Marine Marchande
Interview : Rodolphe Saadé, directeur général délégué de CMA CGM

Interview

Interview : Rodolphe Saadé, directeur général délégué de CMA CGM

Marine Marchande

CMA CGM a officialisé vendredi l'entrée dans son capital de Yildirim. Le groupe turc va prendre 20% de la compagnie française, un investissement du FSI étant toujours d'actualité. Même si les discussions se poursuivent sur une évolution de la gouvernance de la compagnie française, numéro 3 mondial du transport maritime conteneurisé, la famille Saadé garde la haute main sur le groupe, dont elle détient encore 80%. Après une période très difficile suite à la crise financière et économique, CMA CGM consolide donc sa structure financière, au moment où le groupe français bénéficie à plein de la reprise des échanges commerciaux.
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MER ET MARINE : Le choix d'un partenaire a été assez long. Pourquoi Yildirim ?

RODOLPHE SAADE : Nous avons pris le temps de trouver un partenaire avec qui le groupe et la famille souhaitaient bâtir l'avenir. C'est un processus long. Un peu comme un mariage, on ne trouve pas un partenaire avec lequel passer un long moment au coin de la rue. Il faut d'abord apprendre à se connaître. Nous pensons que nous partageons les mêmes valeurs. Comme CMA CGM, Yildirim est un groupe familial, structuré autour de trois frères basés en Turquie. De plus, le groupe Yildirim a une connaissance du métier car il exploite des terminaux en Turquie et a une importante activité à l'international.

Comment se traduit l'arrivée de ce nouveau partenaire ?

Yildirim investit 500 millions de dollars, sous la forme d'une souscription d'Obligations Remboursables en Actions lui donnant 20% du capital. De plus, il disposera de trois membres au Conseil d'administration de CMA CGM, qui en compte dix au total. La famille Saadé reste donc majoritaire dans le capital et en droits de vote.

Yildirim s'engage sur une durée de 5 ans. Au bout de cette période, CMA CGM peut-il récupérer ses parts au cas où son nouveau partenaire déciderait de partir ?

Si nous souhaitions nous séparer, nous avons la possibilité de le faire par le biais d'actions. En effet, nous avons, à ce moment là, la possibilité de déclencher une cotation en bourse.

Le Fonds Stratégique d'Investissement est-il toujours intéressé par votre groupe ?

Nous sommes en pourparlers avec le FSI, qui pourrait investir 150 millions de dollars. Les discussions progressent et nous souhaitons que le FSI puisse entrer au capital en prenant une participation minoritaire. Nous espérons que cela puisse se faire d'ici la fin de l'année.

L'entrée dans le capital de ces nouveaux investisseurs va-t-il modifier la gouvernance ? Jacques Saadé restera-t-il aux commandes ?

La gouvernance est un sujet central. Il faut prendre le temps pour déterminer la manière dont on peut réorganiser le groupe. Il est évident que Jacques Saadé, fondateur et président du Conseil d'administration de CMA CGM, souhaite jouer un rôle plus qu'actif dans la société. Nous espérons annoncer la nouvelle organisation dans les prochaines semaines.

Où en sont vos discussions avec les banques et comptez vous maintenir le planning de livraison de vos navires ?

Nous avons quasiment finalisé les discussions avec notre pool bancaire et le résultat sera très positif. Nos banques nous ont beaucoup aidé à mettre en place un accord et elles ont été à nos côté pour aider CMA CGM à se développer.
Concernant les navires, le carnet de commandes du groupe n'est pas modifié. Nous prendrons livraison de tous les navires, dont 9 en propriété en 2011. Les schémas de financement sont globalement maintenus.

Quel est aujourd'hui le montant de la dette du groupe ?

La dette est de 5 milliards de dollars mais je rappelle que nos actifs s'élèvent à 9 milliards de dollars.

Que comptez-vous faire de votre activité dans la croisière ?

Nous souhaitons nous axer sur notre coeur de métier, à savoir les conteneurs, les ports et les navires. La croisière est pour nous une activité marginale et nous sommes à la recherche d'un partenaire pour cette activité.

Pourriez-vous aller jusqu'à vendre la Compagnie du Ponant ?

Nous envisageons toutes les solutions

Comment se présente l'année 2010 pour CMA CGM ?

2010 sera une année historique, surtout si on la compare à 2009. Les marchés se sont significativement redressés, notamment entre l'Asie et l'Europe. CMA CGM est très présent en Chine, où nous avons une soixantaine de bureaux, ce qui nous a permis de bénéficier de la hausse des volumes sur l'Europe, mais aussi le transpacifique vers l'Amérique du nord et l'Amérique latine.

L'année 2011 se présente-t-elle aussi bien ?

Nos prévisions pour 2011 sont également positives mais on ne s'attend pas à une croissance aussi forte qu'en 2010.
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© Propos recueillis par Vincent Groizeleau. Mer et Marine, novembre 2010.

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