommes en train de renforcer les équipes commerciales et nous avons de premières touches dans le domaine de l'offshore. Nous sommes un nouvel entrant donc cela va prendre du temps, mais nous sommes confiants sur la capacité de pérenniser l'activité de construction navale sur Saint-Nazaire, avec un métier qui ne serait plus uniquement centré sur le navire à passagers. En effet, nous devons aussi faire face au fait que, d'une moyenne jusqu'ici de 2.5 navires à passagers, Saint-Nazaire ne va plus construire, en moyenne, qu'1.5 navire par an.

Si personne ne veut partir ou si peu de candidats se montrent intéressés, licencierez-vous ?

Si personne ne veut partir, tout le monde reste. Il n'y aura donc pas de licenciement

Pensez-vous que les personnels seront intéressés par votre projet ?

Nous parions sur la mise en place d'un plan de départs volontaires suffisamment attractif pour inciter les personnes qui ont envie de faire des projets. On connaît tous, autour de nous, des gens qui ont envie de changer de métier. A nous de trouver les bons arguments et les bonnes aides, en termes de conseils, ainsi que les incitations financières pour qu'ils aient envie de le faire et réalisent avec succès leurs projets.

Début novembre, vous avez signé avec quatre syndicats un accord sur le chômage partiel. Vous vous êtes notamment engagés à ne pas licencier jusqu'au 30 juin. Après cette date, si la situation de s'améliore pas, des licenciements ne sont pas à exclure...

Rien n'est jamais exclu nulle part. Nous avons pris un engagement jusqu'au 30 juin puisque la visibilité sur la sous-charge nous permettait de le faire. Après, j'espère que d'ici là nous allons prendre de nouvelles commandes et que nous pourront fêter cela.

DCNS recrute beaucoup actuellement, notamment sur les métiers de la production, comme des soudeurs ou des charpentiers métaux. Vous n'avez pas peur d'en perdre un peu trop si, en plus des gens concernés par le PDV, d'autres préfèrent aller dans le naval militaire, où la visibilité est meilleure ?

DCNS recrute effectivement et nous avons des postes de soudeurs et de charpentiers métaux qui sont ouverts au plan de départs volontaires. Vous n'êtes pas sans savoir que nous avons fait des opérations de redéploiements. Cela nous a aidé, durant les périodes de sous-charge, à fournir du travail à nos collaborateurs, en les détachant notamment chez DCNS. Cela continue et, si avec la période de sous-charge que nous connaissons, des personnes profitent du plan de départs volontaires pour aller travailler chez DCNS de manière durable, je trouve que socialement c'est bien. En effet, ce que nous leur proposons c'est de partir travailler chez eux en CDI et, en plus, de toucher de l'argent. C'est ça un plan de départs volontaires réussi.

Et le rapprochement avec DCNS, toujours pas d'actualité ?

Non, ce n'est pas d'actualité...

Comment l'Etat, qui est votre second actionnaire après STX, peut-il vous aider ?

L'Etat a déjà aidé en montant dans notre capital avec une injection d'argent il y a à peu près un an. L'Etat nous aide avec le BPC 3 (bâtiment de projection et de commandement commandé en avril dernier au titre du plan de relance de l'économie, ndlr). Actuellement, nous sommes toujours en discussions avec l'armateur MSC et l'Etat nous aide énormément pour essayer de conclure le meilleur montage financier acceptable par notre client. Bercy fait le maximum et on nous aide fortement au plus haut niveau.

Est-ce que l'Etat peut également influer sur Total, ou Technip puisque ces groupes français ont des projets dans le domaine de l'offshore, sur lesquels vous vous positionnez ?

Lorsque l'on est un nouvel entrant dans un métier, il faut d'abord faire ses preuves soi-même, ce que nous sommes en train de faire. Cela prend du temps. Au début, ce sont de petits contrats d'études et une fois qu'on a gagné la confiance du client, il est vrai que le lobbying, tel qu'il existe dans tous les métiers, va agir. Mais au départ, il faut être un vrai joueur autour de la table. Si on n'est pas autour de la table, les pistons ne servent à rien.
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Propos recueillis à Saint-Nazaire par Vincent Groizeleau