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Construction Navale
iXblue : Le chantier de La Ciotat enchaine drones et navires

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iXblue : Le chantier de La Ciotat enchaine drones et navires

Construction Navale

Egalement engagé dans un programme européen de recherche sur les navires en composite de grandes dimensions, le chantier iXblue de La Ciotat (ex-H2X) tourne actuellement à plein régime. Il enchaine la production de drones pour la science et l’industrie offshore, ainsi que des chalands multi-missions à propulsion hybride destinés à la marine française.

 

Le Speed of Hope au moment de sa mise à l'eau fin 2018 

Le Speed of Hope au moment de sa mise à l'eau fin 2018 (© LDA)

 

Livraison du Speed of Hope à LDA

Mais l’actualité du chantier, spécialisé dans les matériaux composites, c’est d’abord la livraison du Speed of Hope, seconde vedette de servitude commandée par Louis Dreyfus Armateurs pour équiper ses deux navires de service à l’éolien offshore (Wind of Change et Wind of Hope) construits par le chantier turc Cemre. Longue de 11.75 mètres pour une largeur maximale de 3.7 mètres et un tirant d'eau de 0.85 mètre, cette vedette peut transporter 10 personnes (dont deux membres d'équipage) et une tonne de matériel. La structure en composite a été renforcée par des raidisseurs en carbone (l'une des dernières technologies brevetées par le chantier), intégrés dans le pont et les superstructures. Le choix de ce matériau a permis de limiter le poids total du bateau, qui est en dessous de 12 tonnes à pleine charge. La propulsion est assurée par deux IPS 450 Volvo Penta D6 de 330 cv chacun, offrant une vitesse maximale de 28 noeuds. Alors que le Speed of Hope a quitté La Ciotat hier pour rejoindre la Turquie, la première vedette de cette série, le Speed of Change (livrée au printemps 2018) est toujours affrétée pour le compte du site DGA du Levant en attendant d’être embarquée sur l’un des nouveaux navires de LDA. Le premier doit pour mémoire entrer en service d’ici le printemps et le second en 2021.

 

Le Speed of Change 

Le Speed of Change (© DR)

 

La série des huit CMM de la Marine nationale

En matière de bateaux, l’autre grand dossier du moment pour iXblue est la réalisation des nouveaux chalands multi-missions (CMM) à propulsion hybride de la Marine nationale. Après l’évaluation du prototype de cette série, La Cigale, notifiée en décembre 2015 et livrée en novembre 2017, la réalisation en série a débuté suite à une commande signée par la Direction Générale de l’Armement le 6 mars 2018. Dans ce cadre, le second CMM (Criquet) a été livré en fin d’année. Un troisième va être mis à l’eau dans les jours qui viennent à La Ciotat, cinq autres chalands devant suivre au cours de l’année pour des livraisons qui s’échelonneront jusqu’au premier semestre 2020.

 

La Cigale, premier des huit CMM 

La Cigale, premier des huit CMM (© DGA)

 

Propulsion hybride

Les CMM sont conçus et réalisés en partenariat avec Cegelec et Mauric, mais aussi le chantier CMN de Cherbourg qui réalise leurs coques en aluminium, armées ensuite à La Ciotat. Ces chalands de 24 mètres de long pour 8 mètres de large et 53 tonnes de déplacement en charge peuvent atteindre la vitesse de 10 nœuds et se distinguent donc par l’adoption d’une propulsion hybride. Pour les phases de transit, lorsque la vitesse est la plus élevée, des groupes électrogènes fonctionnant au gasoil alimentent les moteurs électriques de propulsion. Mais pour les phases d’exploitation à faible vitesse, les moteurs sont alimentés par des batteries (Lithium-ion/fer-phosphate). Permettant de naviguer jusqu’à 8 heures à une allure de 2 nœuds, elles sont rechargeables à quai, ou en mer par les groupes. Ce mode sur batterie permet d’opérer sans émission polluante, une technologie déjà en service sur des navires civils mais qui constitue une première pour la marine française. C’est la société Alternatives Energies (AltEn) qui a été chargée de développer le système énergie-propulsion des CMM, Cegelec Défense et Naval Sud-Est allant assurer le maintien en condition opérationnelle (MCO) des bateaux sur une période de 10 ans après leur mise en service.

 

Le drone DriX 

Le drone DriX (© IXBLUE)

 

Drones : Un sixième DriX en construction

iXblue est également très actif dans le domaine des drones, notamment les engins de surface capables de réaliser des missions hydrographiques et de positionnement sous-marin. Le chantier de La Ciotat réalise actuellement le sixième exemplaire de la famille DriX, dont le prototype a été validé en 2017. Long de 7.7 mètres pour une masse de 1.4 tonne, cet USV (unmanned surface vehicle) au design très original a été conçu pour être bien plus stable qu’un drone de surface traditionnel. Cela, grâce à une forme réduisant au maximum les effets de tangage et de roulis, qui peuvent perturber l’acquisition de données. Les essais conduits sur le prototype ont démontré que le drone pouvait travailler facilement par des états de mer 4, là où les opérations deviennent compliquées pour un navire traditionnel de survey.

