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Irma : Le difficile acheminement des secours

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Que ce soit par voie maritime ou aérienne, les populations des îles de Saint-Martin (territoire franco-néerlandais) et de Saint-Barthélemy attendent avec impatience l’arrivée des secours après le passage de l’ouragan Irma. Sur place, alors que plusieurs morts et des dizaines de blessés sont à déplorer, la situation est en effet catastrophique. La plupart des habitations sont endommagées ou détruites, la plupart des bâtiments publics sinistrés, les routes encombrées de débris et arbres arrachés, les centrales électriques et la production d’eau potable à l’arrêt, l’essence n’est plus distribuée… Le vent, qui a soufflé à plus de 300 km/h, les énormes vagues qui se sont abattues sur la côte et les inondations qui ont suivi laissent un spectacle de désolation et des habitants en grande détresse.  

Renforcer les moyens pré-positionnés sur place

Il faut renforcer d’urgence les moyens légers pré-positionnés le 4 septembre, juste avant le passage de l’ouragan. Quatre rotations effectuées depuis Fort-de-France par un avion de transport Casa de l’armée de l’air ont notamment permis de déployer une trentaine de militaires constituant deux modules d’intervention légers et autonomes équipés de lots cycloniques (tronçonneuse, haches, groupes électrogènes), quatre postes de secours mobiles de la sécurité civile, 18 pompiers et 6 personnels du CHU de la Martinique. On notera à ce propos que les blocs opératoires des centres hospitaliers de Saint-Martin sont de nouveau opérationnels, l’hôpital de Saint-Barthélemy étant quant à lui apparemment fonctionnel.

Guadeloupe et Martinique comme bases logistiques

Les renforts ont commencé à se déployer hier. Les autorités françaises agissent depuis la Guadeloupe et la Martinique, où sont rassemblés les moyens humains et matériels mobilisés localement et dépêchés depuis la métropole. Plusieurs centaines de pompiers, de gendarmes, de secouristes de la sécurité civile ou encore de la Croix Rouge, sont déjà arrivés. Dans le même temps, d’importantes quantités de vivres, de médicaments, de matériel de déblaiement, des groupes électrogènes et autres stations de production d’eau sont rassemblés.

 

Un Falcon 50 (© MARINE NATIONALE)

 

Les Falcon 50 en reconnaissance et les frégates chargées de vivres

Il convient maintenant de les déployer vers les îles sinistrées, ce qui prend un certain temps. Avant toute chose, les autorités doivent en effet avoir une connaissance assez précise de la situation sur place afin de déterminer les besoins, définir les priorités et les moyens d’agir. Dès que cela fut possible, des reconnaissances aériennes ont donc été menées hier par deux avions de surveillance maritime Falcon 50 de la Marine nationale. Celle-ci a également mobilisé les deux seuls bâtiments d’importance dont elle dispose aux Antilles : les frégates de surveillance Ventôse et Germinal. La première, « chargée à bloc » pour reprendre l’expression d’un militaire, a embarqué des vivres, dont une grosse quantité de bouteilles d’eau, mais aussi une section du 33ème régiment d’infanterie de marine.

 

 

Il y a également à bord un hélicoptère Panther qui permettra d’effectuer des reconnaissances, acheminer du personnel et du fret ou encore procéder à des évacuations sanitaires.  La frégate a appareillé de la base navale de Fort-de-France hier à 4 heures du matin (heure de Paris) et devait arriver à Saint-Martin dans la soirée. Le Germinal, qui était en mer, est quant à lui rentré précipitamment en Martinique afin de procéder aux mêmes opérations. Le bâtiment va rejoindre le Ventôse avec de l’aide humanitaire et le second hélicoptère dont dispose l’aéronautique navale aux Antilles, une Alouette III. Par chance, les infrastructures portuaires de l’île, bien que touchées, n’ont pas été détruites et les bâtiments devraient donc pouvoir débarquer leur chargement sur un quai. Il faudra néanmoins vérifier l’état des installations et des accès nautiques, de multiples débris de taille plus ou moins grande dérivant près des côtes. D’autres moyens vont progressivement suivre par voie maritime, dont des barges d’eau douce.

 

Le Casa a réalisé hier une première rotation vers Saint-Martin (© EMA)

 

Mise en place d'un pont aérien

La projection des secours va également passer par les airs. L’aérodrome de Grand-Case, du côté français, a eu la chance d’être moins touché que l’aéroport international Princess Juliana, situé dans la partie néerlandaise de l’île et impraticable après le passage d’Irma. La piste française a pu être remise en état et permet; même si elle est trop courte pour les gros porteurs, d’accueillir des avions de transport légers et hélicoptères, comme les deux Puma des Forces Armées en Guyane repositionnés aux Antilles. Un pont aérien est mis en place, avec une première rotation du Casa qui a permis d'acheminer hier du matériel de premiers secours, suivie d'une première évacuation de blessés vers la Guadeloupe. 

 

Préparation du fret humanitaire aux  Pays-Bas (© MINISTERE NEERLANDAIS DE LA DEFENSE)

 

Les forces néerlandaises à pied d’oeuvre

Alors que plus de 35.000 personnes résident sur le côté français de Saint-Martin, les Pays-Bas mobilisent aussi d’importants moyens sur la partie de l’île sous leur souveraineté et qui compte quelques 40.000 habitants. Ils doivent aussi assurer le soutien des autres territoires des Antilles néerlandaises (Saba, Saint-Eustache).  300 militaires, pour l’essentiel des marins, étaient sur place hier afin de porter assistance aux populations et travailler à la remise en état des infrastructures, en particulier l’aéroport Princess Juliana. Deux avions de transport, un C-130 Hercules et un KDC-10, ont d’ailleurs quitté les Pays-Bas avec du fret humanitaire et une centaine de militaires. Ils vont rallier l’île de Curaçao dans un premier temps, le ministère néerlandais de la Défense estimant néanmoins que le C-130, conçu pour se poser sur de courtes distances et des terrains sommaires, devrait être en mesure d’assurer rapidement des liaisons avec Saint-Martin. La marine néerlandaise, de son côté, est à l’œuvre depuis hier matin. Comptant une base locale, elle dispose sur zone du patrouilleur hauturier Zeeland et du navire de soutien Pelikaan, équipé de moyens amphibies. Ils avaient hier pour mission de débarquer du fret et des véhicules, dont des camions et bulldozers, les opérations dans le port de Phillipsburg étant rendues délicates du fait de la présence de nombreux débris en mer, et même des conteneurs à la dérive.

 

 

Le Pelikaan (© MARINE NEERLANDAISE)

 

Le Royaume-Uni dépêche deux grands bâtiments

On notera enfin que le Royaume-Uni a annoncé hier le déploiement du porte-hélicoptères Ocean et du transport de chalands de débarquement Mounts Bay pour venir en aide aux populations caribéennes sinistrées par Irma. Les Britanniques devraient notamment apporter leur aide aux Etats régionaux du Commonwealth, comme Barbuda, durement touchée par Irma, qui poursuit sa course dévastatrice, frappant désormais Haiti avant de progresser vers Cuba puis la Floride.