Défense
IPER : Les grandes manoeuvres en vue pour le Charles de Gaulle

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IPER : Les grandes manoeuvres en vue pour le Charles de Gaulle

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Six ans après son admission au service actif, le 18 mai 2001, le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle achève une ultime mission outre-mer avant son premier arrêt technique majeur. Déployé vers l'océan Indien en février, le bâtiment est attendu le 15 mai à Toulon. Particulièrement lourde, l'Indisponibilité Périodique pour Entretien et Réparation, qui intervient tous les sept à huit ans, verra l'immobilisation du bâtiment durant 18 mois. Après cinq semaines de préparation à quai, le navire devrait entrer dans l'un des bassin Vauban, à priori, celui situé au sud-ouest, le 31 juillet prochain. Le début des travaux lourds est ensuite prévu à partir du 1er septembre. Pour mener à bien ce chantier, DCNS a prévu de mobiliser près de 1000 personnes, salariés et sous-traitants. L'une des grosses opérations consistera à recharger les deux coeurs nucléaires du porte-avions, qui arrivent en fin de vie après huit ans d'utilisation. Les éléments combustibles irradiés de la première chaufferie seront débarqués en octobre 2007 et ceux de la seconde en janvier 2008. Le rechargement interviendra assez rapidement puisque les éléments combustibles neufs doivent être embarqués en février et avril 2008. Chaque opération, déchargement comme rechargement, prendra un mois et fera l'objet de mesures de sécurité draconiennes.

Nouvelles hélices

Toujours en matière de propulsion, l'IPER du Charles de Gaulle verra le remplacement des hélices du bâtiment. Les hélices d'origine, commandées en 1996, avaient bénéficié d'un dessin particulièrement complexe, le navire devant filer 27 noeuds malgré un alourdissement de près de 6000 tonnes au cours de sa construction (déplacement porté de 36.000 à 42.000 tonnes). Ne pouvant obtenir une puissance propulsive supérieure, les ingénieurs n'avaient, comme seul recours, que d'optimiser la forme des hélices. Or, au cours de la traversée de longue durée du porte-avions, le 10 novembre 2000, l'une des quatre pales de l'hélice bâbord se brisait au large de la Guadeloupe. Contraint d'écourter sa TLD, le porte-avions était rentré à Toulon sur sa ligne d'arbres tribord. Cette affaire, qui donna lieu à un feuilleton médiatique et judiciaire assez surréaliste, aboutira, en mars 2001, à la mise en place provisoire des hélices de rechange des Foch et Clemenceau, conservées par chance à Toulon (l'hélice de remplacement bâbord prévue pour le Charles de Gaulle présentait elle-aussi un défaut). Grâce à cette solution de secours, le navire peut atteindre 25 noeuds, soit deux noeuds de moins que sa vitesse initiale. Après l'avarie de novembre 2000, deux nouveaux jeux d'hélices furent commandés, le premier à Atlantic Industrie, qui avait réalisé les premiers équipements, et le second à une filiale américaine de Rolls-Royce. Après vérification à DCNS Propulsion, les nouvelles hélices ont été livrées à Toulon, où elle attendent d'être embarquées. Elles permettront au Charles de Gaulle de retrouver sa vitesse nominale et sa pleine capacité de catapultage des avions les plus lourds, les Rafale F3 (21.7 tonnes), dont l'entrée en service est prévue en 2009.

Réfection des installations aéronautiques

Le grand carénage du Charles de Gaulle ne se limitera pas au rechargement des coeurs nucléaires et au changement des hélices. Des milliers d'équipements seront vérifiés et réparés, d'autres, obsolètes, étant remplacés. En tout, quelques 10.000 travaux sont prévus. Les installations aéronautiques bénéficieront d'une attention toute particulière, la composition du parc aérien devant subir des évolutions majeures dans les prochaines années. Il s'agit, notamment, de prévoir l'arrivée des nouveaux Rafale au standard F2 puis F3. Ce dernier sera capable de mettre en oeuvre le missile antinavire Exocet AM39, le missile air-sol AASM, le missile de croisière Scalp EG et le nouveau missile nucléaire ASMP-A, dont les essais se sont poursuivis ces derniers mois. Trois appareils au standard F2 (équipés de bombes guidées laser) sont déjà opérationnels au sein de l'aéronavale mais l'essentiel des capacités d'assaut est encore assuré par les Super Etendard Modernisés des flottilles 11 F et 17 F. Afin de voler jusqu'en 2010-2013, 25 SEM viennent d'être rénovés (standard 5). Leur remplacement progressif au sein du parc aérien sera un challenge, notamment en ce qui concerne l'accueil des pièces détachées. Pour mémoire, les magasins du Charles de Gaulle disposent de 36.000 références et 1 million d'articles plus ou moins encombrants. Il faudra par exemple prendre en compte le stockage des moteurs, avec deux M88 par Rafale contre un seul 8 K 50 pour le SEM. Par ailleurs, le banc d'essais Mermoz, développé par Dassault Aviation pour tester 90 équipements du Rafale F1, sera complété par une seconde station. Celle-ci sera capable de traiter les évolutions des nouveaux standards de l'avion, notamment en matière d'optronique et d'emports spécifiques, comme les bombes ou les nouveaux missiles. Enfin, les soutes à munitions devront être adaptées pour l'arrivée des ASMP-A, Scalp et autres AASM.

Une maintenance à 287 millions d'euros

C'est le 19 décembre dernier que le Service de Soutien de la Flotte a notifié à DCNS le contrat de maintien en condition opérationnelle du porte-avions. D'une durée de cinq ans, le marché s'élève à 287 millions d'euros. Il porte, outre l'IPER, sur trois périodes d'entretien courant. Le contrat, d'un nouveau type, comprend une rémunération à la journée de disponibilité du navire, avec pénalités en cas de non respect des engagements par l'industriel. Suivant le planning envisagé, la période de passage au bassin du Charles de Gaulle devrait s'achever en juillet 2008. Durant toute cette période, DCNS aura la responsabilité du navire et l'équipage (1250 personnes hors groupe aérien), qui ne pourra vivre à bord, devra travailler à terre. La logistique mise en place est d'ailleurs impressionnante. Cinq bâtiments autour des bassins Vauban seront occupés par les marins, chaque service disposant de ses propres bureaux. Un restaurant a, également, été construit à proximité du futur chantier. Les cuisiniers du porte-avions y prépareront des milliers de repas pour le bord et les personnels civils travaillant sur l'IPER. A l'issue des essais prévus à la fin du chantier, le Charles de Gaulle sera remis à la Marine nationale, normalement le 30 novembre 2008. S'en suivra alors une période intensive d'entraînement, au cours de laquelle les pilotes de l'aéronautique navale, privés de plateforme embarquée pendant un an et demi, devront retrouver leurs repères et reconquérir leurs qualifications.
Ce problème doit être solutionné en 2015, quand interviendra la seconde IPER du navire. Le deuxième porte-avions, dont la commande est attendue cette année, devrait alors être opérationnel, évitant à la France la "parenthèse" qu'elle s'apprête à connaître.
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- Voir la fiche technique du Charles de Gaulle

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