Marine Marchande
Jean-Marc Roué : « Nous nous battons pour sauver l'emploi à Brittany Ferries »
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Interview

Jean-Marc Roué : « Nous nous battons pour sauver l'emploi à Brittany Ferries »

Marine Marchande

Jean-Marc Roué, président du conseil de surveillance de Brittany Ferries, ne le cache pas. La reprise d’activité s’annonce compliquée. La compagnie vient de souscrire un prêt garanti par l’État de 117 millions d'euros. Une interview de la rédaction du Télégramme

Vous avez cessé le transport de passagers depuis le 20 mars. Quand envisagez-vous une reprise des rotations ?

Nous avons eu une dérogation pour continuer à rapatrier les Britanniques que nous avions transportés vers la France ou l’Espagne. Il y a donc eu quelques rotations alors que les frontières étaient fermées. Depuis, nous avons sept navires arrêtés : cinq sont au mouillage au Havre, deux à Cherbourg. Et cinq navires en flotte : deux sur le transmanche entre la France et le Royaume Uni (le Connemara et le Mont-Saint-Michel) ; deux qui font la liaison Angleterre-Espagne (Cap Finistère et Pélican) et le Kerry, que nous avons maintenu en service entre l’Espagne et l’Irlande. Mais ces cinq navires ne transportent plus de passagers, seulement des camions et leurs chauffeurs, qui ne sont pas soumis à la quatorzaine. Nous ne pourrons redémarrer le transport de passagers - 80 % de notre activité - que lorsque les frontières seront rouvertes. Et sans quatorzaine. Or, le Royaume Uni maintient cette mesure jusqu’à début juillet. Avant, ce sera donc impossible. Sachant qu’un bateau, ce n’est ni un bus, ni un véhicule automobile, ni un train, il nous faudra plusieurs jours pour relancer la machine. La reprise se fera très certainement de façon séquencée.

Il n’y a pas de visibilité à court terme (…) Et il n’y a pas de visibilité à long terme. En raison de la pandémie, tout le monde a oublié qu’on va devoir affronter le Brexit.

Vous n’avez vraiment aucune visibilité ?

Aucune. La date de réouverture des frontières ne sera connue que quelques jours à l’avance. Et ça s’explique. On ne peut pas l’annoncer 15 jours avant, au risque de créer d’importants mouvements de population et de faire repartir l’épidémie. Mais c’est extrêmement dur à vivre. Car nous avons déjà perdu une bonne partie de l’activité estivale. Et que les Anglais ne seront pas en vacances avant le 17 ou le 18 juillet. C’est anxiogène car, précisément, la nature de notre activité fait que nous avons besoin de visibilité. Actuellement, nous avons une accumulation de difficultés. Il n’y a pas de visibilité à court terme, comme je viens de l’expliquer, mais pas non plus de visibilité à moyen terme. On sait qu’en « booking », il manque des centaines de milliers de passagers. Est-ce que l’ouverture des frontières va entraîner un rebond des réservations, notamment de dernière minute ? On n’en sait rien. Et dernier point, il n’y a pas de visibilité à long terme. En raison de la pandémie, tout le monde a oublié qu’on va devoir affronter le Brexit. On sait que la reprise sera mauvaise

Brittany Ferries | Actualité de la compagnie maritime bretonne