Construction Navale
Interview : Vincent Martinot-Lagarde, directeur de DCNS Lorient

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Interview : Vincent Martinot-Lagarde, directeur de DCNS Lorient

Construction Navale

Vincent Martinot- Lagarde prend les commandes de DCNS Lorient alors que la Défense va devoir se serrer la ceinture. L'ancien directeur des programmes FREMM (Frégates européennes multi-missions) espère ne pas subir les conséquences de ce tour de vis budgétaire. « Mais l'horizon est devenu gris ». Une interview réalisée par Régis Nescop, de la rédaction du Télégramme.

 
 
 
Le tour de vis budgétaire alimente les craintes sur l'avenir de la Défense française. L'un des scénarios avance même l'idée d'une coupe dans la série des frégates multi-missions (Fremm). Redoutez-vous une telle hypothèse ? 
 
 
 
Ce n'est pas à DCNS de décider de la posture géostratégique et politique de la France. Beaucoup de scénarios sont en cours de réflexion avec le Livre blanc. Ceci dit, on est convaincu que les enjeux de la maritimisation du monde sont majeurs. La Marine a un rôle décisif à jouer dans le contexte international. Notre espoir est que cette conscience soit partagée. Maintenant, il y a une réalité budgétaire de l'État que l'on ne peut pas ignorer. Seulement, DCNS, en tant qu'industriel, a un contrat ferme de onze frégates multimissions. Si l'État revoit sa position, il y aura une négociation qui sera forcément compliquée car nous sommes dans une logique contractuelle. L'État doit honorer sa signature. On a la chance d'avoir un outil industriel performant (ingénierie, fabrication et production). C'est une chance pour la France que l'on doit préserver. Le programme Fremm a permis de moderniser cet outil - c'est une pépite de l'industrie française - et à l'État d'acquérir les frégates à un prix compétitif. L'horizon est peut-être un peu gris mais nous défendrons nos intérêts. 
 
 
Le plan de charge des Fremm est-il respecté ? 
 
 
Oui, le plan charge, avec les douze frégates, court jusqu'à 2022, avec une livraison tous les dix mois. Il n'y a, pour l'heure, aucun retard. On a quatre navires en cours de construction : Normandie (livrable en 2014), Provence, Languedoc et Auvergne. Tout est désormais fabriqué sur le site lorientais. Cette logique de série et de durée nous a permis d'optimiser et de moderniser l'outil de production. Le programme Fremm est l'épine dorsale de DCNS. Notre capacité d'innovation est la clé pour fournir des produits de qualité à la marine française. C'est aussi une des clés de notre développement à l'international. C'est l'ambition du programme Advansea : on a créé l'idée que l'avenir peut s'organiser autour d'un projet fédérateur de recherche et développement. Ses objectifs ? Identifier les capacités de demain pour nos marines comme l'intégration des drones (sous-marins, aériens...), la maîtrise des systèmes d'information, des coûts de l'énergie. On veut associer les laboratoires, des PME... Nous avons une démarche similaire avec les sous-marins, avec comme cible la réalisation du sous-marin nucléaire de troisième génération. Sur les Fremm aussi, le process n'est pas figé avec l'apport de nouvelles innovations. On doit faire face à de nouveaux acteurs comme la Chine ou la Corée qui arrivent sur le marché avec de nouveaux missiles. La menace « missiles » évolue constamment. Alors, on s'adapte en permanence. 
 
 
DCNS a fait un autre pari industriel avec la construction, sur fonds propres, d'un premier OPV (Offshore Patrol Vessel) du type Gowind,  conçu notamment à la surveillance maritime et à la lutte contre la piraterie. L'Adroit a été livré à la Marine nationale en octobre 2011. Quel est l'avenir de ce patrouilleur hauturier à l'export ?
 
 
L'Adroit est en service, son port d'attache est Toulon. Ce bâtiment a été testé en conditions réelles autour des côtes africaines et notamment au large de la Somalie lors de missions de lutte contre la piraterie. L'OPV témoigne de la volonté de DCNS d'élargir sa gamme de produits de navires de surface (OPV, corvette, Fremm...). Il y a une forte compétition sur ce marché. Nous avons eu des contacts mais pas de contrat ferme. C'est pour cette raison que l'on a combiné nos forces avec les chantiers Piriou (Concarneau) en créant une joint-venture qui devrait être opérationnelle à la fin du premier semestre 2013. On ne cherche pas un effet de volume, par contre, on veut créer des liens avec d'autres marines pour ensuite monter en gamme. C'est, en effet, plus facile de fidéliser un client que d'en conquérir d'autres. Cette stratégie ouvre des marchés. Exemple avec la Malaisie où on a déjà eu des contrats avec des sous-marins. Le design et la conception de systèmes de combat de DCNS ont été, cette fois, retenus par la Malaisie pour les Corvettes. Les discussions se poursuivent sur le périmètre exact des prestations. Mais on est dans une phase active de finalisation. 
 
 
Peut-on, après Piriou, imaginer un rapprochement similaire avec STX Lanester ? 
 
 
Aujourd'hui, il n'y a pas de projet établi de façon déterminée. On soutient cette entreprise à travers l'activité des Fremm. On a accueilli des personnels de STX dans le cadre de conventions de mise à disposition. Leurs salariés réalisent une partie de blocs des Fremm. Mais les schémas sont ouverts, il n'y a pas de décision arrêtée. 
 
 
Que représente votre développement à l'international ? 
 
 
C'est le premier axe de développement de DCNS. L'an passé, le chiffre d'affaires de DCNS était de 3,9 milliards d'euros, dont 38 % à l'export. Trois ans plus tôt, c'était moins de 2,5 milliards d'euros et 28 % à l'export. On a déjà doublé notre chiffre d'affaires à l'export grâce notamment au contrat avec le Brésil (navire, infrastructure, formation) qui s'est concrétisé à Lorient.
 
 
Naval Group (ex-DCNS)