Marine Marchande
Jean-Claude Charlo : « DFDS France n'a reçu aucune aide publique »

Interview

Jean-Claude Charlo : « DFDS France n'a reçu aucune aide publique »

Marine Marchande

DFDS aligne actuellement ses navires sur plusieurs lignes vers l’Angleterre au départ de Calais, Dunkerque, Dieppe et a récemment ouvert une liaison entre Dunkerque et Rosslare, en Irlande. Comme tous les armateurs de navires à passagers et plus particulièrement celles du Transmanche, DFDS a été fortement ébranlé, et continue à l’être, par l’effet conjugué de la pandémie de Covid-19, les confinements successifs et le Brexit. Mer et Marine fait le point avec Jean-Claude Charlo, directeur général de DFDS France.

MER ET MARINE : Comment se passe la transition post Brexit en termes de trafic ?

JEAN-CLAUDE CHARLO : Nous avons assisté, comme d’autres sur le Transmanche, à une augmentation artificielle de nos volumes de fret en fin d’année dernière. Un phénomène dû au fait que les importateurs britanniques ont réalisé des stocks avant le 1er janvier, ne sachant pas, jusqu’à l’accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni du 24 décembre, s’ils allaient devoir payer des droits de douane. Les effets ont été importants : en décembre la ligne Dieppe-Newhaven a affiché une augmentation de 50% par rapport à décembre 2019.

Début janvier, nous avons eu le contrecoup de ce stockage. Les volumes de fret ont été faméliques pendant la première dizaine de jours de l’année. On a ensuite assisté à un frémissement sur nos lignes courtes, celles du détroit, fin janvier. Le marché est en train de se réguler doucement. En revanche, le fret n’a pas repris sur Dieppe-Newhaven.

Quant au trafic passagers, il est évidemment totalement absent depuis l’automne et sans aucune visibilité pour la suite.

DFDS France gère les opérations portuaires de la nouvelle ligne entre Dunkerque et Rosslare. Quel est son premier bilan ?

C’est un succès commercial très satisfaisant. Cette ligne est une réponse à nos clients irlandais, belges, allemands et néerlandais qui voulaient conserver une liaison intra-Union Européenne et éviter le Landbridge via les ports britanniques. Cette tendance positive pourrait se confirmer avec une montée en tension dans les ports britanniques qui favorise le lien direct.

D’un point de vue pratique, l’entrée en vigueur du Brexit a-t-elle eu un impact dans les ports desservis par vos navires ?

Il y a eu quelques ajustements mais cela s’est globalement bien passé. La préparation avait été bien faite par les services de la Douane et les ports. Le fait qu’il y ait eu peu de trafic a aussi permis un rodage progressif et l’accompagnement de la remontée en cadence du volume de fret.

Tous les acteurs étaient bien préparés sauf peut-être les transporteurs et exportateurs qui ont eu besoin de s’ajuster aux nouvelles formalités de déclarations. Mais cela s’améliore. Nous restons attentifs à garantir cette fluidité portuaire. Pour le moment nous ne sommes pas à plein régime et nous avons beaucoup de retour de vide depuis l’Angleterre, en raison de la conjoncture actuelle, ce qui facilite le passage portuaire. Il va falloir que cela suive quand les volumes atteindront des flux habituels.

Quels sont les effets de la situation sanitaire, notamment pour les chauffeurs qui sont obligés de se soumettre à des tests PCR désormais dans les deux sens ?

C’est évidemment une difficulté supplémentaire. On assiste notamment à une disparité de traitement entre les ports anglais. Si des centres de tests sont disponibles à Douvres, il n’en va pas de même à Newhaven où ils sont éloignés. Ce qui provoque des difficultés.

A l’été dernier, le groupe DFDS a annoncé une restructuration de ses activités. Cela s’est traduit, pour DFDS France, par la mise en place d’un PSE. Où en est-on aujourd’hui ?

Il est en cours de finalisation. Nous avons beaucoup travaillé avec les partenaires sociaux. Nous avons proposé un plan de départs volontaires qui a bien fonctionné. Ce qui a réduit le nombre de licenciements à une dizaine de personnes sur une réduction globale de 140 postes (correspondant à 72 équivalents temps plein).

Avez-vous reçu un soutien de l’Etat ou des collectivités locales suite à la crise sans précédent que les opérateurs transmanche subissent ?

Nous n’avons reçu absolument aucune aide. Rien de l’Etat, mis à part le plan Tourisme qui nous a permis de bénéficier du dispositif de chômage partiel. Rien des collectivités non plus. Et pourtant nous avons demandé et expliqué au pouvoir politique la part de l’économie de nos compagnies maritimes mais aussi des retombées locales qu’elles amènent. On nous écoute mais on ne nous entend pas.

Et ce alors que nous avons perdu des dizaines de milliers d’euros sur cet exercice et 2021 risque d’être encore pire s’il n’y a pas de saison. Ce qui se profile, puisque le gouvernement britannique incite aujourd’hui ses concitoyens à ne pas voyager cet été.  

Le net wage, ou salaire net, est une idée intelligente parce que non seulement elle répond à un besoin immédiat pour soulager nos trésoreries mais également parce qu’il peut participer à un plan de relance de notre pavillon, en le rendant plus compétitif. Il est urgent de le mettre en œuvre.

Nous sommes persuadés qu’il y aura de très bonnes idées dans le cadre du Fontenoy du Maritime et nous y participons activement parce que nous croyons à la nécessité d’une flotte française. Mais il ne faut pas qu’il en reste au stade des intentions. Il nous faut vraiment des actions.

Propos recueillis par Caroline Britz. © Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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