Construction Navale
Interview: Vincent Faujour, directeur général du groupe Piriou

Interview

Interview: Vincent Faujour, directeur général du groupe Piriou

Construction Navale

Vincent Faujour est directeur général de Piriou depuis le 1er octobre. En charge de la direction opérationnelle du groupe, il revient sur les perspectives du groupe concarnois, en France et dans les différents sites du chantier qui a des filiales au Vietnam, au Nigéria, en Pologne et en Algérie.

_____________________________________________________

MER ET MARINE : Le groupe Piriou a engrangé de belles commandes ces derniers mois, avec les contrats pour les quatre bâtiments multi-missions (dont 3 en commande ferme) et les quatre bâtiments de soutien et d’assistance hauturiers  (BSAH) de la Marine nationale (dont deux en commande ferme), ainsi que le futur patrouilleur austral  (PLV) Astrolabe des Terres Australes et Antarctiques Françaises. Comment gérez-vous ce plan de charge ?

VINCENT FAUJOUR : Nous avons un carnet de commande bien rempli, ce qui est, évidemment, une très bonne chose. Il y a un an, début 2015, nos perspectives n’étaient pas aussi optimistes, nous avons beaucoup travaillé pour décrocher les contrats des BSAH et du PLV. La question est désormais de savoir comment nous allons gérer cette activité forte dans les deux à trois prochaines années. Au moment où nous avons signé ces contrats, au printemps, nous pensions bénéficier d’un site supplémentaire de construction à Lorient (NDLR : le site STX du Rohu à Lanester).  Ce qui n’est actuellement pas le cas.  Notre souci est donc de définir, à court et moyen termes, avec quel outil industriel nous allons assurer ce plan de charge. Nous sommes donc en train de travailler avec nos clients pour trouver les meilleures solutions. Mais, ce qui est sûr, c’est que les bateaux seront livrés à l’heure.

Le groupe Piriou construit actuellement beaucoup de bateaux gris en France. Une orientation stratégique majeure ?

Cela fait, en effet, partie des gammes que nous souhaitons continuer à développer : en propre pour les bateaux de moins de 40 mètres, avec notamment nos patrouilleurs CPV 85 et 105, et avec Kership, notre joint-venture avec DCNS, pour des bateaux jusqu’à 95 mètres peu armés. Le fait de construire les B2M et les BSAH nous donne désormais une expérience et une légitimité sur ce secteur sur laquelle nous pouvons nous appuyer, notamment à l’international où le marché des navires de l’action de l’Etat en mer est en expansion. Je crois que nous avons pris le virage vers ce type de bateaux au bon moment et nous allons continuer dans cette direction, notamment vers l’export, où nous allons essayer d’améliorer notre présence. Mais il ne faut pas que nous soyons enfermés dans un mono-produit. Il faut s’interroger sur le rebond pour demain.

Et comment préparez vous ce rebond dans le contexte mondial dans lequel vous souhaitez évoluer ?

Nous sommes face à plusieurs enjeux actuellement sur nos différents sites.  En France, où, nous l’avons vu, nous devons trouver rapidement une solution industrielle pour nos contrats. En Asie, ensuite, où nous avons deux chantiers (un spécialisé en acier, l’autre en alu) dont les produits phares sont les navires de servitude (remorqueurs portuaires, vedettes de transport rapide pour l’offshore pétrolier, navires de soutien à l’éolien offshore) et les thoniers. La conjoncture est compliquée sur une partie de ces marchés : le prix du pétrole limite les investissements en construction neuve pour l’offshore pétrolier et l’activité thonière n’est pas dans sa meilleure phase. Nous avons livré le dernier thonier en juillet dernier et n’avons pas de commande depuis. En revanche, les remorqueurs portuaires se portent bien et l’éolien démarre bien, nous avons livré des unités à plusieurs opérateurs significatifs et avons plusieurs prospects pour l’Europe du Nord. Mais, malgré tout, il va nous falloir réadapter notre outil industriel vietnamien. Nous allons garder les deux sites mais il va sans doute falloir adapter nos effectifs.

