Marine Marchande
Interview : Jacques de Chateauvieux, Président-Directeur Général de BOURBON

Interview

Interview : Jacques de Chateauvieux, Président-Directeur Général de BOURBON

Marine Marchande

(Interview diffusée le 26 juin mais non envoyée dans la Newsletter) BOURBON a annoncé le 25 juin son nouveau plan stratégique, qui vise à porter sa flotte à 600 navires d'ici 2015. Le groupe maritime français, qui disposait de 357 navires offshore fin 2009, vise la place de leader mondial des services maritimes à l'offshore pétrolier. Pour cela, BOURBON lance un plan d'investissement de 2 milliards de dollars, qu'il financera notamment avec la vente de 16 vraquiers détenus en propre. Dans cette interview accordée à Mer et Marine, Jacques de Chateauvieux, Président Directeur Général de BOURBON, revient sur les détails de ce nouveau plan stratégique.

Quel sont les objectifs de ce nouveau plan stratégique ?

L'idée est de nous focaliser sur le développement de l'offshore en investissant 2 milliards de dollars dans deux directions. La première est d'accompagner la croissance dans l'offshore profond, avec des navires de types supply et IMR (Inspection, Maintenance et Réparations, ndlr). Dans le même temps, nous voulons continuer de proposer des navires récents et performants pour remplacer les bateaux vieux et obsolètes qui sont actuellement exploités dans l'offshore continental.
La flotte de BOURBON, en 2015, sera de 600 navires. Nous aurons ainsi pris livraison dans le cadre du plan BOURBON 2015 de 80 supply et 64 crew boats supplémentaires. Nos effectifs augmenteront en conséquence de 5000 personnes, pour passer à 12.000 collaborateurs en 2015.

Quels sont vos objectifs de croissance ?

Ces 7 dernières années, le taux de croissance moyen de l'offshore a été de 28% par an. Sur 2011-2015, nous tablons sur un taux de croissance moyen de 17% par an.

La croissance sera donc moins importante dans les prochaines années ?

En effet ; néanmoins, nous avons de plus en plus de navires en flotte, il est mécaniquement difficile de réaliser les mêmes performances. En revanche, nous renforçons nos objectifs d'amélioration de rentabilité, avec un EBITDA sur chiffre d'affaires de 45%, contre 40% actuellement, et un EBITDA sur capitaux engagés de 20%, contre 18%. En même temps que BOURBON investit pour faire baisser les coûts des clients, nous allons améliorer nos performances. Nous allons, d'ailleurs, communiquer au marché deux nouveaux indicateurs. Tout d'abord, le taux de disponibilité de la flotte. L'objectif est que ce taux de disponibilité soit supérieur à 95% d'ici 2015. L'autre indicateur porte sur la baisse de nos coûts, en partant d'un indice 100 en 2010. En euro constant, nous nous fixons pour objectif de réduire l'indice de nos coûts de 4% d'ici 2015.

L'économie mondiale a traversé une période très difficile. Durant la crise, avez-vous senti une pression de la part de vos actionnaires ?

Non, il n'y a pas eu de pression particulière. Les actionnaires sont au fait de notre stratégie et de ce qu'on peut en attendre. Notre stratégie BOURBON 2015 sera d'ailleurs particulièrement créatrice de valeur pour les actionnaires. Nous avons un objectif de distribution de dividendes à hauteur de 40% des bénéfices consolidés. Dès 2013, la société dégagera des cash flows libres et l'endettement diminuera, les dividendes prévisibles étant en relation avec l'augmentation des résultats.

Comment allez-vous financer votre nouveau plan d'investissement ?

Tout d'abord en réalisant un plan de cessions d'actifs de 500 millions d'euros en 2010. Nous cédons 16 navires dans le vrac, ainsi que certaines activités non stratégiques. Dans le même temps, nous allons changer de mode de paiement au chantier pour nos navires neufs. Ainsi, nous paierons à l'avenir 75% des bateaux à la livraison, ce qui va considérablement réduire nos besoins financiers pendant la période de construction.
Nous avons également négocié et obtenu un prêt de 400 millions de dollars, sur 12 ans, auprès de China Exim Bank.

Pourquoi une banque chinoise et pas européenne ?

