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A Itechmer, les femmes et la pêche : « Il faut y croire ! »
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A Itechmer, les femmes et la pêche : « Il faut y croire ! »

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Un débat sur l’avenir des femmes dans la filière pêche s’est tenu, pour la première fois, ce mercredi, au salon Itechmer, à Lorient. Marie-Christine Monfort, cofondatrice de WSI, l’Association internationale pour les femmes dans l’industrie des produits de la mer, prône « une prise de conscience avant l’action ». Originaire de Lorient, la présidente actuelle est catégorique : « Il faut y croire ! ».

LE TELEGRAMME : Dans le cadre d’Itechmer, vous avez animé une rencontre sur l’avenir des femmes dans la filière pêche. Un thème peu abordé pour ne pas dire jamais sur le salon…

MARIE-CHRISTINE MONFORT : C’est la première réunion en 25 ans d’Itechmer ! J’en suis ravie. La place des femmes dans la filière pêche n’est pas un sujet totalement nouveau mais c’est vrai qu’il est rarement évoqué. C’est un sujet complexe et même si on ne fait que l’effleurer à travers cette rencontre, il faut y croire !

Les femmes sont-elles si « rares » dans la filière pêche et aquaculture ?

En France, la filière concerne 65 000 employés tous secteurs confondus - la pêche, l’aquaculture, la conchyliculture, le mareyage, la transformation, etc. - dont environ 20 000 femmes, soit un peu plus de 30 %. Un tiers des effectifs sont des femmes ! Ce chiffre n’est pas mince, même si ce n’est pas flagrant. La problématique tient au fait qu’elles ne sont pas forcément visibles.

Comment l’expliquez-vous ?

La filière présente une grande diversité. La particularité ? Les femmes n’ont pas accès à toute la palette de métiers. Prenons, par exemple, la pêche embarquée ou les postes de décision dans les organisations professionnelles, deux secteurs où les effectifs féminins sont extrêmement faibles. Les femmes sont plutôt dans des fonctions de support ou à terre et pas embarquées ni dans la production (Marie-Christine Monfort, elle, se souvient, comme si c’était hier, de son premier embarquement, à Keroman, en 1980, sur le chalutier Lord-Byron de 68 m de l’armement industriel Jégo-Quéré, avec une super marée de 18 jours, bizutage inclus, NDLR).

Les préjugés ont aussi la vie dure. La filière est mal connue, voire méprisée…

L’image de la filière a été écornée mais l’inclusion des femmes dans la filière devrait participer à l’amélioration de l’image de ces métiers et de leurs performances. La participation des femmes dans la filière est significative mais souvent ignorée ou mal reconnue. Il faut s’interroger. Pourquoi ne sont-elles pas plus visibles ? Est-ce facile pour une femme d’intégrer la filière ?

Comment y remédier ?

Travailler sur les cultures et les mentalités changera les choses. Le secteur de la pêche affiche un sexisme ambiant, un entre-soi masculin pas très accueillant pour les femmes. Il reste des inerties, des clichés. L’enjeu est de comprendre où sont les femmes aujourd’hui et où elles pourraient être demain. Il faut réfléchir ensemble. Les choses avancent mais pas assez à mon goût. Aux responsables des organisations professionnelles de s’emparer du sujet. S’il n’y a pas une vraie volonté politique ou de quelques individus, les choses ne changeront pas. Je crois à la capacité des individus, au sein de leur filière, pour faire avancer les choses.

C’est tout l’enjeu poursuivi par Women in the seafood industry (WSI), l’association que vous avez créée…

Depuis 2016, l’Association internationale pour les femmes dans l’industrie des produits de la mer a pour objectifs de mettre en lumière la contribution des femmes dans la filière et d’attirer l’attention des professionnels sur les inégalités de genre. WSI veut faire émerger le sujet et inviter les institutions internationales, les organisations professionnelles et les opérateurs privés à réfléchir à une meilleure intégration des femmes dans la filière. Le premier niveau est la prise de conscience avant l’action.

Un entretien réalisé par la rédaction du Télégramme.