Défense
Italie : Mouvements en vue dans l'industrie navale

Actualité

Italie : Mouvements en vue dans l'industrie navale

Défense

Acteur important de la navale européenne, l'industrie italienne devrait connaître, dans les prochaines années, de profondes mutations. La question de la privatisation de Fincantieri est toujours d'actualité. Reportée à plusieurs reprises en raison de l'opposition syndicale, la mise sur le marché de 49% du groupe public italien devrait intervenir l'année prochaine. La situation de l'industriel est néanmoins complexe, notamment si on le place dans la perspective d'une consolidation européenne. Le groupe, fort de 9400 employés, s'articule autour de huit différents chantiers. L'activité militaire concerne essentiellement les chantiers de Riva Trigoso (Gênes) et Muggiano (La Spezia), où sont construits les porte-aéronefs, frégates, sous-marins et navires auxiliaires. Sur le segment des navires militaires, Fincantieri a livré 39 unités depuis 1990 et doit achever 17 autres bâtiments dans les prochaines années.

Le chantier de Muggiano (© : FINCANTIERI)
Le chantier de Muggiano (© : FINCANTIERI)

Mais, avec un chiffre d'affaires d'environ 640 millions d'euros, le secteur militaire représente moins de 25% de l'activité du groupe, dont la valeur de production a atteint près de 2.7 milliards d'euros l'an dernier. Leader mondial de la construction de paquebots, Fincantieri compte pas moins de 16 navires de croisière à livrer d'ici la fin 2012. Les chantiers de Monfalcone (Gorizia), Marghera (Venise) et Sestri Ponente (Gênes) sont spécialisés dans la production de paquebots. Les sites d'Ancône, Castellammare di Stabia (Naples) et Palerme se concentrent, quant à eux, sur la réalisation d'autres navires civils, comme des ferries, le marché offshore et la réparation navale.
Par rapport à d'autres industriels, comme DCNS ou TKMS, Fincantieri se distingue également en ne livrant que des coques propulsées au ministère de la Défense italien. C'est la marine qui se charge, ensuite, des essais et de la mise au point des systèmes d'armes et systèmes de combat. A l'inverse, en France et en Allemagne, le constructeur, maître d'oeuvre de l'ensemble des programmes, livre des bateaux clés en main aux marines.

Le Cavour au moment de son lancement (© : FINCANTIERI)
Le Cavour au moment de son lancement (© : FINCANTIERI)

Principales réalisations pour la marine italienne

Plus gros bâtiment de combat réalisé en Italie depuis la seconde guerre mondiale, le porte-aéronefs Cavour a été livré en début d'année à la Marina militare. Construit en deux parties à Riva Trigoso et Muggiano, ce dernier chantier ayant assuré la jumboisation et l'achèvement, ce navire mesure 244 mètres de long pour un déplacement de 27.100 tonnes en charge. Dotés de lanceurs Sylver (DCNS) dotés de 32 missiles Aster 15, ainsi que de 2 canons de 76 mm et trois canons de 25 mm, le Cavour peut embarquer 24 aéronefs.

Le destroyer Andrea Doria (© : MARINA MILITARE)
Le destroyer Andrea Doria (© : MARINA MILITARE)

L'année 2009 verra l'entrée en service des deux destroyers lance-missiles du programme franco-italien Horizon. Quasiment identiques aux frégates françaises Forbin et Chevalier Paul, les Andrea Doria et Caio Duilio mesurent 152.9 mètres pour un déplacement de 7050 tonnes en charge. Leur système d'armes principal, le PAAMS (développé avec la France et la Grande-Bretagne pour ses T45) comprend 32 missiles Aster 30 et 16 missiles Aster 15, tirés depuis des lanceurs Sylver. Le reste de l'armement comprend 8 missiles antinavire Otomat (MBDA), trois tourelles de 76 mm et deux canons de 25 mm (OTO-Melara), ainsi que deux tubes pour torpilles MU 90, développées par les Français DCNS et Thales, et l'Italien WASS (Finmeccanica). Les principaux radars sont l'EMPAR de veille-air 3D (Finmeccanica) et le S 1850 M de veille à longue portée (Thales). Doté d'un sonar de coque MFS-4110 (Thales), les « Orizzonte » sont propulsées par deux turbines à gaz LM 2500 (Fiat-General Electric) et deux moteurs diesels (MAN Pielstick), ce qui leur permet d'atteindre la vitesse de 29 noeuds.

