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Interview : Georges Tourret, administrateur général des affaires maritimes

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Interview : Georges Tourret, administrateur général des affaires maritimes

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C'est aujourd'hui qu'ouvre à Nantes la nouvelle école des affaires maritimes. Regroupant sur un seul site les formations des officiers et agents de de cette administration, l'établissement s'est installé dans les locaux de l'école de la Marine marchande. Pourquoi cette implantation à Nantes ? Comment les formations ont évolué ? Que va proposer l'école ? Pour en savoir plus, nous avons interrogé Georges Tourret, président de l'association des administrateurs des affaires maritimes.
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MER et MARINE : Vous êtes administrateur général des affaires maritimes, maintenant du cadre de réserve, et vous avez été formé comme tous ceux de ce corps d'officiers de la Marine à l'École de Bordeaux. Sa fermeture en juin dernier ne vous a-t-elle pas fait un pincement au coeur ?

GEORGES TOURRET : Aucun, et ce pour deux raisons. La première est que l'École d'administration des affaires maritimes (EAAM), grande école militaire, était certes installée à Bordeaux depuis de longues décennies, en fait depuis 1965, mais elle l'était auparavant à Saint-Servan, et avant encore à Nantes où elle revient maintenant en cette fin septembre. Elle est comme un bâtiment qui a changé de port d'attache, mais qui n'a pas été désarmé et est loin de l'être. Le 7 mai, dernier, à l'initiative de l'Association des administrateurs des affaires maritimes que je préside et de conserve avec l'Amicale des officiers du corps technique et administratif des affaires maritimes, nous avons rentré les couleurs sur ce site de Bordeaux qui a abrité la formation de la plupart d'entre nous, mais sans un brin de nostalgie, car s'il fallait faire dignement nos adieux à ce cadre. La refonte en cours des formations du personnel d'encadrement des administrations maritimes de notre pays est un enjeu de taille et sa réussite mobilise toute les énergies.

Et la deuxième raison ?

Elle tient à la nature même de la formation des AAM. Certes, elle comprend une partie théorique, minime par rapport au bagage universitaire (maitrise ou équivalent) demandé pour pouvoir se présenter aux concours, mais l'essentiel est ailleurs. Il est dans les stages, les embarquements, les travaux personnels qui constituent le principal de la formation. Ma formation doit tout autant à ces officiers, civils et militaires, qui, dans les années 60, ont concouru, à mon amarinage et à ces cadres administratifs ou d'entreprises qui ont éclairé le jeune officier que j'étais dans son parcours à venir, qu'à l'encadrement de l'EAAM lui même. Quelque soit sa position dans le monde maritime, quand on est "pro" on est toujours un peu "prof", c'est comme ça. Quelques noms surgissent de cette cohorte, Pierre BÉRARD (CLC et AAM), Robert BOLOPION (administrateur général), Albert PERCIER (océanographe), BRAC de la PERRIÈRE (OM), Nicolas BOYADJIS (directeur commercial à la CN DAHER), Yves ROCQUEMONT (ingénieur de l'armement) et surtout Pierre LÉONARD (directeur de la flotte de commerce) ... et j'en oublie beaucoup encore. Autrement dit c'est l'expression même « formé à Bordeaux » qui manque de sens et il en ira de même à Nantes. Un AAM n'est pas formé univoquement quelque part, il l'est tout autant par tous ceux qui sur leurs lieux de travail, à terre et en mer, ont accepté de consacrer du temps à cette fonction de mentor.

Et Nantes, alors... ?

Le site de Bordeaux n'était plus assez maritime et pour tout dire, il courait sur son erre. D'autres réimplantations étaient concevables (Brest notamment), mais Nantes est sûrement un choix convenable. L'EAAM et les autres entités regroupées au sein du Groupe écoles des affaires maritimes, s'y installent sur un campus, un enclos universitaire, voué aux formations maritimes, et où sont également implantés l'établissement nantais de l'Ecole nationale supérieure d'enseignement maritime et des formations maritimes de l'Université de Nantes. Il faut saluer Damien CAZÉ, directeur des affaires maritimes en poste au moment de la décision de transfert, d'avoir finalement arbitré pour une installation matérielle pas trop restreinte, en dépit des contraintes budgétaires du moment, mais qui reste à améliorer. Au-delà un tissu universitaire, scientifique et technique de premier plan est à disposition à proximité en Basse Loire. On le voit bien dans le choix des orateurs de la leçon inaugurale prononcée ce 24 septembre pour l'inauguration du nouveau site : un universitaire nantais reconnu, Patrick GUILLOTREAU, coordinateur de l'ouvrage MARE ECONOMICUM et animateur actif d'un des groupe de travail du Grenelle de la mer d'une part et d'autre part le directeur de l'Institut supérieur d'économie maritime de Saint-Nazaire.

Combien de cadres sont-ils formés dans ce groupe d'école des affaires maritimes et que vont-ils devenir ?

Cette année, on devrait compter entre les première et deuxième années, 18 administrateurs des affaires maritimes, 12 officiers du corps technique des affaires maritimes et 7 inspecteurs branche technique des affaires maritimes. Mais peut-on se contenter de dire qu'ils seront formés à Nantes ? C'est vrai et faux à la fois tant les stages d'ouverture extérieure sont nombreux et variés. Ils rejoindront ensuite leurs premières affectations dans les Directions interrégionale de la mer, les Délégations départementales à la mer et au littoral, les administrations centrales compétentes en matière maritime, les centres opérationnels de surveillance et de sauvetage, les centres de sécurité des navires, les établissements de l'enseignement maritime supérieur, etc. La demande pour ce type de cadres reste forte. L'ouverture est grande et pour bon nombre d'entre eux bien d'autres affectations suivront et ne se ressembleront pas. Ceci motive l'extrême polyvalence de leur formation et à cet égard le choix de Nantes est vraiment intéressant. Et puis d'autres quitteront aussi les affaires maritimes en cours de carrière pour intégrer les grands corps de l'État ou le monde de l'entreprise, mais pour la plupart sans jamais tout à fait lâcher de vue le vaste monde de la mer. Il ne m'appartient pas de pronostiquer l'avenir de tous ces jeunes gens, mais si je me réfère à mon cas personnel et si j'y ajoute ce que je sais de la carrière de la plupart de mes camarades AAM, c'est grâce à la polyvalence de la formation qu'il est possible de répondre à une demande de cadres capables d'appréhender la complexité et l'interactivité du monde maritime et de s'enrichir de poste en poste.