Parce que c'est en Chine que se trouve aujourd'hui le plus de liquidités et que cette banque a un intérêt commercial et stratégique à soutenir les chantiers chinois, dans lesquels nous passons d'importantes commandes. Ainsi, dans le cadre du nouveau plan stratégique, nous avons signé un accord avec Sinopacific pour la réalisation de 62 navires destinés à l'offshore continental. Cela représente un investissement de 1 milliard de dollars.

Vous parlez de cession de 16 de vos vraquiers en propriété. Est-ce le « début de la fin » de l'activité vrac chez BOURBON ?

Nous cédons en effet tous les navires, à l'exception du cimentier Endeavor. Pour ce navire, exploité pour Lafarge, nous avons un contrat à long terme. Il est adapté et nous n'allons évidemment pas le vendre. Pour le reste, nous allons poursuivre cette activité au travers de navires affrétés. Les vraquiers peuvent s'acheter et se vendre facilement. Le développement de notre flotte en propriété ces dernières années a contribué à l'augmentation de notre EBITDA. Aujourd'hui, nous nous désengageons car nous avons à financer un plan fortement créateur de valeur dans l'Offshore. Dans la continuité des forts investissements des plans précédents, 2003-2007 et Horizon 2012. Aujourd'hui, nous mettons les moyens pour transformer l'essai dans l'offshore. Il était donc nécessaire de générer des fonds propres. Actuellement, les vraquiers peuvent être valorisés de façon satisfaisante, car le marché s'est redressé et les perspectives sont intéressantes. Il n'est pas question, à ce stade, d'abandonner le Vrac mais, comme vous le savez, chez BOURBON, nous sommes pragmatiques et nous avons saisi une opportunité.

Revenons à l'Offshore. Parmi les nouveaux navires que vous commandez, certains le seront-ils en France. Allais et Piriou réalisent pour vous des crew boats, les fameux Surfers, mais on pense aussi à Socarenam, qui a livré ces derniers mois deux gros bateaux IMR, les Bourbon Enterprise et Bourbon Supporter ?

Il y aura certainement des navires de transport de personnels construits en France. Sur les autres types de navires, c'est possible. Nous procéderons par appels d'offres.

Dans les nouvelles unités que vous prévoyez dans ce plan stratégique, y a-t-il de nouveaux types de navires ?

Oui. Nous avons notamment examiné le marché des « utility boats », c'est-à-dire des navires d'entrée de gamme d'une puissance inférieure à 4000 cv et d'une traction au point fixe inférieure à 60 tonnes. Nous avons constaté que la flotte en service était très importante, avec environ 400 navires, et très âgée avec80% de navires de plus de 25 ans. Les études ont montré que les clients souhaitaient un renouvellement. C'est pourquoi nous avons conçu une nouvelle série de navires adaptée à ce marché, les Bourbon Liberty 010, et nous en avons commandé 20 exemplaires.
Nous proposons également des évolutions sur notre gamme Bourbon Liberty, qui a remportée un franc succès avec la série des Liberty 100 (Plateform Supply Vessel - PSV) et Liberty 200 (Anchor Handling Tug Vessel - AHTS). Nous proposons désormais le Bourbon Liberty 100L et le Bourbon Liberty 300, qui offrent des capacités optimisées et plus importantes.

Avec son nouveau plan stratégique, BOURBON ambitionne le leadership mondial dans les services à l'offshore pétrolier et gazier ?

Notre objectif est d'abord de servir avec une gamme complète de navires nos clients les plus exigeants. Nous voulons leur apporter les bateaux dont ils ont besoin. Dans le même temps, il est vrai qu'avec 600 navires en 2015, si nous ne sommes pas leaders, nous n'en serons pas loin...

Au niveau des ressources humaines, ce nouvel accroissement significatif de la flotte est un véritable enjeu. Après votre précédent plan, Horizon 2012, c'est encore un gros morceau qui va nécessiter le recrutement de plusieurs milliers de personnes supplémentaires. Les compétences, sur le marché, vont-elles se trouver si facilement, notamment au niveau des équipages ?

Notre nouveau plan stratégique BOURBON 2015 va nécessiter le recrutement de 5000 nouveaux collaborateurs. Nous allons poursuivre notre stratégie de formation et de qualification des personnels. C'est vrai que c'est un challenge important mais nous avons montré, par le passé, que nous avions les moyens de relever. Je rappelle que nous n'étions que 900 en 2002 et que BOURBON compte, aujourd'hui, 7000 collaborateurs.

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