La coque et les appendices sont en composite. Ce matériau permet de réduire la masse et d’absorber les bruits rayonnés et vibrations, un autre atout pour éviter de dégrader les performances des senseurs. Sonar, sondeur multifaisceaux, échosondeur, USBL (pointeur d’objets sous-marins)… les senseurs sont placés à 2 mètres de profondeur dans une gondole, structure immergée éloignée de la coque afin d’améliorer l’efficacité des capteurs. La gondole, qui sert aussi de lest à l’engin, est rétractable afin de faciliter la mise en œuvre, la récupération et le stockage du drone. Celui-ci est surmonté d’un mât accueillant tous les équipements liés à la veille nautique, l’anticollision et les communications.

Fonctionnant en mode autonome ou piloté depuis la terre ou un autre bateau avec lequel il travaille en tandem, DriX réduit significativement les coûts opérationnels. Il peut opérer de manière continue pendant 5 jours à la vitesse de 7 nœuds et 10 jours à 4 nœuds. Doté d’un moteur diesel de 37.5 cv (réservoir de 250 litres), ce drone peut atteindre 14 nœuds en transit et acquérir des données à une vitesse supérieure à 10 nœuds.

Pour ce qui est de la manutention, iXblue a conçu un système de lancement et de récupération (LARS) facilement intégrable sur le pont d’un navire. L’engin peut aussi être déployé depuis un bossoir.

Un an d’exploitation commerciale

Lancé sur le marché commercial fin 2017, ce nouveau drone, dont quatre exemplaires de série sont maintenant opérationnels en plus du prototype, a déjà rempli de nombreuses missions. DriX a d’abord travaillé avec la société britannique Bibby HydroMap, permettant à iXblue de tester son engin dans de nombreuses configurations opérationnelles, notamment sur un champ éolien offshore. Le drone a ensuite été employé dans l’Oil&Gas par Total sur un champ en Azerbaïdjan, DriX réalisant par ailleurs de nombreuses missions hydrographiques, avec des opérations de cartographie de la Méditerranée jusqu’aux îles Tonga, au milieu de l’océan Pacifique, en passant par la Nouvelle-Zélande, cette dernière ayant été le premier client du drone français. iXblue a également multiplié les collaborations avec le monde académique et scientifique, devenant par exemple un partenaire industriel de l’Université du New Hampshire, où un DriX est désormais basé. Des collaborations ont également été développées avec la NOAA (US National Oceanographic and Atmospheric Agency) et The Maritime Alliance (TMA).

 

Le drone DriX dans un champs éolien offshore britannique 

Le drone DriX dans un champs éolien offshore britannique (© IXBLUE)

Le drone DriX près d'installations pétrolières au large de Bakou 

Le drone DriX près d'installations pétrolières au large de Bakou (© IXBLUE)

 

Applications militaires

Alors que le succès commercial est au rendez-vous dans le secteur civil, avec la livraison prévue cette année d’un nouvel engin actuellement en cours de construction à La Ciotat, iXblue propose également le DriX pour des applications militaires. Il pourrait servir à des évaluations rapides de l’environnement pour des opérations amphibies, à la lutte anti-sous-marine ou encore à la guerre des mines. Avec aussi un potentiel certain pour reconnaitre des zones côtières et infrastructures maritimes et portuaires touchées par des catastrophes naturelles.

 

Présentation des capacités militaires du DriX lors du salon Euronaval en octobre 

Présentation des capacités militaires du DriX lors du salon Euronaval en octobre (© IXBLUE)

 

Développement des synergies au sein du groupe

Entre les navires et les drones, le chantier provençal ne manque donc pas de travail et planche sur de nouveaux projets qu’il espère bien voir se concrétiser rapidement. « Nous nous focalisons notamment sur les engins autonomes et les énergies alternatives pour la propulsion. Ce sont depuis plusieurs années des piliers de notre développement (avec notamment le catamaran Nahaura livré à la DGA en 2015 et doté d'un mode autonome, ndlr) et cette stratégie s’est avérée payante car c’est aujourd’hui un vrai business. Plus on avance et plus les projets se multiplient, avec l’avantage de pouvoir jouer la carte des synergies avec les autres divisions du groupe iXblue. C’est un atout et une vraie force », explique Sébastien Grall, directeur du chantier de La Ciotat.