Future FREMM (© : FINCANTIERI)
Future FREMM (© : FINCANTIERI)

En février dernier, les chantiers de Riva Trigoso ont lancé la construction du Carlo Bergamini, tête de série des FREMM italienne. Le programme doit voir la réalisation de 10 frégates, dont 6 ont déjà été commandées. Longues de 140 mètres pour un déplacement de 5950 tonnes, les FREMM italiennes auront une ligne différente de leurs cousines françaises. Contrairement à la Marine nationale, la Marina n'a, en effet, pas opté pour le radar multifonction Herakles, de Thales, mais pour l'EMPAR italien, situé comme sur les Horizon, au sommet du mât principal. Les frégates transalpines se répartiront, par ailleurs, en deux classes. Quatre seront à vocation anti-sous-marines, avec sonar remorqué Captas 4249 (Thales) et missiles Milas (MBDA) et deux canons de 76 mm. Six autres bâtiments, dits « polyvalents », auront des équipements renforcés en matière d'action vers la terre. Ils embarqueront notamment une pièce de 127 mm et pourront, ultérieurement, être dotées de missiles de croisière Scalp Naval. Sur les deux versions, la défense anti-missile sera assurée par 16 Aster 15. Les mises en service des 10 frégates, destinées à remplacer les Maestrale et Lupo, est prévue entre 2012 et 2020.

Le sous-marin Todaro (© : FINCANTIERI)
Le sous-marin Todaro (© : FINCANTIERI)

Après avoir livré en 2006 et 2008 deux nouveaux sous-marins du type 212 A allemand, les Salvatore Todaro et Scire, Fincantieri s'est vu notifier, en juillet dernier, la commande de deux unités supplémentaires. Construits à Muggiano, ces bâtiments, conçus par TKMS, devraient être livrés en 2014 et 2016 pour remplacer les Salvatore Pelosi et Guiliano Prini, mis en service en 1988 et 1989. Long de 55.9 mètres pour un déplacement de 1830 tonnes en plongée, le type 212 A dispose d'un système de propulsion en circuit fermé PERMASYN (Siemens), articulé autour de 9 piles à combustible. Ce dispositif permet, en complément de la propulsion diesel-électrique classique, d'améliorer fortement l'autonomie en plongée. Capables d'atteindre jusqu'à 20 noeuds en plongée, les 212 A disposent d'un équipage de 27 hommes et embarquent 12 torpilles.

La LCS Freedom (© : US NAVY)
La LCS Freedom (© : US NAVY)

A la barre des chantiers américains Manitowoc Marine

Présent aux Etats-Unis depuis de nombreuses années, notamment après la réalisation de chasseurs de mines pour l'US Navy suite à la guerre du Golfe, Fincantieri a réalisé cet été l'acquisition de Manitowoc Marine Group (MMG). La société compte 1600 employés et deux chantiers : Marinette Marine Corporation (Marinette, WI), Bay Shipbuilding Company (Sturgeon Bay, WI), ainsi qu'un site de réparation navale à Cleveland. Marinette Marine a notamment réalisé le Freedom, prototype du Littoral Combat Ship proposé par un consortium emmené par Lockheed Martin. Opposé au design du team de General Dynamics, l'USS Freedom doit entrer en service le 8 novembre prochain. Dans les prochains mois, le Pentagone fera son choix entre les deux modèles, 55 unités devant être construites (dont 32 avant d'ici 2014). En reprenant MMG, avec l'accord de Lockheed Martin, Fincantieri pourrait donc voir son activité dans le secteur militaire considérablement augmenter dans les prochaines années.

