Construction Navale

Interview

Interview : Mark Jan Van den Akker, directeur de Damen Dunkerque

Construction Navale

Conversion de navires, assemblage d'éoliennes, constructions neuves... Mark Jan Van des Akker a de nombreux projets pour le chantier Damen Dunkerque dont il est devenu le directeur. Il revient sur ces différents points, ainsi que sur le positionnement du chantier dunkerquois au sein du très grand groupe néerlandais.

 

MER ET MARINE : Le groupe Damen a deux sites en France, un à Brest, l’autre à Dunkerque. Quelle est la stratégie ? Concurrence ou complémentarité ?

MARK JAN VAN DEN AKKER :  La philosophie du groupe, ce n’est pas celle de la concurrence. Chaque chantier a une situation différente, que ce soit financière - ici à Dunkerque nous payons un loyer, alors qu’aux Pays-Bas les chantiers sont propriétaires de leurs infrastructures - ou géographique. Sur notre région, si nous avons un navire en réparation, il peut aller soit à Damen Dunkerque, soit à Vlissingen, soit à Rotterdam, soit à Amsterdam. Le groupe a une politique commerciale commune, donc nous sommes plutôt dans la complémentarité. Mais ce qui ne nous empêche pas d’avoir chacun notre propre équipe, qui va démarcher les clients et proposer des offres correspondant à notre identité et savoir-faire local.

Dunkerque est un très grand site, avec trois cales dont la plus grande à 300 mètres, un dock flottant rénové et beaucoup de linéaires de quai. Comment souhaitez-vous utiliser ces infrastructures ?

Nous avons en effet de très belles possibilités dans ce chantier. Pour la réparation, mais aussi, pourquoi pas, pour de l’assemblage de modules, de la conversion de navires ou même de la construction neuve. Nous disposons de 22000 m2 d’ateliers couverts avec un pont roulant de 2x60 tonnes. Ce sont, pour moi, les infrastructures idéales pour faire de l’assemblage.

Nous avons, dans le groupe Damen, beaucoup de savoir-faire et de capacités industrielles. Par exemple, nous avons un chantier spécialisé dans le composite en Turquie. Nous pouvons très bien imaginer travailler avec lui pour proposer des designs reposants sur une coque avec des superstructures en composite, que nous assemblons ici. J’aimerais que nous puissions davantage profiter de toutes ces synergies offertes par le groupe, tant dans la R&D que dans les effets de série.

Pour viser quel marché ?

Tout nous intéresse. Mais dans le cas évoqué, impliquant des structures en composite, nous pourrions nous positionner sur tous types de navire de servitude : pilotines, vedette de sauvetage.  Nous regardons attentivement le marché des énergies marines renouvelables. Nous avons des modèles maison de navires de maintenance et Dunkerque, en raison de la taille du chantier, peut aussi être un endroit idéal pour l’assemblage des turbines.

Il y a aussi tous les secteurs que nous connaissons bien dans le groupe et qui correspondent à des besoins locaux. Je pense par exemple aux dragues, qui sont véritablement dans l’ADN de Damen. Mais tout nous intéresse : nous avons les architectes, les équipements et surtout nous savons travailler l’acier. Donc tout ce qui comporte de l’acier nous intéresse !

Vous évoquiez les conversions de navires ?

Il est évident que c’est une piste importante pour notre chantier. Le marché de la propulsion GNL est sans doute le plus significatif. On va assister à des retrofits de plus en plus nombreux pour adapter la propulsion des navires aux contraintes environnementales. Donc c’est quelque chose sur lequel nous voulons fortement nous positionner, ainsi que sur les marchés de l’installation de scrubbers pour lequel nous avons développé toute une gamme de produits adaptables à chaque type de bateau.

Vous êtes dans une ville très fortement marquée par son histoire maritime. Cette culture locale doit être un atout pour vous ?

Absolument. Nous employons 150 personnes ici et nous savons que cette main d’œuvre est très qualifiée. Nous avons d’excellents rapports avec les autorités, les élus et le port, tout le monde est très impliqué dans l’accompagnement des activités industrielles en général et de la nôtre en particulier. C’est pourquoi nous voulons continuer à développer notre activité, tout en continuant nos marchés traditionnels de la réparation navale, et notamment des ferries. Il faut développer des solutions originales, qui seront celles qui nous permettront de résister à la concurrence des chantiers est-européens.

_____________________________________________________

Propos recueillis par Caroline Britz, © Mer et Marine, octobre 2017

Damen