De manière plus générale, nous allons continuer à faire évoluer notre offre commerciale et industrielle. Même si le contexte est morose, nous ne voulons pas céder au réflexe naturel de repli sur soi. Nous voulons être audacieux, continuer à chercher des sites, des nouvelles implantations.  L’organisation commerciale du groupe va également être modifiée pour s’organiser de manière géographique. Nos commerciaux vont travailler par zone et non plus par produit. Nous voulons nous faire connaître sur les territoires et continuer à approfondir les relations avec les clients que nous connaissons bien.

Vous avez récemment  repris un chantier en Algérie, comment sera-t-il positionné au sein du groupe ?

Nous sommes très satisfaits de cette nouvelle implantation qui nous permet d’avoir un très bel outil, avec trois hectares de terre-plein, deux halls de construction et une darse avec un élévateur de 500 tonnes et une main d’œuvre (130 personnes) qualifiée, très investie et d’un coût raisonnable. Nous investissons 20 millions d’euros dans la modernisation des installations, les travaux seront terminés en 2017, ce qui nous permettra de fonctionner à plein régime. Nous pourrons y construire tous types de navire, servitude ou pêche ; entièrement ou en complémentarité avec nos chantiers français de Concarneau ou Lorient.

Vous êtes implantés depuis quelques mois sur le terre-plein de Keroman à Lorient, où vous disposez d’un hangar. Comment comptez vous utiliser cette infrastructure ?

Nous pouvons y construire des petites unités, à l’image de la barge de débarquement commandée par la Marine royale marocaine. Notre filiale Piriou Naval Services y a également une activité de réparation navale, notamment pour la pêche.

La pêche, activité historique du chantier, reste-t-elle toujours dans les projets de développement ?

Absolument. La pêche, c’est notre ADN, notre premier savoir-faire et un secteur auquel nous sommes très attachés. Nous y sommes très attentifs et notamment dans le secteur de la pêche artisanale des bateaux de 12 à 24  mètres en France, qui est actuellement à un tournant. La flottille atteint une moyenne d’âge très élevée, plus de 25 ans, et son renouvellement s’impose. Nous avons donc mis en place une politique spécifique sur cette gamme et voulons proposer des navires d’aujourd’hui avec des outils modernes éprouvés. Nous avons des prospects pour une dizaine d’unités qui seraient, en cas de signature de commandes, construites sur le site de Lorient, parfaitement adapté et qui pourrait être dédié à ce marché, avec une équipe resserrée de spécialistes.

Par ailleurs, nous continuons à travailler sur les thoniers et les palangriers. Il y a, pour ces derniers des perspectives de remplacement d’une partie de la flottille de la pêche à la légine. Nous voulons également nous ouvrir à d’autres clients, y compris à l’international et notamment en Asie où nous avons également des contacts.

La première expérience du Yersin vous a-t-elle donné des envies de yachting ?

Le Yersin a été une formidable expérience pour le chantier, nous y avons beaucoup appris et cela a été passionnant. Pascal Piriou, le président du groupe, travaille beaucoup sur ce secteur où nous aimerions, bien sûr, retravailler sur un projet spécifique, fait sur-mesure, comme le Yersin. Il ne s’agit pas, bien sûr, pour nous de développer des gammes dédiées à la plaisance.

Vous travaillez actuellement sur l’Astrolabe, futur patrouilleur austral, commandé par les TAAF et armé par la Marine Nationale. Où en êtes-vous ?

Nous travaillons actuellement en étroite collaboration avec le bureau d’études Marine Assistance et le cabinet finlandais Aker Arctic sur la finalisation des plans du basic design,  la construction va débuter en 2016. Ce chantier sur un bateau très spécifique nous apprend beaucoup et qui nous ouvre des perspectives vers le secteur des navires scientifiques. C’est typiquement ce genre de projet de navires spécialisés qui fait l’identité de Piriou : un bateau sur-mesure avec une âme. Si nous devenions un simple chantier de bateaux standards, nous ne serions plus Piriou.

Propos recueillis par Caroline Britz © Mer et Marine,  décembre 2015

 

Chantier Piriou | Toute l'actualité du groupe naval breton