La FREMM pourrait être proposée à l'export  (© : MER ET MARINE)
La FREMM pourrait être proposée à l'export (© : MER ET MARINE)

Développer le marché export

Les dirigeants de Fincantieri souhaitent développer l'activité du groupe à l'export, un marché où il est pour le moment peu présent. Alors qu'un design dérivé du Cavour a été vendu à l'Inde pour ses nouveaux porte-aéronefs, Fincantieri a signé avec ce pays un contrat portant sur la réalisation d'un pétrolier-ravitailleurs de 27.500 tonnes. Le groupe doit également réaliser quatre patrouilleurs de 53.4 mètres et 430 tonnes pour l'Irak. Mais, 20 ans après le succès des frégates Lupo, l'Italien, associé à Finmeccanica au sein d'Orizzonte Sistemi Navali, pourrait également tenter de placer sa version de la FREMM à l'export. La Grèce et l'Algérie auraient, notamment, été approchées. Contrairement à la version prévue pour l'Italie, le modèle proposé pourrait être doté d'un système de combat et d'armements américains. Orizzonte propose également une frégate légère à l'export. Long de 100 mètres pour un déplacement de 2400 tonnes, le MOSAIC 2.4 (Modular Open System Architecture Integrated Concept) embarquerait des missiles surface-air à lancement vertical, des missiles antinavire, un canon de 76 mm, une artillerie de petit calibre et un hélicoptère.

MOSAIC 2.4(© : ORIZZONTE SISTEMI NAVALI)
MOSAIC 2.4(© : ORIZZONTE SISTEMI NAVALI)

En dehors des navires de combat, des contrats peuvent également être espérés, dans les prochaines années, sur le segment des bâtiments de projection pour opérations amphibies. Si la construction d'une nouvelle unité de ce type est prévue à terme par la marine italienne, un design est déjà proposé à l'export.

Le Bâtiment de projection présenté à Euronaval (© : MER ET MARINE)
Le Bâtiment de projection présenté à Euronaval (© : MER ET MARINE)

Le segment des bâtiments logistique constitue également de sérieux débouchés. Après avoir vendu un pétrolier dérivé de l'Etna à la Grèce (et construit aux chantiers Elefsis, près d'Athènes), Fincantieri s'est vu récemment commander un pétrolier-ravitailleur pour la marine indienne. Le groupe a, par ailleurs, a annoncé hier une alliance avec les chantiers anglais Northwestern Shiprepairers and Shipbuilders (Cammell Laird) en vue de remporter la construction des six futurs ravitailleurs polyvalents de la Royal Fleet Auxiliary (RFA).

Le pétrolier Etna (© : MARINA MILITARE)
Le pétrolier Etna (© : MARINA MILITARE)

Finmeccanica : Le poids lourd de l'industrie italienne

Poids lourd de l'industrie italienne, déjà sorti du giron public, Finmeccanica est l'autre grand acteur national dans le domaine naval. Très présent dans l'aéronautique (Agusta Westland lui appartient notamment) et le domaine spatial, la holding s'est faite une spécialité de l'électronique et des systèmes de défense. Elle produit notamment des radars, comme l'EMPAR embarqué sur les frégates Horizon ou le RAN-40 L dont son dotés certains navires de la marine italienne, et participe au développement des systèmes de combat. Actionnaire à 25% du missilier européen MBDA, aux côtés d'EADS et BAE Systems, Finmeccanica, au travers de sa filiale WASS, est un spécialiste des torpilles. Après avoir créé avec DCNS et Thales la société Eurotorp, chargée de commercialiser la torpille légère MU 90, l'Italien a conclu un accord avec ses partenaires français en vie de créer trois joint ventures communes. Ces entités seront chargées du développement, de la production, de la commercialisation et de l'entretien des torpilles (lourdes et légères), ainsi que des systèmes de contre-mesures comme le Système de Lutte Anti Torpille (SLAT).
En tant que co-maître d'oeuvre, Finmeccanica participe au programmes franco-italiens Horizon et FREMM, portant sur la réalisation de deux séries de frégates pour la Marine nationale et la Marina militare.
Fleuron de l'industrie italienne, Finmeccanica fait régulièrement l'objet de rumeurs concernant des rapprochements avec d'autres groupes européens.