Vie Portuaire
Interview : Stéphane Raison, président du Directoire du port de Dunkerque

Interview

Interview : Stéphane Raison, président du Directoire du port de Dunkerque

Vie Portuaire

Stéphane Raison est le président du Directoire du Grand Port Maritime de Dunkerque depuis juillet 2014. Une place qu’il connaît bien, puisqu’il a, dans un poste précédent, dirigé les travaux du futur terminal méthanier. Il revient avec nous sur les projets du port nordiste.

 

MER ET MARINE : Dunkerque est la troisième place portuaire française. Comment  parvient-elle à exister et se développer dans cette région de la mer du Nord, où la concurrence étrangère, notamment celle d’Anvers ou de Rotterdam, est forte ?

STEPHANE RAISON : Nous sommes dans une région avec une forte tradition et culture industrielle. Le port en fait partie et bénéficie d’un véritable esprit dunkerquois dans lequel tout le monde travaille dans le même sens : les acteurs du port, l’administration et nos élus. Nous sommes un port socialement apaisé - pas un jour de grève depuis 1992 dans la manutention portuaire - , efficace et qui bénéficie d’une politique d’aménagement du territoire cohérent. Beaucoup d’atouts, donc ! 

Alors même si nous avons, effectivement, des voisins très puissants, il ne faut pas hésiter à rappeler qu’avec Boulogne et Calais, nous formons le premier ensemble portuaire français et le plus gros port à passagers du monde. Que Dunkerque est un des deux seuls ports, avec Le Havre, à pouvoir recevoir des ultra-large porte-conteneurs ou des supertankers dans notre port Ouest. Nos infrastructures - 7000 hectares de zone portuaire, dont 3000 ne sont pas encore occupés -, mais également notre hinterland nous permettent d’avoir une visibilité européenne.

Vous parlez de votre hinterland, la région Nord-Pas-de-Calais et ses abords, nœud logistique majeur et lieu de nombreuses productions industrielles et agricoles, dont une part conséquente est destinée à l’exportation. Le port de Dunkerque est-il bien identifié par ces acteurs économiques voisins, comme faisant partie de leur chaîne logistique?

Pas assez encore et c’est tout l’enjeu de notre projet stratégique. Nous ne sommes pas encore suffisamment connus auprès de nos industriels locaux. Le Nord Pas-de-Calais « produit » 600.000 équivalent vingt pieds par an. Seuls 150.000 d’entre eux transitent par Dunkerque. Nous partons donc à la reconquête de notre hinterland et pour cela il nous faut construire un écosystème logistique : le port ne peut plus se contenter d’être un lieu de chargement et de déchargement. Il doit devenir une plateforme de services et de valorisation pour nos clients. Cela ne sert à rien d’avoir un port à 22 mètres de tirant d’eau, si on ne peut pas stocker la marchandise dans de bonnes conditions ou desservir l’hinterland. Nous devons donc créer des chaînes logistiques,  mais aussi imaginer des solutions d’économies circulaires, qui garantiraient des flux de trafics import et export.  Nous avons les outils : nous sommes le premier port ferroviaire et le premier port fluvial en France, en 2018, nous visons 62% de report modal contre 49% actuellement.

Nous sommes donc dans une démarche active de rencontre des industriels locaux, pour définir leurs besoins, identifier ce qui manque dans la toile logistique et mettre en place des solutions qui leur soient parfaitement adaptées. C’est notre rôle d’aménageur du territoire.

Dunkerque, port historiquement lié au charbon et minerai des grandes aciéries, va devenir bientôt une escale des porte-conteneurs de 18.000 EVP. Quelles sont les grandes orientations de trafics du port ?

Tous les trafics nous intéressent, évidemment !  Dunkerque a une spécialisation historique sur le vrac et les récentes décisions d’Arcelor Mittal, qui consolide sa présence ici, confirme que nous allons rester le premier pôle sidérurgique français. Outre le trafic import de minerai du port Est, destiné aux usines dunkerquoises, nous allons également devenir un port de transbordement de charbon et de minerai, à partir de notre quai à pondéreux du port Ouest. Un projet d’appontement permettra d’y accueillir des navires Valemax, calant à 22 mètres. Parallèlement, nous allons améliorer la desserte des usines Arcelor dans le port Est.

Pour le conteneur, nous avons, avec CMA CGM, un partenaire essentiel, qui nous a permis d’augmenter de 33% notre trafic depuis 2010. En avril, nous avons battu notre record avec 30.000 EVP manutentionnés. Il est indispensable, pour gagner la confiance d’un armateur, de lui apporter de la stabilité sociale et des équipements performants, ce que nous voulons offrir ici. Pour l’accompagner et dans les perspectives d’accueil des futurs géants des mers, le quai du terminal conteneurs est étendu pour disposer de  1000 mètres  à 18 mètres de tirant d’eau. Nous voulons également améliorer le pré et post acheminement, fluvial notamment. Nous avons ainsi ce partenariat avec Dourges, Lille et Valenciennes, qui permet de les relier, par voie fluviale, à Shanghai en 30 jours. Il faut continuer ce type de réseau et nous regardons avec intérêt les développements que pourra apporter le canal Seine-Nord Europe.

Mais, nous avons aussi tous les autres trafics. Le pétrole en est toujours un, puisque Dunkerque a le plus gros dépôt français en capacité et que nous devoir pouvoir travailler comme hub de transbordement. Nous sommes également en belle progression sur le trafic céréalier (3 millions de tonnes l’an passé) et le premier port sucrier français.

Et puis il y a le ferry : nous avons ici un contrat de long terme et de confiance avec l’armateur DFDS. Pour l’accompagner, le port aménage une nouvelle gare maritime et met en place une structure qui lui offre une surface d’une dizaine d’hectares supplémentaires.

On parle beaucoup de gaz naturel liquéfié à Dunkerque : l’ouverture du futur terminal méthanier mais également la position du port en plein dans la zone de contrôle des émissions de soufre de la mer du Nord, qui pourrait l’amener à devenir un port de soutage pour les navires à propulsion GNL. Ou en est-on ?

Nous sommes très attentifs à ce dossier de l’avitaillement en GNL. Nous sommes actuellement dans une démarche de partenariat avec Boulogne et Calais sur l’étude d’une mise en place d’une chaîne d’avitaillement en GNL. Celle-ci pourrait passer par un navire avitailleur qui desservirait également Douvres.  Mais, nous sommes un peu suspendus au calendrier des armateurs et à l’échéance qu’ils vont choisir pour passer à ce nouveau type de propulsion.

Il n’est pas impossible que le GNL routier puisse démarrer avant le GNL maritime et nous sommes déjà en train de préparer cette possibilité.

Interview réalisée par Caroline Britz © Mer et Marine, juillet 2015

 

 

 

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