 

Le Nahaura, livré en 2015, dispose d'un mode de navigation autonome 

Le Nahaura, livré en 2015, dispose d'un mode de navigation autonome (© IXBLUE)

 

Rien que sur place, le groupe compte une entité spécialisée dans les équipements acoustiques et l’imagerie sous-marine, ainsi qu’une division services. « iXblue est désormais le premier employeur ici, avec 120 salariés sur le site de La Ciotat, dont un peu plus de 50 pour le chantier, où nous sommes en ce moment, avec les sous-traitants, plus d’une centaine à travailler ». Historiquement spécialisé dans les techologies de navigation et de positionnement sous-marin, iXblue a également fait l'acquisition, en 2018, de Robopec, société spécialisée en intelligence artificielle qui avait collaboré au développement de DriX. Le groupe s'est ainsi doté d’un savoir-faire en robotique et IA, intégrant notamment l'une des briques technologiques qu'il ne maîtrisait pas jusque-là : la partie logicielle de l’intelligence artificielle.

De lourds investissements dans la R&D

Le chantier et sa maison-mère poursuivent parallèlement leurs efforts de recherche et de développement : « nous continuons de travailler sur le développement des drones et de leurs LARS (systèmes de mise en œuvre et de récupération, ndlr) et avons un investissement continu dans les compétences, la formation du personnel et les outils de production. Les moyens consacrés par iXblue à la R&D sont très importants puisqu’ils atteignent 20% du chiffre d’affaires du groupe et nous tendons vers ce niveau au chantier. Pour nous, le futur passe par des sujets tels la digitalisation et les moyens de simulation numérique. En termes de développements, nous travaillons par exemple sur les systèmes de maintenance prédictive. L’exploitation des données sur les équipements embarqués est un grand classique dans l’aéronautique et on ne peut en faire l’économie dans le maritime », estime Sébastien Grall.

FibreShip : programme de recherche sur les grands navires en composite

Depuis deux ans, le chantier est aussi engagé dans un important projet de recherche financé par l’Europe dans le cadre du plan Horizon 2020 destiné à favoriser la R&D et l’innovation. Il s’agit de FibreShip, qui vise à étudier la possibilité de construire en matériaux composites la coque et la superstructure d’un navire de grandes dimensions, avec comme cas traité un cargo de 150 mètres de long. iXblue est l’un des quatre constructeurs navals européens engagés dans ce projet collaboratif, qui réunit également des acteurs académiques et trois grandes sociétés de classification : Bureau Veritas, le Lloyd’s et Rina. « Aujourd’hui, la règlementation SOLAS, de la manière dont elle est rédigée, limite l’emploi du composite. Au-dessus d’une jauge de 500 UMS, on ne peut construire qu’en acier car la règlementation est faite de telle sorte que l’on doit répondre à une obligation de moyen et non de résultat. L’objectif de FibreShip est de trouver des solutions pour démontrer la faisabilité de construire des grands navires en composite ». Des bateaux répondant évidemment aux enjeux de sécurité aussi bien que ceux fabriqués en acier. Dans cette perspective, les industriels conçoivent et fabriquent des éléments représentatifs qui font l’objet de tests de résistance structurelle et face au feu. Le chantier de La Ciotat réalise aussi, en ce moment, une tranche complète du modèle de cargo étudié avec ses partenaires. « Nous venons de réaliser la première infusion de bordé d’une tranche de ce bateau. Celle-ci n’a pas vocation à être malmenée. Elle nous sert surtout à évaluer des solutions de raidissage et d’assemblage, afin de répondre aux problématiques liées à la production de grosses pièces que nous ne sommes pas habitués à faire ».

 

La tranche de navire en cours de réalisation dans le cadre de FibreShip 

La tranche de navire en cours de réalisation dans le cadre de FibreShip (© IXBLUE)

La tranche de navire en cours de réalisation dans le cadre de FibreShip 

La tranche de navire en cours de réalisation dans le cadre de FibreShip (© IXBLUE)

 

Pour iXblue, l’objectif à terme n’est pas de se lancer sur le marché des navires de commerce ou autres bateaux en composite de très grande taille. Mais le chantier de La Ciotat a un vrai intérêt à voir s’ouvrir la possibilité de réaliser des unités de plus d’une cinquantaine de mètres produites avec son matériau de prédilection. « Ce projet FibreShip, sur lequel nous travaillons depuis deux ans et qui se terminera à la fin de l’année, est vraiment intéressant car il est collaboratif et entraine des échanges précieux avec d’autres acteurs, comme les sociétés de classification. Il contribue aussi à nous permettre de rester en pointe sur le composite de très haute qualité compatible avec un mode de production industriel. Et nous gagnons en expérience sur certaines problématiques fondamentales qui nous permettront, si la règlementation évolue, de pouvoir franchir le cap des 500 UMS ».

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